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INTERVIEW Yvon Grosso : « Faire des choix pour concilier compétitivité et raison d’être »

Le Medef Sud lance son premier cycle de formation dédié à la raison d’être. Yvon Grosso, son président, explique en quoi elle est importante pour le développement et l’attractivité des entreprises.
Yvon Grosso : « Faire des choix pour concilier compétitivité et raison d’être »
R. Poulain - Pour Yvon Grosso, président du Medef Sud, il est nécessaire d’investir dans l’immatériel.

Economie Publié le , Propos recueillis par Karen LATOUR

Les Nouvelles Publications : Pourquoi avoir décidé de lancer ce cycle de formation « CAP Raison d’être » ?
Yvon Grosso : Quand j’ai pris mes fonctions en 2019, je me suis rendu dans le cadre d’une opération nommée « Six jours pour entreprendre » dans chacun des six départements de la région pour savoir ce que les entrepreneurs attendaient d’un Medef régional. Dans le même temps, à la suite de la loi Pacte qui invite les entreprises à prendre en considération les enjeux sociétaux et environnementaux, nous avons voté et inscrit la raison d’être du Medef national, « Agir ensemble pour une croissance responsable », dans ses statuts.

C’est la conjugaison de ces deux événements qui nous a conduit à cette idée de constituer un appel d’offres auprès des territoires pour qu’ils fassent remonter des entreprises intéressées pour définir leur raison d’être. Ce sont donc les Medef territoriaux qui mettent en œuvre les ateliers de formation auprès de leurs adhérents, avec l’apport d’experts et d’entreprises témoins. 

Pour ce premier cycle, qui a débuté en octobre, l’ensemble des territoires a répondu présent et 132 entreprises vont donc être formées gratuitement durant un an*. Pour le financer, nous pouvons compter sur des partenaires publics et privés avec la Chambre de commerce et d’industrie de région, le Crédit agricole, le groupe mutualiste Vyv, Pôle emploi, l’Ademe et les quatre universités de la région à travers l’association Forma Sup. Un second cycle s’ouvrira à partir d’octobre 2022 pour la même durée. 

Est-ce la première fois que vous organisez une telle formation ?
C’est une opération inédite. On peut dire que le Medef Sud ouvre le bal car lors de la convention du Medef, toutes les antennes régionales étaient intéressées pour connaître le montage, la construction... Cette ingénierie a une véritable valeur.

Yvon Grosso : "Les entreprises ont un rôle à jouer dans les transformations de notre société"

Pourquoi avoir décidé de mettre l’accent sur la raison d’être ? En quoi est-ce important pour les entreprises et leur développement ?
Notre ambition est que la région soit la plus attractive possible. Si on veut réindustrialiser la France, attirer les touristes qui sont plus exigeants, alors il faut améliorer la qualité de l’air, le recyclage, diminuer le gaspillage... Si nous avons un comportement vertueux, les jeunes viendront également plus facilement travailler ici. Ils recherchent en effet des entreprises qui s’inscrivent dans la transformation de la société, qui souhaitent participer aux enjeux sociétaux. Par ailleurs, d’ici 2024-25, dans les appels à projets, les entreprises devront certainement faire savoir si elles ont défini une raison d’être.

A ce jour, notre région ne compte que six entreprises à mission sur 98 en France. Nous aimerions donc multiplier ce chiffre par trois, par quatre voire par dix grâce aux entreprises qui ont répondu présent pour définir leur raison d’être, étape préalable à la constitution d’une entreprise à mission. Nous nous sommes fixé l’objectif d’atteindre à la fin du cycle 25 % d’entreprises à mission et 40 % d’entreprises ayant défini leur raison d’être.

Quelle est la différence entre la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et la raison d’être ?
La question de la RSE concerne l’opérationnel et est plutôt technique, avec notamment le respect de la norme ISO 26 000. Avec la raison d’être, on touche la direction. On travaille sur des questions de stratégie dans le choix des fournisseurs, des modes de production, de l’emplacement, de la consommation énergétique, du recrutement... Tout cela se décide au niveau de la gouvernance de l’entreprise, qui a donc pour rôle de faire des choix afin de concilier la compétitivité et sa raison d’être. Celle-ci est inscrite dans les statuts et cela implique des vérifications, des audits, de faire la preuve par l’épreuve.

On pourrait se dire que dans un contexte de relance de l’économie, ce n’est pas la priorité pour les entreprises ?
Une entreprise est là pour faire du profit mais elle doit reposer sur trois socles. Economique d’abord : il faut un modèle viable pour ne pas vivre de subventions ou être dépendant des banques. Social ensuite, avec un partage de la valeur avec les salariés. Et enfin environnemental, puisqu’il faut produire sans détruire la planète. La croissance doit continuer mais elle doit être responsable, respecter l’environnement et l’ensemble de la chaîne de valeur. Il est certain qu’avec la raison d’être, l’investissement n’a pas un effet direct sur la croissance. Mais il faut investir dans l’immatériel pour engranger le matériel.

* Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes, la formation est complète pour cette année 2021-2022. Cependant, dans les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse, les entreprises qui seraient intéressées pour participer peuvent encore postuler avant l’organisation de la deuxième session auprès du Medef de leur département.

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