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INTERVIEW Pierre Grand-Dufay : « Ma vie de chef d’entreprise nourrit mes romans »

Certains pratiquent le sport, Pierre Grand-Dufay, lui, préfère écrire des romans d’anticipation. L’entrepreneur à la tête du fonds d’investissement Tertium publie son deuxième ouvrage, « Les Vagues ne meurent jamais ».
Pierre Grand-Dufay : « Ma vie de chef d’entreprise nourrit mes romans »
R. Poulain - « Les vagues ne meurent jamais », le deuxième roman de Pierre Grand-Dufay, nous emmène dans le restaurant du futur.

Oxygène Publié le , Propos recueillis par Caroline DUPUY

Les Nouvelles Publications : Vous venez de publier votre deuxième roman, « Les Vagues ne meurent jamais »*. Comment vous est venue l’envie d’écrire et d’oser le faire ?
Pierre Grand-Dufay : Je suis motivé par l’envie de transmettre des messages. Mon positionnement est le roman d’anticipation. C’est-à-dire que j’essaie d’imaginer comment la technologie va modifier notre façon de vivre. C’est un exercice de prospective mais aussi de vulgarisation, ce qui est très important dans ma démarche car j’explique simplement, à travers des histoires, des concepts ou des évolutions technologiques complexes.
Ma vie de chef d’entreprise me nourrit, en étant en contact permanent avec des entrepreneurs qui portent des projets ambitieux et innovants. De tout ça naissent des romans, avec des personnages, des entrepreneurs, des entreprises, des réalisations disruptives… Ce n’est pas de la science-fiction mais de l’anticipation.

Vidéo | « Le monde de Tim » de Pierre Grand-Dufay en cinq mots

Un chef d’entreprise qui écrit des romans, ce n’est pas habituel. Quand trouvez-vous le temps pour cette activité ?
Nous sommes nombreux dans ce cas. Je connais plusieurs chefs d’entreprise qui écrivent des romans. Y compris dans mon métier, je pense notamment à deux autres dirigeants de fonds d’investissement.
L’écriture est pour moi un loisir, comme un autre. Certaines personnes pratiquent le triathlon. D’autres jouent au tennis, au golf ou font de la sculpture durant leur temps libre. C’est pareil pour moi. J’écris essentiellement le week-end et pendant les vacances. Cela représente environ cinq ou six heures par week-end, le temps d’une partie de golf ! J’ai mis environ quinze mois pour écrire ce livre et un an pour trouver un éditeur, malgré le succès de mon premier livre. Le monde de l’édition est complexe et aurait besoin d’être digitalisé !

Les nouvelles technologies semblent vous fasciner. Elles font partie de vos livres. Qu’est-ce qui motive ce choix ?
Je suis fasciné par ce besoin qu’a l’homme de toujours innover. Toutes les époques ont en effet connu leur lot d’innovations. Et par définition, nous ne connaissons pas les prochaines. Mais on les cherche, même s’il n’y a pas toujours un réel besoin en la matière.
Dans ce nouveau roman, sélectionné pour le prix de l’intelligence artificielle Vudailleurs, j’imagine le restaurant du futur où tout est robotisé, imprimantes 3D en cuisine, automates en salle, cuisine hydroponique, dans des conditions d’hygiène exceptionnelles. Non seulement le robot serveur connaît tout de vos préférences alimentaires et vos contre-indications, mais en plus il permet de pallier les manques actuels de main-d’œuvre. Il est également question, dans « Les Vagues ne meurent jamais », d’immortalité électronique, avec un hologramme doté d’une intelligence artificielle qui permet d’exister encore après la mort, sous une autre forme. En fait, si une personne dispose d’un jumeau numérique qui a accumulé, durant de nombreuses années, toutes les informations et tous les faits et gestes de son jumeau humain, il pourra continuer d’exister après la disparition du premier. Les êtres humains reproduisent dans l’immense majorité des situations les mêmes réactions, les mêmes erreurs, les mêmes attitudes. L’intelligence artificielle est en mesure de déterminer ce qu’aurait dit ou fait la personne disparue dans telle ou telle circonstance. C’est un peu effrayant… Et pourtant, c’est imaginable !

Le père de votre personnage principal a inventé un avion à propulsion solaire. Cela vous semble possible ?
Le problème actuel est le stockage de l’énergie électrique et son corollaire qui est l’épuisement des terres rares. C’est pour cela que j’ai imaginé des stations orbitales photovoltaïques qui transmettent instantanément aux avions en vol l’énergie solaire sans besoin de la stocker. La station est collée au soleil, elle capte son énergie et la transmet en temps réel pour une consommation immédiate.

L’innovation peut-être très utile dans certains domaines…
Oui, évidemment. C’est le cas notamment avec la médecine prédictive, l’intervention robotique à distance, le séquençage génomique etc. La technologie ne remplace pas l’homme mais les deux, côte à côte, sont très efficaces même si l’intelligence artificielle, contrairement à ce que son nom peut laisser penser, est dépourvue d’intelligence. Elle n’est en fait qu’un traitement intelligent des données récoltées, ce qui est différent, et en aucun cas la copie d’une intelligence humaine. Pourtant, elle peut avoir des applications spectaculaires.

… Mais il existe également certains risques.
Oui, bien sûr, les cyber-risques sont nombreux et d’autant plus forts que la technologie est innovante. Il y a aussi les risques d’utilisation frauduleuse et/ou malveillante des données et enfin, le risque de diminution des libertés individuelles, avec notamment la reconnaissance faciale et les bases de données numériques… L’utilisation des données doit être bien encadrée pour que ces dernières soient utilisées à bon escient et que nos libertés demeurent. Le RGPD** est déjà assez protecteur mais il y a, avec l’intelligence artificielle, un vrai choix philosophique à faire. Car n’oublions pas qu’il s’agit d’algorithmes programmés par l’Homme. Il doit donc y avoir dès le départ un objectif bienveillant à la création de chaque programme.

Des conseils de management sont distillés dans ce livre. On sent le chef d’entreprise qui parle ?
Je n’ai pas la prétention de donner des conseils. Mais vous retrouverez dans le récit un fonds d’investissement qui prend en compte des critères extra financiers, qui a d’autres objectifs que la rentabilité. Le monde a compris que les questions environnementales et sociétales sont devenues prioritaires, et il commence à opérer son virage dans ce sens.
Je crois à la responsabilité des fonds d’investissement qui investissent par définition pour construire l’avenir, leur rôle est donc essentiel dans l’évolution de nos sociétés. Ils ouvrent des voies, font éclore des nouveaux modèles et permettent aux innovations utiles de voir le jour. Ils ont une influence forte sur les autres acteurs de l’économie, et pour cette raison ils doivent être exemplaires notamment en termes d’ESG. Je crois enfin que l’entreprise reste un lieu privilégié de construction personnelle et d’épanouissement individuel, une sorte de repère dans nos sociétés parfois déstabilisantes.

Il y a aussi de la psychologie et beaucoup de bon sens et de façon d’être. Pourquoi insister sur ce choix ?
L’essentiel de ce qui fait nos vies quotidiennes, ce sont les relations humaines. Ce sont toujours les émotions, sentiments et relations humaines qui guideront le monde et qui seront à la base de nos décisions. L’intelligence artificielle n’a pas accès à ce domaine qui est de nature biologique et non informatique !
Les personnages de mes romans vivent et réagissent aux événements de la vie comme vous, comme moi, comme nous tous… Et pas comme des machines. Ils construisent leur bonheur chacun à leur manière, en suivant leur chemin et en écoutant leurs intuitions, en pratiquant le surf, aux commandes d’une entreprise ou d’un avion, mais tout en aimant et en étant aimés.

Les femmes sont très présentes dans ce livre. Les meilleures comme les pires. L’homme est-il facilement déstabilisé par les femmes ?
Les femmes modèlent la vie des hommes. Dans la vie, on croise toutes sortes de personnalités et on apprend à les distinguer avec le temps et l’expérience…

Réfléchissez-vous déjà à un nouveau livre ? Si oui, sur quel thème ?
Mon prochain livre est déjà en route. Vous y retrouverez de la technologie, des personnages attachants et surtout une solution pratique à un problème majeur de l’humanité qui est mise en œuvre dans le roman, une sorte de projet prêt à l’emploi.
Je persiste à croire qu’avec un peu d’imagination on peut résoudre l’essentiel des problèmes… En tout cas, il ne faut jamais cesser de rêver et comme le disait Oscar Wilde : « Il faut viser la lune, parce qu’au moins, si vous échouez, vous finirez dans les étoiles. »

* « Les Vagues ne meurent jamais » paru aux éditions Christine Bonneton.
** Règlement général sur la protection des données.

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