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Infographie Provence : la vie en rosé…

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Provence : la vie en rosé…
O. REAL - Dans le monde, une bouteille de vin consommée sur 10 est aujourd'hui du rosé.

Ce n'est pas en vain que les vignerons et négociants de Provence se sont battus depuis des années, des décennies, pour faire de leur rosé non seulement un vrai vin mais aussi la référence mondiale. Même si rien n'est jamais gagné, surtout dans un domaine où chaque récolte est un nouveau défi, notre région viticole boit la vie en rosé.

« Le rosé, c'est pas du vin ! », titrait ironiquement Alain Baccino dans son éditorial du rapport d'activité 2017 du CIVP, Conseil interprofessionnel des vins de Provence, dont il occupait la présidence jusqu'en juillet dernier*. Un pied de nez, à défaut de vigne, à tous ceux qui « n'ont pas vu ou pas compris ce qu'il s'était passé ces 20 dernières années », mais aussi à l'adresse de « vignobles challengers à l'appétit aiguisé par le succès des vins de Provence. Nous ne devons pas nous leurrer, nos bons résultats et notre bon positionnement de référent mondial sur le rosé nous exposent de plus en plus à être critiqués, à être la cible à abattre… »

Pour ce vigneron qui fait partie des leaders historiques de la viticulture en Provence - il préside depuis 2007 la Chambre d'agriculture du Var - le rosé de la région est bien plus qu'un vin, c'est l'œuvre de plusieurs générations qui ont pris leur destin en main et changé l'avenir. Il y a un peu plus de 40 ans, lorsqu'a été fait le choix de l'Appellation d'origine contrôlée (AOC) et en corollaire de la qualité, la Provence se résumait au petit vin des vacances que l'on buvait l'été à s'en faire mal à la tête. Il est devenu le meilleur rosé du monde, assaisonné - en guise de sel et poivre - de rouges de garde et de grands blancs. Aucune région ne peut afficher un tel équilibre qualitatif sur l'ensemble de la gamme, élargie à la bulle de Provence, en rosé et blanc, variante « maison » de la méthode champenoise qui peut surprendre nombre de dégustateurs à l'aveugle.

Promesse tenue

Les yeux bien ouverts sur le chemin à suivre, les viticulteurs de la région sont allés de l'avant, ont investi, modernisé, amélioré leur savoir-faire, leurs produits, leurs outils, abaissé les rendements à l'hectare, soigné les terroirs, affiné l'encépagement dédié au rosé. Ils ont aussi créé en 1999 le Centre mondial de recherche et d'expérimentation sur le vin rosé à Vidauban (Var), agrégeant toutes les informations pour mieux les (re)servir, et cultivé de plus en plus sainement puisque plus de 20 % du vignoble sont en bio (objectif national de 2020), tandis que la grande majorité cultive en raisonnée. Cette montée en puissance a rejoint le goût du consommateur, tout en l'éduquant et en le décomplexant autour de valeurs communes. L'art de vivre, le plaisir, la liberté, la fête, l'élégance également par sa couleur pâle typique, unique, conséquence de sa vinification, ou encore sa fraîcheur, sa richesse aromatique, ont touché des cœurs de cibles multiples. En l'occurrence bien plus larges que les jeunes et les femmes des premiers succès, bien au-delà de l'apéritif en accompagnant tout le repas, bien plus longtemps qu'une saison en se dégustant toute l'année. Le rosé est devenu identitaire d'une région, d'une façon d'être, incarnant la Provence. Surtout, il a tenu ses belles promesses.

Globalement, le vin de Provence (rosé à 89 %) génère sur le périmètre du CIVP 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires (2017), 5 000 emplois directs, ainsi que des retombées indirectes estimées à 20 000 emplois. Une réussite issue d'une vision partagée, qu'il faut conserver en restant vigilant sur la stratégie, dont chacun doit récolter les fruits. Mais le succès attise beaucoup de convoitises, conjointement d'autres régions, d'autres pays, qui veulent rivaliser, et d'autres investisseurs qui aspirent à se tailler une place au soleil de l'or rosé. Cela génère une préoccupation de fond sur la pérennité du modèle d'exploitation familiale.

Valeur montante

Travaillé de longue date, en particulier par des précurseurs comme Jean-Jacques Bréban, négociant de renom qui vient de succéder à Alain Baccino à la présidence du CIVP, le marché export connaît une expansion à deux chiffres annuels depuis le début de la décennie. En tête de la ruée vers notre rosé (voir infographie), les USA affichent une demande exponentielle. Vingt-trois millions de bouteilles de rosé de Provence sont aujourd'hui consommées par les Américains dont l'intérêt est savamment entretenu par l'interprofession. A la faveur de missions conduites par les équipes du CIVP, relayées sur place par des spécialistes de la communication et du marketing (l'agence Sopexa actuellement), sont présentées aux cavistes, importateurs et à la presse les caractéristiques qualitatives du rosé de Provence. Son histoire aussi, qui passionne. Celle de chaque domaine est un atout supplémentaire pour le vendeur américain, et s'il est bio (« organic » outre-Atlantique), c'est encore mieux ! La « rosé connection » fait toujours le plein, à New York ou en Californie, bien aidée ces dernières années par les subventions européennes destinées à booster les marchés tiers. D'autre part, l'engouement s'accompagne d'une valorisation alléchante, à 20, 30, voire 40 dollars la bouteille de bon rosé. Ça vaut… la peine d'essayer, à condition de bien s'organiser même si le segment export est devenu de plus en plus accessible. Quant à l'Europe, elle demeure un formidable terrain de jeu.

Dans la première région touristique de l'Hexagone hors Ile-de-France, l'export « in situ » est aussi de mise, 30 millions de visiteurs (en moyenne) pouvant potentiellement croiser 155 millions (et plus selon les années) de bouteilles… D'autant que le niveau élevé de ventes directes et en circuits courts est renforcé par un œnotourisme croissant, dont le site de la Route des vins de Provence, déployé depuis le Var par le réseau des chambres d'agriculture, n'est pas le moindre des atouts. De même, les festivités autour de l'art et du vin offrent de la valeur ajoutée aux domaines et contribuent à mieux faire connaître la qualité de vie et de vignes des terroirs de Provence. Histoire de rappeler que dans viticulture, il y a culture… Le rosé est bien plus qu'un vin, effectivement !

* Le 5 juillet, Alain Baccino a terminé son mandat de président du CIVP et passé le témoin à Jean-Jacques Bréban, élu au titre du collège négoce. Ce dernier a présenté dans la continuité du travail effectué sa feuille de route, priorisant le leadership à l'export, la préservation des terres viticoles, la transition écologique.




Olivier Réal
Journaliste

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