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PAROLE D'EXPERT Que pense la FED ?

La réunion des banquiers centraux du monde entier à Jackson Hole (Etats-Unis) fin août a été marquée par le discours très attendu de Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine (FED).
Que pense la FED ?
D.R. - Les banques centrales ont pris des mesures sans précédent pour limiter les retombées négatives de la Covid 19

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Les banquiers centraux du monde entier se sont réunis à Jackson Hole (Etats-Unis) fin août afin de débattre de l’impact de la crise sanitaire sur l’économie mondiale, d’observer la reprise et d’analyser les risques de dérapage de l’économie. Les banques centrales ont pris des mesures sans précédent pour limiter les retombées négatives de la Covid 19. La politique monétaire expansionniste qui a été mise en place a permis de freiner les effets de la récession. Les liquidités abondantes ont permis au système financier de rester solide.

Depuis la crise financière de 2007-2009, les présidents de la Réserve fédérale américaine (FED*) ont régulièrement profité de cette conférence pour annoncer des changements de politique monétaire ou évoquer leurs anticipations de perspectives économiques. La réunion a ainsi été marquée par le discours très attendu de Jerome Powell, le président de la FED depuis 2018. Dès les premiers mots de son allocution, il a annoncé un probable « tapering » d’ici la fin de l’année. Ce terme signifie la réduction des achats d’actifs obligataires mensuels de la FED qui s’élèvent aujourd’hui à 120 Md$. J. Powell note que depuis le début de la pandémie, le soutien monétaire apporté à l’économie a eu comme bénéfice d’alimenter une forte reprise bien qu’irrégulière.

Un ralentissement de l’inflation attendu

En ce qui concerne l’inflation, J. Powell attend un ralentissement d’ici quelques mois. Sur 12 mois, à fin juillet, les inflations totale et « core »** s’élèvent respectivement à 4,2 % et 3,6 %, soit des niveaux supérieurs aux attentes de la FED de 2 %. La hausse des prix très marquée de certaines matières premières ou biens durables, est le résultat d’un décalage entre l’offre et la demande qui, selon la FED, devrait se régulariser dans les prochains mois.

L’inflation durable ne pourrait s’installer que si la boucle prix/salaires est activée : la hausse des prix entraînant celle des salaires qui pousse les prix encore plus haut… Actuellement, on ne constate pas encore ce phénomène. Il faut toutefois noter que les difficultés de recrutement des entreprises pour certains postes pourraient avoir des conséquences sur les salaires qui devraient être revus à la hausse. Cette hausse des salaires dans certains secteurs d’activité est, selon la FED, « essentielle pour soutenir la progression du niveau de vie ».

Le « tapering » annoncé d’ici décembre sera en revanche bien distinct de la future hausse des taux. Selon J. Powell, celle-ci n’aura lieu que lorsque des données économiques plus exigeantes auront été constatées.

La FED redoute une crise financière

Nombreux sont les économistes qui n’anticipent pas de hausse des taux avant mi-2023. De fait, on constate que l’anticipation de l’évolution des taux d’intérêt par les marchés a beaucoup évolué. Au cours du T1 (jusqu’à fin mars), les taux américains à 10 ans ont fortement progressé. Cette hausse a fait place à une décrue des rendements qui s’affichent aujourd’hui à 1,28 % pour le taux à 10 ans. Certains économistes évoquent en revanche un montant de « tapering » (baisse des achats) de 15 à 20 Md$ dans les tous prochains mois. La FED reste attentive au cycle économique et financier américain et redoute une crise financière qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur une économie fragilisée par la pandémie.

Une autre partie du discours de J. Powell a porté sur le marché du travail. Il a en effet rappelé qu’un des mandats de la FED est la préservation de l’emploi. L’institution entend concentrer ses efforts pour promouvoir un emploi maximal. Le président de la Réserve fédérale souligne que « les perspectives du marché du travail se sont améliorées » mais pour autant, on constate que le taux de chômage reste encore élevé à 5,4 %. Le chômage de longue durée reste élevé et la reprise du taux d’activité est très lente. La FED compte sur l’accélération de la vaccination, la réouverture des écoles et la fin des aides au chômage pour inciter les Américains à reprendre le travail.

La réunion de Jackson Hole aura vu un patron de la FED essayer de ménager les marchés tout en indiquant que son objectif à terme serait de retrouver une politique monétaire plus normalisée, avec l’espoir d’une stabilisation de l’inflation sur un niveau acceptable sans casser la dynamique du marché du travail.

* Federal Reserve System (FED), la banque centrale des Etats-Unis.
** La core inflation est une inflation dont on a retiré certains éléments fluctuants, comme par exemple les matières premières agricoles ou énergétiques. L’objectif est de faire abstraction des facteurs non récurrents susceptibles de faire augmenter les prix sans que cette tendance reflète celle de l’inflation de base.

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