AccueilDroit et ChiffrePaul Lombard : Geneviève Maillet rend hommage au "vétéran de la liberté"

Paul Lombard : Geneviève Maillet rend hommage au "vétéran de la liberté"

Le bâtonnier de Marseille, Geneviève Maillet, fraîchement élue, rend hommage à Paul Lombard, "héros de l'éloquence" qu'elle admirait.
Paul Lombard : Geneviève Maillet rend hommage au
G. Majolet - Geneviève Maillet lors de son intronisation.

Droit et Chiffre Publié le ,

Maître Paul Lombard est plus qu'un confrère. Il fait partie de ces avocats dont le seul nom suscite des vocations.

Il savait ouvrir les portes des geôles les plus fermées, des salons les plus dorés et du cœur des jurés les moins accessibles.

Son talent était incontestable et magnétique.

Etudiants au Centre de formation des avocats - dont là aussi il prit le temps de pousser la porte -, on se convainquait, en écoutant ses conseils bienveillants, qu'il tirait secret de quelque don mystérieux que sa fréquentation nous permettrait peut-être de percer un jour.

On prenait des notes… C'est tout ce que l'on réussissait à capter.
On notait de faire porter pendant l'audience un costume bleu à notre client par exemple… Et je souris tristement en repensant l'avoir pieusement recopié sur un cahier.

Il disait chercher à nous inculquer, comme un "vétéran de la liberté", les bienfaits de la provocation et les limites du dérisoire. Il ajoutait que quand le conformisme nous guetterait, il nous faudrait feuilleter "Révolte sur mesure" pour s'exorciser du démon de la complaisance.
Il faut dire qu'alors, nous sortions de la grande enfance et nous reportions fiévreusement les phrases de celui qui était (pour moi en tout cas) un véritable "héros de l'éloquence".

Il faut se souvenir qu'il avait plaidé des dossiers difficiles, défendu des causes désespérées et surtout forgé ses plaidoiries en voyant ses clients à travers les procès verbaux tels qu'en eux-mêmes.
J'admirais ce que cela signifiait : le perfectionnisme, le sens de l'endurance, l'improvisation, la mesure et la fougue, la félicité du travail accompli et l'insatisfaction permanente, la capacité à émouvoir en présentant les actes qui ne s'expliquent que par l'homme, la prouesse renouvelée d'autant plus exigeante que la réputation grandit... Mais enfin et surtout, la crainte de l'enjeu de la vie humaine. Car à l'époque où Paul Lombard plaidait aux assises, la peine de mort existait encore.

Il avait su incarner une certaine image flamboyante de la défense à la barre. Il était attendu. Il était respecté. Il était Paul Lombard.

Quand je cherche à traduire mes sentiments du souvenir que j'en ai, il me vient une citation : "Il y a des moments où pour peindre complètement quelqu'un, il faudrait que l'imitation phonographique se joignit à la description." En effet, c'était un timbre, un rythme, une intonation qu'il faudrait rappeler pour lui rendre justice.

Car même si on l'oublie parfois, la plaidoirie est allergique au différé... Il faut l'avoir vécue.

Paul Lombard disait d'ailleurs : "Sans la rencontre entre l'orateur et le tribunal, la plaidoirie se dépouille, privée des exigences de l'immédiat... Le discours ne peut se répéter, l'éloquence n'est pas une rhétorique ​mais une démonstration... Sans le juge qui fait partie du discours, l'orateur le plus convaincant devient bateleur et ses mots orphelins de l'émotion et de l'enjeu qui les ont fait naître sont vidés de leur suc."

Alors tristes oui... Très tristes même... Et présents par le cœur aux côtés de sa famille, ses enfants que nous connaissons dont nos confrères Bruno et Martine, ainsi que son gendre, notre confrère Éric Semelaigne.

Mais fiers aussi de son talent si manifeste, si illustre, si reconnu et qui vient d'une voix du Sud qui rayonne encore malgré sa perte.

Oui, c'est la perte d'une étoile du barreau et pas seulement du barreau de Marseille… Mais on peut se dire, avec notre regard subjectif, qu'il a quand même eu l'insolente liberté de mener sa vie comme il l'entendait… Avec éloquence et tout en panache.

Voilà ce que cela m'évoque, ce difficile moment que je n'imaginais pas.

Paul Lombard nous a dit autrefois en partant de notre salle de classe : "Jeunes gens, le plus dur, c'est de durer" .

Et maintenant que cette porte-là est elle aussi fermée, il ne nous reste plus qu'à courir, pour vite aller vers la fenêtre qu'il nous a laissée et montrer à travers elle - à ceux qui ne l'ont pas connu - ce que l'on a pu, nous autres, y voir, c'est-à-dire… De la lumière.

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