AccueilEconomieThierry Chaumont : « Notre région peut être la terre d’excellence d’une industrie vertueuse »

Thierry Chaumont : « Notre région peut être la terre d’excellence d’une industrie vertueuse »

La Semaine de l’industrie s’ouvre ce 22 novembre avec plusieurs temps forts en Paca. Thierry Chaumont, président de l’UIMM Alpes-Méditerranée, évoque les enjeux de l’événement pour les jeunes sur un territoire en pleine mutation.
Thierry Chaumont : « Notre région peut être la terre d’excellence d’une industrie vertueuse »
J.-C. Barla - Thierry Chaumont, président de l'UIMM Alpes-Méditerranée.

Economie Publié le , Propos recueillis par Jean-Christophe BARLA

Les Nouvelles Publications : La Semaine de l’industrie est une opération nationale récurrente, toujours fortement déclinée dans la région. En quoi est-elle essentielle ?
Thierry Chaumont : L’image de l’industrie s’était dégradée, provoquant une désaffection des jeunes pour ses métiers alors qu’elle a vraiment besoin d’eux, de leur créativité, de leur dynamisme… Depuis le premier confinement, cette image se redresse. D’abord parce que l’industrie a permis au pays de continuer à disposer des produits nécessaires à la vie quotidienne, tout en s’adaptant rapidement aux contraintes sanitaires pour sécuriser les salariés. Ensuite, parce que beaucoup de nos concitoyens ont découvert que, pour préserver l’autonomie du pays, mieux vaut avoir des usines à proximité.
Si elle monte chaque année en puissance, la Semaine de l’industrie s’inscrit dans un travail de long terme auquel l’UIMM apporte sa participation pour conforter l’amélioration de cette image, mais surtout pour dire et montrer aux jeunes combien l’industrie est faite pour eux, pour leur avenir. Elle a des emplois à leur proposer, elle doit réduire sa pyramide des âges, elle veut s’appuyer sur l’énorme valeur ajoutée des femmes dans les métiers industriels, sur la richesse qu’un melting-pot de profils peut apporter dans l’industrie de demain…
Les industriels eux-mêmes sont heureux de s’investir dans l’opération, de partager leurs expériences, pour faire tomber les idées reçues des jeunes, de leurs familles, et ce, au plus tôt, dès le collège. Un travail de qualité est mené avec l’Education nationale, avec notre Pôle formation UIMM Sud, pour démultiplier les initiatives dans les établissements. Les recteurs constituent un relais efficace et capital sans lesquels nous ne pourrions informer, sensibiliser, rencontrer les élèves et leurs enseignants.

Thierry Chaumont (UIMM) : "L'environnement fait partie de nos préoccupations"

Les sujets environnementaux sont jugés majeurs par la jeunesse. La décarbonation de l’industrie est au centre des préoccupations. Est-ce favorable à un rapprochement d’intérêts ?
Nous percevons cette attente, mais aussi une vraie volonté d’indépendance, d’épanouissement personnel par des expériences professionnelles enrichissantes, qu’on peut déceler, entre autres, à travers l’essor de l’autoentrepreneuriat. Nous sommes à l’écoute de ce mouvement. Les jeunes voudront-ils demain s’orienter vers des grands groupes ou privilégier des entreprises plus petites ? Ce qui est sûr, c’est que pour les attirer, il faut des usines propres, digitalisées, robotisées…
La France a pris sur certains points du retard par rapport à d’autres pays européens, c’est une question de survie plus que d’image pour l’industrie dans une compétition mondialisée. On voit les difficultés d’approvisionnement que cause l’expatriation de productions, l’augmentation des coûts de transport et logistique sur la compétitivité des entreprises… La population ne comprend pas que des productions ne se réalisent plus en France. Mais, en même temps, elle rechigne à voir s’implanter des usines à proximité des villes alors que c’est le sens d’une meilleure qualité de vie, d’offres d’emplois à proximité, de réduction du temps passé en voiture et des nuisances environnementales qui y sont liées… Sur notre métropole, l’envie de télétravail tient plus de la perspective de se libérer des bouchons quotidiens que du cadre collectif de l’entreprise. Mais rapprocher les usines des centres urbains implique qu’elles soient vertueuses et décarbonées, conçues aussi sur des modèles plus petits. Les industriels s’y emploient, investissent, les exemples pullulent ici, avec le soutien du plan de relance de l’Etat, de la Région... C’est indispensable à l’acceptabilité. Notre territoire peut être une terre d’excellence pour ces projets.

L'UIMM Alpes-Méditerranée salue la résilience de l'industrie régionale

Le plan de relance prévoit des dispositifs pour la relocalisation d’usines et la réindustrialisation. Les entreprises locales ont-elles su profiter de ces opportunités ? Que faudrait-il pour favoriser de tels projets ?
Les entreprises régionales ont tardé à candidater parce que beaucoup estimaient que ces aides ne leur étaient pas destinées. La cellule de développement industriel de l’UIMM a œuvré pour les inciter à y aller et finalement, beaucoup de dossiers ont accédé à des montants significatifs pour lancer des investissements qui n’auraient pu se concrétiser sans ces appuis. Il en faudrait encore plus. Sur la relocalisation d’usines, les pouvoirs publics affichent leur volonté, mais trop de freins profonds persistent : la baisse des impôts de production envoie un excellent signal, mais le poids des charges reste lourd par rapport à d’autres pays. Il manque aussi du foncier. Trouver les bons leviers, les actionner pour accélérer les décisions demeure très compliqué. Il faudrait graver dans le marbre ces réductions de charges fiscales et sociales afin d’offrir aux entreprises la visibilité à long terme, indispensable à l’impulsion des projets et à la restauration de la capacité de notre pays à se réindustrialiser, à recréer des emplois industriels vecteurs d’emplois induits.
Aujourd’hui, l’enjeu me semble moins à la relocalisation d’activités parties depuis longtemps qu’à l’implantation de nouvelles chaînes de fabrication, de structures et d’équipements de R&D, aptes à s’ancrer durablement dans notre région, sinon en France voire en Europe, d’autant plus que la hausse des coûts de transport invite au rééquilibrage des approches et à s’intéresser aux possibilités à Fos, autour de l’étang de Berre, à Rousset, autour d’ITER à Cadarache... Ces nouvelles activités, ces chaînes, notre territoire, déjà pionnier sur nombre d’outils pour un cercle vertueux dans l’industrie, peut les attirer.

A l'occasion de la Semaine de l'indutrsie, plusieurs temps forts sont prévus en Provence-Alpes-Côte d'Azur,dont « L’Usine Extraordinaire » en version 100 % digitale et le Forum de l’Industrie de Demain.
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