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Voyager, rencontrer, apprendre avec le wwoofing

En vogue chez les jeunes (et les moins jeunes), le wwoofing est basé sur l'échange du gîte et du couvert contre un coup de main aux travaux.
Voyager, rencontrer, apprendre avec le wwoofing
M. Deuff - l'idée est de mettre en relation ceux qui veulent découvrir le monde agricole biologique avec des professionnels

Economie Publié le ,

Nourri, logé, pendant votre voyage : c’est l’idéal pour ceux qui adorent bouger et rencontrer du monde. En échange, vous donnez un coup de main à votre hôte, lequel vous transmet un peu de son savoir. Cela s’appelle wwoofing (de l’acronyme «willing workers on organic farms» ou « travailleurs volontaires dans des fermes biologiques »*). Née en 1971, l’idée est de mettre en relation ceux qui veulent découvrir le monde agricole biologique avec des professionnels de cet univers. C’est intéressant pour les petits exploitants agricoles : « En pleine saison de récolte, ce coup de main est le bienvenu », admet Richard Vian qui exploite 7 hectares en maraîchage à Fontvieille (13) avec son épouse.

« Mais ce n’est pas le plus important. Cela nous plaît d’accueillir des jeunes qui ont une autre culture, un autre regard, poursuit ce cinquantenaire. D’ailleurs, je n’attends pas le rendement. Ce sont les échanges et l’occasion de transmettre un savoir qui comptent. »

Car au-delà d’une économie de charges, c’est l’occasion pour ces exploitants de vaincre l’isolement. En contrepartie, il faut au moins maîtriser l’anglais, voire l’allemand ou l’espagnol.

Ce choix d’accueillir les wwoofers, ils sont une dizaine à l’avoir fait dans les Bouches-du-Rhône. Près d’Aix-en-Provence, Mme Spencer s’y est mise il y a dix ans. Elle en accueille une vingtaine par an et pour des périodes allant de 15 jours à un mois. Ce sont des Européens et des Américains essentiellement. Mais les wwoofers peuvent venir en famille. « Nous avons eu un couple de Japonais... Sans savoir que dans cette société patriarcale, les codes ne sont pas les mêmes », dit-elle. Au Japon, l’homme se sert avant tout le monde et ne s’occupe pas s’il en reste pour les autres. Le choc des cultures a été un peu rude avant qu’une explication mette les choses au point.

« L’occasion de découvrir la vraie vie »

Tous les « accueillants » que nous avons interrogés disent leur enthousiasme. « Jamais d’incivilité, ni de vol », note Richard Vian. « On garde de bons contacts, ils nous envoient une carte postale, ils reviennent avec des amis ou des parents », explique Mme Spencer. Cela va parfois plus loin. À la ferme des Arnauds, une jeune Américaine qui préparait un diplôme de boulanger est venue passer un mois ; elle est restée six mois et a fini par épouser le fils de la maraîchère.

Les conditions d’accueil, la disponibilité et la sélection des wwoofers sont aussi des critères à prendre en compte. C’est ce qui a amené Mathieu (le Potager de Saint-Hippolyte à Venelles) à renoncer.

« Il vaut mieux prendre des plus de 25 ans, car les plus jeunes ont tendance à se croire au Club Med ».

« Il faut qu’ils soient curieux et motivés, sinon ce n’est pas la peine », reconnaît Rebecca de la ferme Les Arnauds. Et puis la Mutualité sociale agricole (MSA) y a mis récemment son grain de sel, accusant les pratiquants du wwoofing de travail dissimulé... Avant d’être déboutée.

Pour les étudiants que nous avons interrogés, c’est une expérience inédite, dont ils parlent encore plusieurs années après. « C’est l’occasion de découvrir la vraie vie », comme le décrit Raphaël, un wwoofer de 23 ans qui souhaite renouveler l’expérience. « À l’époque où les gens se renferment sur eux-mêmes, nous participons à créer des liens », écrit Mattias sur son blog. « L’expérience de l’inconfort m’a beaucoup apporté », plaisante un jeune qui est hébergé dans une yourte et qui, pour faire la vaisselle, a appris « à mettre l’eau à chauffer sur le feu de bois ».

*En 2000, le terme a évolué vers « world-wide opportunities on organic farms », ce qui se traduit par « opportunités dans des fermes biologiques du monde entier ». Certaines organisations nationales ont cependant choisi de conserver l’ancienne dénomination.

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