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Reconfinement : « Une mort économique » pour les patrons provençaux

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Reconfinement : « Une mort économique » pour les patrons provençaux
F. Delmonte - Les représentants du monde économique craignent que de nombreuses entreprises baissent définitivement le rideau.

Syndicats patronaux et conseils d'entreprises des Bouches-du-Rhône ont accueilli avec inquiétude les annonces du Président de la République ce soir au sujet d'un nouveau confinement. Ils se demandent comment l'économie pourra se relever et appellent à de nouvelles aides.

Ce 28 octobre, le Président de la République a annoncé un nouveau confinement allant au moins jusqu'au 1er décembre. Il se veut plus allégé que le premier, notamment pour le monde économique. Si les commerces non prioritaires, les ERP (établissements recevant du public ; restaurants, bars et hôtels notamment) fermeront, des secteurs comme le bâtiment, l'industrie et l'administration pourront en revanche rester ouverts. Le télétravail est quant à lui à nouveau généralisé. « L'économie ne doit pas s'arrêter », a exhorté Emmanuel Macron, qui a voulu, à plusieurs reprises, rassurer et rappeler que l'Etat sera là pour apporter des aides aux entreprises. Elles seront détaillées par le Premier Ministre en fin de journée, jeudi.

« Grosse inquiétude »

Ces annonces ont été fraîchement accueillies par les représentants du monde économique des Bouches-du-Rhône. Ils accusent le coup et parlent de « grosse inquiétude » et de « mort économique ». Pour eux le « juste équilibre entre santé et économie » avancé par le chef de l'Etat n'y est pas...

« C'est un choc, un désastre économique. On ne s'est toujours pas remis de la première crise », fulmine Philippe Korcia, président de l'UPE 13, « très en colère ». « On va faire en sorte cette fois d'être plus ferme sur nos demandes et mener des actions pour avoir des aides autres que des crédits ». Pour le patron des patrons des Bouches-du-Rhône, l'Etat n'a plus d'autre choix. Il exige le maintien du chômage partiel « le temps qu'il faudra », la prise en charge des loyers et l'abandon des charges patronales des entreprises fermées et la suppression pure et simple du remboursement du Prêt garanti par l'Etat (PGE). « Les dettes sont insupportables. Nous n'avons jamais opposé le sanitaire et l'économie mais allons au bout de la démarche. Aucune entreprise ne doit rester sur la touche mais il faut leur donner une vision de l'avenir. L'économie est en détresse et à genoux ». S'il attend les détails concernant ces décisions, il reste très sceptique sur les annonces du Président quant à une réévaluation des mesures dans 15 jours. « Il nous dit : "j'accepterai des évolutions si on passe de 50 000 contaminations à 5 000". En deux semaines, c'est impossible. Il essaie de donner de l'espoir », déplore Philippe Korcia. « Je crois que les gouvernants ne se rendent pas compte que derrière, il y a des familles, des emplois. Il parle de commerces non essentiels, mais ça n'a aucun sens, c'est dénué de tout fondement ! On ne peut plus accepter ça ».

« Mise à mort de bars et restaurants »

« C'est une mise à mort d'énormément de bars et de restaurants », déplore Corinne Innesti, présidente de la CPME 13, qui s'imagine le sentiment de « désarroi » de ces professionnels « qui tenaient déjà difficilement ». Et d'adresser au passage une pique au chef de l'Etat qui a à nouveau mis en avant sa formule « quoi qu'il en coûte » pour exprimer son soutien sans faille à l'économie. « Ce n'est pas vrai, tranche Corinne Innesti. Suite à la fermeture administrative de septembre à Aix et Marseille, on a acté le passage du fonds de solidarité de 1 500 à 10 000 € le 27 septembre. Sauf qu'à ce jour, le 28 octobre, personne n'a encore rien perçu. » Et si elle note un signe positif avec l'annonce d'un « plan spécial » de 10 000 € pour les commerçants et les indépendants, la présidente de la CPME 13 déplore que les dirigeants qui seront en faillite n'aient toujours droit à aucune indemnisation… alors qu'il s'agissait déjà d'« une promesse du candidat Macron » il y a maintenant trois ans.

Elle redoute également les conséquences de ce deuxième confinement pour les commerçants car « ils ne réaliseront pas le chiffre d'affaires escompté dans ce climat de morosité et d'anxiété » alors que les fêtes de fin d'année représentent un pan important de leur activité annuelle. Elle estime ainsi que la tenue des promesses « d'aide à la digitalisation » pour ces professionnels est « primordiale pour sauver les magasins de proximité ».

Dans ces conditions, elle demande la mise en place immédiate de trois mesures. Tout d'abord que les entreprises bénéficient désormais « de subventions et en aucun cas de prêts ». Plus souple que Philippe Korcia, elle souhaite également que la franchise des Prêts garantis par l'Etat (PGE) soit portée de un à deux ans, « une deuxième année sans coût afin que les entreprises puissent redémarrer ». Enfin, à l'heure où les loyers « commencent à être redemandés aux entreprises », elle demande que les bailleurs puissent « utiliser le dépôt de garantie ou bénéficier d'un crédit d'impôt qui sera déduit sur leur déclaration ».

« Cette fois je ne peux plus »

Nicolas Guyot, vice-président de l'UMIH 13, président des hôteliers indépendants des Bouches-du-Rhône et directeur de l'hôtel Carré Vieux Port à Marseille reste prudent en attendant les détails des annonces, demain. « Je n'oublie pas le "quoi qu'il en coûte". Emmanuel Macron a parlé de défendre les indépendants, j'attends de voir ce que ça veut dire. » Pour lui, financièrement, ce nouveau confinement est plus délicat que le premier dans la mesure où les restaurants, bars et hôtels sont forcés de stopper leur activité, mais cette fois sans avoir pu reconstituer leur trésorerie. « On commence ce confinement les caisses vides. Cet été nous avons bien travaillé mais pas assez pour rattraper le manque à gagner et mettre suffisamment de côté, poursuit celui qui prend cette fois sa casquette de directeur d'hôtel. Au moment du premier confinement, j'avais fait l'avance sur salaire et le complément de salaire à mes employés. Cette fois, je ne peux plus ».

Cette nouvelle fermeture va pénaliser, dans tous les secteurs, les petites entreprises, parfois au profit des géants. « Les commerçants vont voir les cadeaux de Noël passer sur le compte d'Amazon. Les gens n'iront plus au restaurant mais se rassembleront chez eux. Ceux qui vont continuer à aller travailler se feront livrer leur repas par Uber Eat ou Deliveroo. Ce qui est une bonne chose parce que ça développe la vente à emporter. Mais ce n'est pas notre vocation. La nôtre, c'est d'accueillir le public. »

Transformer le PGE

Pour Lionel Canesi, président du Conseil régional de l'ordre des experts-comptables de Paca, « c'est un échec complet. On ferme la France un peu moins qu'en mars, mais on y va… On va avoir des morts économiques. On reconfine. Dans un mois et demi on va déconfiner. Déjà qu'en mai ça a été difficile de relancer l'économie et de remettre les salariés au travail… Et en mars prochain on reconfinera ? Le Gouvernement a perdu le combat de la pédagogie et de la répression des gens qui ne respectaient pas les règles. Aujourd'hui on sanctionne tout le monde », a-t-il réagi. C'est la santé que l'on met dans les priorités. Il n'y a pas de juste mesure et finalement on va opposer les deux », ajoute l'expert-comptable qui accuse le Gouvernement d'une « absence d'anticipation depuis mars ».

« Ce soir je pense aux dirigeants de TPE et de commerces auxquels a octroyé seulement 1 500 euros d'aide. Cela est insuffisant ! », juge Lionel Canesi. Le président du CROEC Paca estime que « ces chefs d'entreprise ont été les grands oubliés de cette première vague. On leur a demandé de faire des efforts et ils n'ont rien eu ou presque en retour. Je demande qu'ils reçoivent un revenu minimum garanti afin qu'ils subviennent aux besoins de leur famille. Il faut aussi que le PGE se transforme en subvention pour les TPE et PME, demande Lionel Canesi. Avec la baisse de l'activité, la relance difficile puis ce nouveau confinement, les entreprises n'auront pas les rentrées suffisantes pour rembourser ».

Farouk Boulbahri, le président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes d'Aix-Bastia partage cette inquiétude. « Ce qui a été décidé n'est pas le juste équilibre… C'est très compliqué de le trouver. Il faut rester humble. Ce que nous traversons est nouveau, même si nous avions une petite expérience du premier confinement. La décision prise est d'essayer de faire tourner l'économie avec quelques secteurs comme le bâtiment qui fait travailler beaucoup de monde. Avec le télétravail certaines entreprises s'adapteront, préserveront des emplois, mais en créant moins de richesses », analyse le commissaire aux comptes. Il juge que dans ce nouveau contexte, les aides aux TPE et commerces « risquent d'êtres insuffisantes ». « Entre l'arrêt de l'économie et les premières aides économiques, beaucoup d'entreprises vont rester sur le carreau… ». Ce dernier appelle le Gouvernement à de la « réactivité dans les aides : il faut s'affranchir des barrières administratives. Quand un commerçant a besoin d'aide, il lui en faut tout de suite ». Le président de la CRCC Aix-Bastia estime également que le « chômage partiel ne résoudra pas tout parce que 15% restent à la charge de l'entreprise. Il faut prendre en charge 100% des salaires quand l'activité s'arrête ». Farouk Boulbahri demande aussi que le « PGE soit intégré en fonds propre ou décalé sur 15 ans avec un fonds souverain européen qui l'absorberait ».

« Un comité d'urgence économique et sociale »

Jean-Luc Chauvin, président de la chambre de commerce et d'industrie Aix-Marseille Provence (CCIAMP), souligne les dangers des effets de la « contagion économique » car « les secteurs qui ne pourront pas travailler auront un effet de contagion sur l'ensemble de l'économie ». S'il prend acte des mesures annoncées car « la vie humaine vaut plus que tout », il demande à l'Etat de « basculer en mode commando ». « On réclame de la simplicité et de l'agilité car on ne peut pas raisonner avec des textes en vigueur quand tout va bien alors que nos entreprises sont en difficulté et que les premiers dépôts de bilan arrivent », résume-t-il. Ainsi, il demande à l'Etat « d'accélérer » et dénonce le fait que « les textes des aides promises le 25 septembre dernier ne sont toujours pas applicables », réclamant au passage « une efficacité de la parole politique dans la transcription des textes ».

Dès ce soir, la chambre consulaire s'inscrit ainsi plus que jamais en « mode action » en formulant deux propositions. « Nous allons appeler l'ensemble des syndicats patronaux, fédérations, groupements professionnels, associations de zones d'activités ou associations de commerçants à rejoindre un comité d'urgence économique et sociale que la CCIAMP installera lundi. Il aura pour but de proposer des idées que nous soumettrons au préfet et au Gouvernement pour mettre en place des actions préventives », explique Jean-Luc Chauvin. La CCI invitera aussi l'ensemble des partenaires sociaux « pour voir ensemble comment permettre à nos entreprises de travailler tout en augmentant au maximum la protection contre le virus pour les salariés et les entrepreneurs » via « des solutions innovantes ». Il souhaite aussi qu'émergent « des solutions pour défendre l'activité économique, par exemple avec l'achat local ou la mise en place de solutions de solidarité entre nous pour défendre nos entreprises ». « Il faut agir de façon commando, avoir des préconisations en amont, en anticipation », insiste Jean-Luc Chauvin.

Quant au guichet unique des entreprises mis en place le 4 mars et qui n'a cessé de fonctionner depuis, il sera plus actif que jamais dans les prochains jours.




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