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Tourisme en Paca : un millésime exceptionnel

Quatorze millions de touristes ont foulé le territoire régional en juillet-août, générant une manne de 6,6 milliards d'euros pour l'économie locale, un chiffre en hausse de 300 millions d'euros en un an. Provence-Alpes-Côte d'Azur a conforté son statut de première région d'accueil des touristes en été.
Tourisme en Paca : un millésime exceptionnel

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Même s’il ne s’agit pas d’« une année historique »,BrunoJames, le directeur du Comité régional de tourisme Provence-Alpes-Côte d’Azur (CRTPaca), n’hésite pas à évoquer « une année exceptionnelle » pour qualifier la saison estivale 2015. Il faut dire qu’après une hausse limitée de la fréquentation touristique de 0,5% en 2014, 111 millions de nuitées ont été enregistrés cet été sur l’ensemble du territoire régional contre 106 millions un an plus tôt, soit une hausse de 4,5%. Bruno James se félicite :

« Qui peut dire aujourd’hui "on a une croissance de plus de 4 points" ? Ça positionne le tourisme dans la région »

Sans oublier de préciser que « 5 millions de nuitées supplémentaires, c’est 300 millions d’euros de recettes » en plus pour l’économie régionale.

Les 14 millions de touristes qui ont débarqué en juillet-août sur l’ensemble territoire régional ont ainsi généré une manne de 6,6 milliards d’euros pour l’économie locale. Et avec six millions de touristes étrangers accueillis en deux mois, la région « boxe » dans la même catégorie que des pays tels que l’Australie (6,3 millions), le Brésil ou la Tunisie.

Globalement, « 78% des professionnels sont satisfaits de la saison, soit 13% de plus qu’en 2014. 58% ont connu une augmentation de leur chiffre d’affaires contre 46% l’année dernière », observe le directeur du CRT Paca. Et cerise sur le gâteau, ce millésime exceptionnel a profité à tous les secteurs géographiques, que ce soit le littoral (84% de professionnels satisfaits, +12% par rapport à 2014), les grandes villes (83%, +18%), l’arrière-pays (73%, +11%) ou la montagne (68%, +14%). Cet été doré a aussi bénéficié à tous les types d’hébergement : hôtellerie traditionnelle (+3,5%), hôtellerie de plein air (+3%), location de meublés (+3%), villages de vacances et résidences de tourisme (+6,5%) et locations de vacances où Home Away, premier opérateur du secteur, connaît une croissance de 3%, alors que c’est un véritable boom pour Airbnb (+25 à 30%).

Source : CRT Paca

« Une inéquité dans la ré​partition des charges qu’on ne peut pas tolérer »

Les professionnels ne manquent cependant pas d’interpeller les pouvoirs publics sur ce dernier mode d’hébergement largement plébiscité cet été. « En Paca, on a 40.000 chambres de locations meublées contre 2.000 hôtels, soit 130.000 lits. Et à Marseille, on en a 4.000 pour 120 hôtels. C’est donc un concurrent, une vraie offre qu’on ne doit pas ignorer d’autant qu’elle est citée par 70% des Français comme le mode d’hébergement le plus intéressant en termes économique », résume Bruno James. Mais le directeur du CRT Paca dénonce « une inéquité dans la répartition des charges qu’on ne peut pas tolérer ». « Si je loue une location meublée, je dois payer un impôt, une taxe de séjour », argumente-t-il en s’appuyant sur les exemples donnés par Paris, Barcelone, Amsterdam ou San Francisco. Et d’appeler les mairies et conseils départementaux à « une action forte pour défendre les intérêts de nos hôteliers » et ceux des agences immobilières qui ont eu leur chiffre d’affaires vacances s’effondrer.

Pour l’heure, seules les Hautes-Alpes ont réussi à tirer leur épingle du jeu face à ce nouveau mode d’hébergement comme en témoigne le succès des résidences de tourisme. « On a 30.000 lits en résidence de tourisme, soit 18% du parc. Ce sont des résidences récentes qui ont entre 5 et 10 ans. Elles correspondent à la demande actuelle et pratiquent une politique tarifaire intéressante. On se retrouve sur le même marché que Airbnb avec une offre plus forte, réactive et présente sur Internet car adossée à des grands groupes », explique Roland Roussel de l’Agence départementale de développement économique et touristique des Hautes-Alpes (Addet 05).

Un faisceau d’éléments favorables

Pour parvenir à de tels résultats, le tourisme régional a bénéficié d’un faisceau d’éléments favorables. Il y a tout d’abord la météo, la canicule en juillet ayant dopé l’activité (47 millions de nuitées ce mois-ci contre 64 millions en août) particulièrement sur le littoral. La baisse du prix de l’essence de 7% a également servi les desseins du tourisme régional, sachant que dans la région, « 60% des gens viennent en voiture ».

Enfin, la région a aussi bénéficié de la baisse de l’euro, qui a encouragé la venue des Américains ou des Australiens, et du risque d’insécurité dans les pays du Sud - même la France est loin d’être à l’abri en la matière. Seule ombre au tableau, mais non des moindres : la fermeture du tunnel du Chambon a pénalisé la vallée de la Haute-Romanche dans les Hautes-Alpes. « On a connu une augmentation de 35% de la circulation dans le col du Galibier. Faire passer des camping-cars à 2.400 mètres d’altitude est très difficile, mais il n’y a pas de solution technique », souligne Roland Roussel.

Mais pour tirer profit de cette conjoncture favorable, les professionnels régionaux ont dû se montrer particulièrement réactifs à l’heure où les séjours se font plus nombreux mais plus courts. « Le touriste n’a plus envie de se décider 6 mois à l’avance. Des personnes qui négocient la chambre d’hôtel le soir même, il y en a de plus en plus. On est obligé de jouer les prix discount et les réservations de dernière minute », insiste le directeur du CRT Paca.

Au final, on observe un retour de la clientèle française, avec une fréquentation en hausse de 6% après plusieurs années de baisse. La part de la clientèle hexagonale remonte ainsi à 61% avec deux grandes régions de provenance, l’Ile-de-France et la Paca (+11% pour la clientèle intra-régionale), suivies du Nord-Pas-de-Calais et Rhône-Alpes. On assiste aussi à une croissance de la clientèle européenne (+4%), l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie et les Pays-Bas constituant le quinté de tête en la matière.

Le problème Air France : Laurent Fabius interpellé

Quant à la clientèle lointaine, venue notamment des Etats-Unis, d’Australie et de Chine, elle est en très forte hausse (+16%). Sur les cinq dernières années, l’augmentation la plus spectaculaire concerne les touristes de l’Empire du milieu (+169% dans l’hôtellerie régionale). Quant à ceux en provenance des Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine), ils sont en progression de 62% en 5 ans malgré le recul de la clientèle russe depuis 2013 (-30% l’an passé mais +35% sur 5 ans).

Un domaine où les agences de développement touristique (ADT) récoltent les fruits d’un travail de longue haleine. « La Chine, on y va depuis 2003 et ça vient compenser la baisse de la Russie sinon on n’annoncerait pas ces résultats-là », souligne Eric Doré, directeur du Comité régional du tourisme Riviera Côte d’Azur (CRT Riviera Côte d’Azur).

Une stratégie de promotion collective dont Bruno James se fait l’avocat : « Il y a le tiroir-caisse et la stratégie à long terme. D’ici 4-5 ans, si on ne vend pas nos destinations sur ces marchés lointains, les autres le feront car nous ne sommes pas seuls au monde. » Un enjeu capital car ces touristes venus de loin « dépensent énormément », comme le souligne le directeur du CRT Riviera Côte d’Azur : « Un Français dépense en moyenne 60 euros par jour hébergement compris, un Chinois 172 euros, un Américain 130 euros, un Australien 120 euros ».

Mais les problèmes rencontrés par Air France constituent aujourd’hui une entrave dans la conquête de ces nouveaux marchés. « La compagnie a perdu 15% sur l’aéroport de Marseille. La politique d’Air France est une politique centralisatrice qui vise à créer un hub sur Paris. C’est une erreur en termes d’aménagement du territoire. Mais en plus, la politique d’ouverture de lignes en France est bloquée par Air France », déplore le directeur du CRT Paca qui voit « très mal les choses pour l’avenir ». Ardents défenseurs des lignes existantes et de l’ouverture de nouvelles lignes, les ADT n’ont pas hésité à interpeller Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères - dont dépend le tourisme -, sur la question. « Je pense qu’il a compris le message », veut croire Danielle Milon, présidente de Bouches-du-Rhône tourisme.

Toutes les informations sur le bilan du tourisme en Paca sont à retrouver dans le numéro 9859 des Nouvelles Publications (parution le 4/09/2015).

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