AccueilEconomieThierry Chaumont, UIMM Alpes-Méditerranée : « L’industrie investit en permanence dans son amélioration »

Thierry Chaumont, UIMM Alpes-Méditerranée : « L’industrie investit en permanence dans son amélioration »

Après une année 2022 de nouveau secouée pour les entreprises, un échange cartes sur tables se justifiait avec Thierry Chaumont, président de l’UIMM Alpes-Méditerranée. Car derrière les préoccupations, il y a aussi beaucoup de raisons de se réjouir.
Thierry Chaumont, président de l'UIMM Alpes-Méditerranée.
Jean-Christophe Barla - Thierry Chaumont, président de l'UIMM Alpes-Méditerranée.

Economie Publié le , Propos recueillis par Jean-Christophe Barla

Les Nouvelles Publications : La Semaine de l’Industrie s’est achevée en Provence-Alpes-Côte d’Azur avec la conclusion du challenge « Forindustrie – l’Univers Extraordinaire » qui visait à informer de manière ludique et pédagogique les jeunes sur les réalités actuelles de l’industrie et de ses métiers (voir encadré). Quel bilan tirez-vous de cette opération et de son impact ?

Thierry Chaumont: Nous sommes partis d’une page quasiment vierge avec la création de la plateforme web 3D « Forindustrie-L’Univers Extraordinaire ». Nous en avions simplement, l’an dernier, exploré les potentialités à titre de démonstrateur. Avec Industries Méditerranée, EDF, les rectorats, le prestataire et les équipes de l’UIMM, nous avions abordé l’initiative avec angoisse car montée dans des délais très courts. Le retour d’expérience nous a été profitable, nous nous y sommes pris beaucoup plus tôt cette année. Au lancement mi-novembre, nous étions donc plus sereins. Nous parvenons à un résultat au-delà des espérances de notre ambition originelle : 22 000 jeunes, des collégiens, des lycéens, des étudiants, des demandeurs d’emploi, ont pris part à ce challenge. Pour avoir vu dans des classes comment les élèves s’organisaient pour suivre les contenus et répondre aux quizz, c’était enthousiasmant de constater qu’ils étaient scotchés par la plateforme… Nous avions pensé le projet pour Provence-Alpes-Côte d’Azur, Corse et une partie de l’Occitanie, et nous avons enregistré des connexions et des participations de toute la France. C’est donc un vrai succès.

L’industrie expose sa réalité en virtuel

Dans la foulée de la réussite de « L’Usine Extraordinaire » à Marseille en 2019, un projet de création d’une « Maison de l’industrie » avait été évoqué pour faciliter la découverte par les jeunes des métiers et techniques de l’industrie… La réussite de cette plateforme virtuelle peut-elle éviter l’investissement dans un lieu physique ?

Nous avons imaginé cette plateforme 3D parce que le contexte compliqué de ces deux dernières années, après l’Usine Extraordinaire, nous a conduits à aborder différemment la promotion de l’industrie auprès de la jeunesse. Pour autant, je ne suis pas partisan de supprimer totalement les opportunités de rencontres physiques avec les jeunes, les entreprises, nos partenaires… Dans les futurs locaux de la « Maison de l’industrie » à laquelle nous réfléchissons, nous voulons des murs d’images, par exemple, mais notre ambition est de réunir le meilleur de « L’Usine Extraordinaire » avec le meilleur de « L’Univers Extraordinaire ». Dans les années qui viennent, nous devons réussir à combiner les deux expériences, d’autant plus qu’un événement comme le « Dîner Extraordinaire » dans l’enceinte du Palais de la Bourse, durant la Semaine de l’Industrie, est attendu par les industriels eux-mêmes parce qu’il leur permet de se retrouver, d’échanger… D’ailleurs, si la plateforme est virtuelle, les interactions qu’elle a suscitées sont, elles, bien physiques, entre les jeunes, leurs enseignants, les professionnels… Ces outils numériques sont un support. Nous avancerons avec le retour de tous pour faire progresser chaque édition. J’y tiens particulièrement car l’industrie est avant tout dans les usines, en R&D, en production. Nous voulons faire rêver les jeunes grâce à la magie du virtuel, mais, lorsqu’ils seront recrutés, c’est par leur présence physique dans nos usines qu’ils pourront contribuer à la transformation et la modernisation des activités et s’épanouir.

L’État a pris conscience avec la crise sanitaire des effets désastreux de la désindustrialisation de la France, il veut réindustrialiser, et pourtant, voici quelques semaines, Emmanuel Macron pointait le rôle des usines les plus polluantes du pays, en leur réclamant des investissements massifs pour les réduire. L’image médiatisée laissait encore penser que la pollution est due à l’industrie et que s’il n’y en avait pas, les Français respireraient mieux.

Thierry Chaumont, à gauche, aux côtés de Frédéric Busin (EDF), Christine Baze (Industries Méditerranée) et Serge Bornarel (UIMM Alpes-Méditerranée) lors de l’annonce des lauréats de « Forindustrie-L’Univers extraordinaire » au palais de la Bourse le 8 décembre. (Crédit JC Barla)

Voyez-vous un paradoxe dans certaines prises de position et le risque d’aboutir à des réglementations qui compliquent la possibilité d’implanter de nouvelles unités ?

Je souhaite avoir une lecture positive de la demande d’Emmanuel Macron aux 50 industriels. L’État veut continuer à sensibiliser les secteurs sur la nécessité d’investir pour faire en sorte que les usines continuent à innover et participent à la construction d’une forme d’écologie industrielle. Le Président de la République a annoncé tout de même qu’il envisageait une participation non négligeable à la réalisation de ces investissements. Ceci étant, j’attire l’attention des politiques chaque fois que je le peux sur les investissements gigantesques que cette transformation exige et qui sont souvent déjà engagés par les industriels. On ne transforme pas une usine en appuyant sur un interrupteur de « on » à « off » et vice-versa. Les investissements sont permanents, dans un processus d’amélioration continue, la prise en compte de la transition énergétique, environnementale, est totale, et tout ceci s’opère sous la surveillance absolue des services de l’État. Mais il ne faut pas oublier que nos industriels interviennent dans une compétition mondiale, qu’exporter contribuera à rétablir la balance commerciale déficitaire de la France, qu’attirer de nouvelles usines est indispensable pour réussir à réindustrialiser notre pays… Depuis deux ans, il se crée plus d’usines en France qu’il ne s’en détruit. C’est bien que les industriels font des efforts ! Il faut donc veiller à ne pas freiner cette dynamique en mettant en place des objectifs à court terme que les entreprises ne pourront pas atteindre compte tenu de ces investissements colossaux à engager. Nous devons être vertueux et nous le serons. Mais dans une concurrence internationale, la France ne peut pas être la seule vertueuse au risque d’en payer le coût alors qu’elle a pleinement besoin de l’industrie, qu’elle soit sidérurgique, microélectronique, pharmaceutique ou alimentaire, pour sa souveraineté.

Les entreprises sont aujourd’hui confrontées à des situations inextricables sur le plan énergétique. On a vu, par exemple, l’annonce récente d’ArcelorMittal d’arrêter l’un de ses deux hauts-fourneaux pour ne pas produire à perte. Est-ce que ces préoccupations remontent de plus en plus à l’UIMM ?

Sur le plan national, ces remontées existent dans les secteurs extrêmement énergivores, comme le verre, avec des risques de ralentissement ou d’arrêt d’activités. Dans la région, au gré des rencontres que nous organisons, les industriels surveillent que leurs marges ne soient pas trop impactées, mais ne nous font pas encore de retour massif de ce type. Nous finalisons notre enquête de conjoncture sur laquelle les questions mettent particulièrement l’accent sur les impacts de la hausse des coûts de l’énergie. Nous en dévoilerons prochainement les résultats. Le fait est que l’incertitude est grande et la vigilance une nécessité.

L’UIMM se régionalise pour déployer la nouvelle convention collective

Qu’en est-il des pénuries de matériaux, de composants ? Des industriels se disent-ils pénalisés ?

Notre industrie est résiliente. Les industriels font en sorte de passer sans trop de difficultés cette période complexe, même s’il y a des retards dans des chantiers, dans des livraisons… Leurs carnets de commandes n’étant pas mauvais, les industriels font avec et s’adaptent, comme d’habitude.

Comment l’UIMM se positionne sur la multitude de dossiers que sont la création du laboratoire territorial de l’industrie Fos-Berre pour plancher sur une meilleure acceptabilité du développement industriel, le manque de foncier à vocation économique qui peut ralentir la réindustrialisation de la région, le « zéro artificialisation nette » qui restreint les possibilités de solutions ?

J’ai eu une réunion de travail avec le sous-préfet d’Istres Régis Passerieux sur le laboratoire territorial. Après l’affaire Satys que nous avons vécue avec le refus du permis de construire par le maire alors que la zone était conçue pour des projets de la filière aéronautique, il est indéniable qu’il faut de la concertation, du dialogue… Nous voyons bien que la population se montre favorable à la réindustrialisation du pays mais pas devant chez elle ! C’est pareil dès qu’on évoque l’idée d’une infrastructure routière pour mieux desservir le territoire ou un projet d’appui à la transition énergétique, comme des éoliennes, à terre ou en mer. On veut que les usines soient proches des salariés pour éviter les déplacements et dès qu’elles sont envisagées dans un cadre déjà urbanisé, on cherche à les repousser ou les empêcher… Il semble qu’aujourd’hui, on veuille tout et qu’on n’est d’accord sur rien ! C’est un mal typiquement français. Le « Lab territorial » doit aider à écouter les parties, à entendre et prendre en compte les demandes d’améliorations, à regarder les terrains disponibles appropriés, mais ces échanges ne doivent pas déboucher systématiquement sur des décisions négatives, sous la pression des populations ou les incantations d’un certain nombre de structures qui s’opposeront de toute manière à toute réalisation. Nous sommes dans une configuration similaire au dialogue social dans une entreprise. Le dialogue est indispensable, mais à un moment, la décision s’impose. Les entreprises ont besoin de se développer. Le temps des études, des autorisations, des décisions est de plus en plus long, même sur du foncier dédié comme celui du Grand Port Maritime de Marseille. Chacun doit prendre conscience qu’on ne réindustrialisera pas le pays si l’on empêche toute implantation pour n’importe quel prétexte !

Les discussions engagées au Parlement visent à accélérer les procédures pour les projets de transition énergétique. Est-ce que cette ambition va dans ce sens pour éviter que les investisseurs ne partent ailleurs ?

Je crois que l’État mesure bien les contradictions ainsi que ses représentants sur le territoire, le préfet et les sous-préfets. Ils sont conscients que notre région ne peut pas être seulement touristique, qu’elle a beaucoup d’atouts, qu’elle détient des espaces et qu’elle est même reconnue pour sa capacité d’innovation*. Cette dynamique ne peut pas être cassée. Il y a des décisions que je qualifierai de « régaliennes » : si on ne veut pas aller dans le mur, il faut les prendre, même si elles ne font pas forcément plaisir ! A l’image d’un chef d’entreprise, en son âme et conscience, quand il doit le faire pour l’avenir de sa société, après avoir consulté ses salariés et leurs représentants. C’est comme pour la réforme des retraites : l’État la décide parce qu’elle est nécessaire, qu’il n'y a pas d’autre choix, mais il ne fait pas un référendum dessus car il sait que tout le monde serait contre le report de l’âge de départ alors qu’on arrive au bout d’un modèle !

Un dossier prioritaire à l’orée de 2023 ?

Pour nous, le sujet de préoccupation certain est la mise en œuvre de la nouvelle convention collective qui a été actée voici quelques mois. C’est un dossier moins visible pour le commun des mortels mais absolument stratégique pour nos secteurs et nos entreprises. Ensuite, nous souhaitons agir en continuité avec notre volonté de faire rayonner l’industrie, comme nous venons de le réussir avec Forindustrie, de parvenir à son acceptabilité plus forte dans l’inconscient collectif, de montrer que les entreprises fonctionnent et qu’elles sont une solution aux enjeux sociétaux, environnementaux, énergétiques… Le collectif doit être avec nous pour pousser l’industrie. Mais je sais que c’est un travail de long terme.

*La Métropole Aix-Marseille-Provence a été distinguée début décembre par un prix iCapital qui lui vaut d’être reconnue comme « Capitale européenne de l’innovation » par l’Europe et de pouvoir mener diverses expérimentations sur son territoire pour coconstruire les services de demain et accélérer la croissance des entreprises afin d’imposer à long terme un modèle de « ville méditerranéenne durable ».

Thierry Chaumont : « La région Paca peut être la terre d’excellence d’une industrie vertueuse »

Forindustrie, une initiative unique en France, née en Provence

« Forindustrie-L’Univers extraordinaire » s’est déroulé du 14 novembre au 2 décembre et a réuni 900 classes de collèges et lycées dans toute la France dont 423 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, ainsi que des étudiants d’établissements d’enseignement supérieur et plus de 3 000 demandeurs d’emploi, mobilisés par petits groupes sous l’égide de Pôle emploi. Au total, la plateforme web 3D a recensé près de 200 000 connexions uniques. La Corse qui a su mobiliser 88 classes a fini lauréate côté collèges, le lycée militaire d’Aix-en-Provence, côté lycées, les Arts & Métiers ont remporté le challenge chez les étudiants et c’est le groupe de l’agence Pôle emploi d’Avignon Joly Jean qui s’est imposé chez les demandeurs d’emploi. Les lauréats seront conviés à des visites de sites industriels.

La plateforme forindustrie.fr reste néanmoins en ligne jusqu’en mars 2023 pour permettre aux jeunes d’approfondir leurs connaissances sur les métiers et affiner leurs idées d’orientation. Forindustrie est née à l’initiative d’Industries Méditerranée, l’UIMM Alpes-Méditerranée et EDF, en partenariat avec les régions académiques de PACA, Corse et le rectorat de Montpellier, plus de 80 industriels et le soutien de nombreux acteurs publics. L’initiative est unique en France. Elle pourrait connaître à l’avenir d’autres déploiements…

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