AccueilDroit et ChiffreMe Sébastien Wust, avocat et comédien : « Arrêter de jouer ? Jamais ! »

Me Sébastien Wust, avocat et comédien : « Arrêter de jouer ? Jamais ! »

Rencontre avec Me Sébastien Wust, un avocat marseillais qui joue à Marseille son seul en scène, « Maître, vous avez la parole », avant de l’emmener au Festival Off d’Avignon cet été.
Me Sébastien Wust, avocat et comédien : « Arrêter de jouer ? Jamais ! »
D.R. - Dans sa pièce, Maître Sébastien Wust l’assure : « Non, les avocats ne sont pas tous copains ! ». Il nous rappelle aussi l’existence de l’Ordalie, un supplice médiéval et surtout, vrai simulacre de justice

Droit et Chiffre Publié le , Propos recueillis par Alexandra ZILBERMANN

Les Nouvelles Publications : Avant de parler de votre seul en scène, faut-il vous appeler Maître ou Sébastien ? Comment vous présentez-vous aux gens, hors contexte professionnel ?
Me Sébastien Wust : En général, je dis que je suis avocat/comédien.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours d’avocat ?
J’ai suivi mes études à la fac d’Aix et j’ai eu mon diplôme d’avocat en 2004. Je suis inscrit au barreau de Marseille. J’ai ouvert mon cabinet en 2007 et me suis rapidement spécialisé dans la défense des victimes de dommages corporels.

A quel moment avez-vous eu envie d’être comédien ?
En 2014, à la suite d’une période compliquée, ma femme m’a suggéré de faire une activité pour moi. Elle m’a dit : « Pense à toi, fais quelque chose pour toi, pour te rebooster ! ». Et j’ai tout de suite pensé au théâtre, à la scène. J’ai donc intégré une troupe de comédiens amateurs, mais amateur au sens juridique du terme.

Là c’est l’avocat qui parle…
Oui, mais je tiens à cette précision. Dans le sport, on est habitué à la notion de sportif amateur. Moins dans le spectacle vivant, où il peut y avoir une notion plus péjorative. Nous sommes amateurs car nous avons tous une autre profession à côté.

Quand avez-vous écrit votre pièce ? Comment avez-vous eu l’idée de passer à l’écriture ?
Je l’ai écrite en 2019, je devais la jouer en 2020, mais compte tenu de la période, ça a été repoussé à 2021. Mon texte se situe entre le théâtre et le stand-up.
J’ai pris goût à l’écriture en écrivant une courte scène pour un spectacle donné avec la troupe du barreau de Marseille, La Revue du barreau. C'était la première fois que je me retrouvais seul en scène et j’ai été porté par cette double nouvelle expérience.

« Maître, vous avez la parole (euh… vous êtes sûr ?) », votre première pièce, parle de votre métier, mais aussi de vous. Pour autant, nous avons vu la pièce et elle cible un public large…
Avec le rire, j’espère parler à un public varié. Je me suis inspiré de mes anecdotes, mais aussi de celles de mes confrères. Je grossis le trait, certes, mais il y a beaucoup de vrai dans ce que je dis. J’espère que le public ressort de la pièce en comprenant un peu mieux notre métier et nos états d’âmes parfois.

Comme celui de savoir que le juge qui va étudier votre dossier un mois après votre plaidoirie n’aura plus vos arguments en tête…
Exactement. Je voulais, à la fin de mon spectacle, emmener le spectateur vers un peu plus d’émotions. Alors j’évoque le manque de moyens et de temps de la justice. Nos frustrations en tant qu’avocat. Vous savez, au départ, je voulais être médecin et puis j’ai bifurqué en droit. Mais le point commun à ces deux métiers, c’est la vie au cabinet. Recevoir les gens, être dans leur quotidien... cette proximité m’est essentielle et j’avoue qu’en 18 ans, j’ai vu nos conditions d’exercice changer. Avec l’humour, beaucoup de choses passent. J’espère être entendu et démystifier les poncifs autour de l’avocat.

Citez en quelques-uns que vous abordez dans votre seul en scène…
L’avocat est un menteur, un manipulateur. Il connait toutes les lois. Il est riche, bien sûr. L’avocat qui ne trouve pas un vice de forme dans un dossier est nul. Mais je pense que le premier cliché sur notre métier reste que quand on dit qu’on est avocat, notre interlocuteur a forcément une question à nous poser, même si ce n’est pas notre spécialité ! Je pourrais évoquer aussi la remarque que presque tout le monde a déjà faite un jour : « Mais comment faites-vous pour défendre les violeurs d’enfants ? ».

Alors, comment faites-vous ?
Déjà, on ne plaide pas tous les jours ce type de dossiers. Cela représente une minorité d’affaires et comme vous le savez, tout le monde a le droit à une défense.

Pour rebondir sur vos exemples, vous imaginez une scène où vous racontez qu’on ne demande pas à un dentiste de vous ausculter le corps, sous prétexte qu’il a fait médecine…
Alors que nous, forcément, nous avons réponse à tous les problèmes juridiques de la terre ! Je situe la scène durant un mariage. C’est caricatural, mais je suis dans le vrai.

Comment voyez-vous la suite après ce mois passé à Avignon ?
Je ne m’oblige à rien et ne m’interdit rien non plus. J’ai beaucoup d’espoir avec ma pièce, c’est vrai. J’espère convaincre des programmateurs cet été, mais je reste lucide et je ne veux surtout pas paraître prétentieux. C’est un métier concurrentiel et personne ne m’attend. J’espère faire vivre encore quelques années ce spectacle. Je vais aussi reprendre une pièce que je produis. J’aime autant être seul qu’en troupe.

Vous êtes aussi producteur ?
Oui, j’ai créé en 2018 ma compagnie Les Wagons libres. Avoir sa propre compagnie permet de pouvoir emmener un spectacle comme on l’entend.

En quoi votre métier vous aide à gérer l’adrénaline de la scène ?
Quand on plaide, surtout en assises, on apprend à faire avec le stress. Cela m’aide donc forcément. Mais le trac, que je sois avocat ou comédien, je l’ai toujours.

Envisagez-vous votre vie sans théâtre ?
Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais arrêter de jouer ? Jamais ! Que ce soit avec ma compagnie ou la troupe du barreau de Marseille, seul ou à plusieurs, je vais continuer encore longtemps à avoir deux vies.

Dernière question, plus anecdotique peut-être, mais que beaucoup de spectateurs doivent se poser : sur scène, c’est votre « vraie » robe d’avocat ?
Non, j’en ai acheté une spécialement pour la scène. Je n’imaginais pas jouer avec mon outil de travail.

Maître, vous avez la parole (euh… vous êtes sûr ?), de et avec Sébastien Wust, mise en scène Laurent Bariohay, cie Les Wagons libres.
Du 14 au 16 janvier, théâtre L’Art Dû, Marseille 5e.
Les 3 et 4 mai, au Flibustier, Aix.
Intégralité du Festival Off d’Avignon (dates à venir) : théâtre Pixel (salle Bayaf), tous les jours (sauf mardi), à 14 h.
Lire notre article complet dans le n°10 190 des Nouvelles Publications paru le 7 janvier 2021. Cliquez ici pour plus d'informations sur nos offres d'abonnement à partir de 55 €/an.
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