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Reprise en trompe l’œil pour l’industrie agroalimentaire

La filière agroalimentaire a vu ses marges se réduire. Une situation qui amène les industriels à réclamer une hausse des prix « raisonnée et raisonnable » afin de « maintenir les emplois et les investissements ».
Reprise en trompe l’œil pour l’industrie agroalimentaire
J. Dukmedjian - Les industries agroalimentaires sont particulièrement représentées en Paca, en particulier dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône.

Economie Publié le ,

Rayons alimentaires dévalisés, ruée sur certains produits de base (œufs, huiles, farine...) : le secteur des industries agroalimentaires, particulièrement représentée dans la région, a été en première ligne l’an dernier, lors des épisodes successifs de confinement. Très sollicitée, à l’heure où de nombreuses entreprises cessaient leur activité, la filière a tenu bon (à l’exception des secteurs de la restauration hors domicile) et permis d’éviter la situation de pénurie que certains redoutaient à l’époque.

Alors que l’économie et la consommation des ménages repart à la hausse, les mêmes industriels alertent aujourd’hui sur la situation économique des entreprises, des PME pour l’essentiel, dont les marges se sont considérablement réduites, en raison notamment de la hausse du prix des matières premières agricoles (+ 26 % pour les céréales, + 100 % pour les huiles, + 58 % pour le sucre) et industrielles (carton, plastique, aluminium...). « La pression qui porte exclusivement sur le maillon intermédiaire de la production agricole et des transformateurs n’est plus soutenable », s’insurge Serge Hincker, le nouveau président de l’Aria Sud (Association régionale des industries agroalimentaires). « On ne peut plus continuer à fonctionner ainsi, sans répercuter cette hausse des prix sur la grande distribution », plaide l’ancien président de Cepasco Spigol, favorable à « une hausse des prix de l’alimentaire de 1,4 % soit une hausse du budget des ménages de 2 euros par mois par foyers ». Pour ce dernier, « la guerre des prix à laquelle se livrent la GMS [Grande et moyenne surface, NDLR] se fait au détriment des industriels et des acteurs du monde agricole. Il est nécessaire de mieux les rémunérer, mais aussi de permettre aux entreprises de maintenir les emplois et les investissements ». Une situation à laquelle la loi Egalim, adoptée en 2018, « n’a pas apporté de réponses satisfaisantes ».

La loi Egalim n’a pas atteint ses objectifs

« L’idée de base de cette loi est très belle. Mais la déflation est restée la norme pour les trois années écoulées et la hausse des matières premières agricoles n’a toujours pas été prise en compte, lors des dernières négociations commerciales avec la grande distribution. La loi Egalim n’a donc pas atteint ses objectifs. »

Sous pression au niveau de ses marges commerciales, le secteur de l’agroalimentaire doit également faire face, depuis l’an dernier, à une demande accrue des consommateurs en faveur de produits moins transformés, bio, plus transparents en termes de traçabilité... Une évolution des modes consommation qui se traduit par une progression de la filière bio, via les magasins spécialisés mais aussi dans la GMS où la surface occupée dans les linéaires progresse. « Toutes les entreprises ont intégré cette demande au cœur de leur stratégie. Mais il reste une réticence d’un bon nombre de consommateurs, dans le même temps, à mettre la main à la poche pour des produits plus qualitatifs », note Serge Hincker.

Dernier défi de taille : le manque d’attractivité du secteur, qui peine à recruter de façon récurrente. « Ce "désamour" n’est pas lié spécifiquement au secteur des industries agroalimentaire, mais plus globalement à celui de l’industrie » estime Serge Hincker. Pour séduire de nouveaux talents, ce dernier prévoit des actions tous azimuts, en direction des collégiens, des lycéens et des étudiants, via des partenariats avec de grandes écoles comme Kedge, par exemple, une communication spécifique sur les réseaux sociaux, « la valorisation des marques employeurs ou des recrutements collectifs, via des groupements employeurs, afin de séduire de nouveaux talents » et la création d’un lieu dédié aux acteurs des industries agroalimentaires, conçu comme « une vitrine de l’excellence technique régionale ».

Serge Hincker, de la finance à l’agroalimentaire

Elu le 29 juin dernier à la présidence de l’Aria Sud pour un mandat de trois ans, Serge Hincker succède à Marie Franqueza. Il est secondé dans sa tâche par Agnès Put, gérante de la Boyauderie Sisteronnaise, élue vice-présidente. Serge Hincker a exercé la présidence de la Friaa (Fédération régionale des industries agroalimentaires) Paca entre 2012 et 2015, puis celle du réseau des Aria de France de 2017 à 2019. Après une première partie de carrière dans la finance, notamment en tant que directeur financier et directeur des ressources humaines au sein du groupe CIC puis en tant que capital investisseur, il a pris des participations en 2006 dans Cepasco Spigol (épices) qu’il a par la suite dirigé pendant près de dix ans et dont il reste actionnaire. Serge Hincker est également administrateur de Color Foods (graines et fruits secs).

Le secteur des industries agroalimentaire en Paca

37 100 emplois
2 600 M€ de PIB
7 700 M€ de CA
1213 entreprises 

 

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