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Les organisations patronales alertent sur les surcoûts actuels du travail

Les entreprises qui ont continué leur activité et celles qui la relancent se trouvent confrontées à un surcoût du travail estimé jusqu'à 15 à 20 % par le Medef Sud. Le constat est partagé par l'Ordre des experts-comptables. Syndicats patronaux, comme chambres consulaires, cherchent des solutions pour l'amortir.
Les organisations patronales alertent sur les surcoûts actuels du travail
R. Poulain - Yvon Grosso est le président du Medef Sud.

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La reprise de l'activité économique après le 11 mai sera progressive et coûtera cher aux entreprises, estime l'ensemble des syndicats patronaux. Yvon Grosso, le président du Medef Sud l'a confirmé lors d'une conférence de presse, organisée en visio-conférence le 23 avril. Le patron niçois a estimé que le surcoût actuel et à venir, du travail pourrait grimper jusqu'à 15 et 20 %. Lionel Canesi, le président de l'Ordre des experts-comptables de Marseille Paca partage cette analyse, même si « pour connaître le surcoût exact, il va falloir attendre la publication des bilans ». Le président régional du Medef et le président du Croec Marseille Paca expliquent ce phénomène par les « nécessaires mesures sanitaires à prendre ». « Il y a les protections à acheter, masques, gels, gants, vitres de séparation et bureaux à réaménager », note Yvon Grosso. « Mais ce n'est pas là le plus cher. La mise en place des processus de séparation et de protection des salariés va ralentir le travail », prévient-il.

Après le 11 mai, « tous les salariés ne reviendront pas non plus au bureau pour différentes raisons : garde d'enfants pour ceux qui ne voudront pas les remettre à l'école, difficultés de transports, maintien du chômage partiel, télétravail et travail en petit effectif, complexités administratives, etc. », avance de son côté Lionel Canesi. Cette réorganisation au sein des entreprises va rendre plus complexe le travail pendant un certain temps. « Si on se projette à la fin du confinement, il est certain que tout ne repartira pas en même temps. Ce qui va freiner le redémarrage, c'est l'adaptation des postes de travail aux nouvelles normes », reconnaît de son côté Thierry Chaumont, le président de l'UIMM Alpes-Méditerranée (Union des industries des métiers de la métallurgie).

« Les entreprises ne pourront pas tout assumer »

Dans le BTP, le sujet est d'autant plus inquiétant que les marges ont beaucoup baissé ces dernières années. « La rentabilité sera encore moins bonne que d'habitude pour les entreprises », alertait, il y a quelques jours Isabelle Lonchampt, la présidente de la Fédération du BTP des Bouches-du-Rhône dans une interview accordée à TPBM. Elle s'inquiétait de l'augmentation des coûts. Et de lister les causes : durée du chantier rallongée en raison des nouvelles contraintes, location plus longue des outils, achat de matériel de protection… La restauration, quand elle reprendra son activité, sera aussi touchée par ce phénomène : « Comment faire tourner un établissement avec moins de clients et de fortes contraintes sanitaires ? », s'interroge Lionel Canesi, qui a organisé un webinaire sur cette question la semaine dernière. « Si certains grands chefs ont envie d'ouvrir vite, de plus petits restaurateurs risquent de préférer rester sous la protection des aides du gouvernement et ne pas rouvrir leur établissement car cela leur coûtera trop cher », avance le président des experts-comptables.

Inquiétude également partagée par les artisans qui sont restés ouverts. C'est ce qu'explique Monique Cassar, présidente de la Chambre départementale des métiers et de l'artisanat : « Un boulanger qui vendait des gâteaux, du snacking, des services de traiteur se retrouve uniquement avec la vente de pains, ou presque. Il doit maintenir ses salariés en activité, il a des charges et pas forcément de rentrées financières à la hauteur. Sans parler de la fatigue physique et psychologique, des conditions de travail dans un environnement stressant ».

Sur ce dernier point, peu d'études encore. Comment réagiront les équipes après plusieurs semaines de confinement, vécues de façon trés diverses et un retour au travail dans un environnement incertain, où le virus reste présent ? « Il faudra prendre le temps de réfléchir ensemble à ce qui s'est passé. Comment on l'a vécu et qu'est ce qu'on a envie de changer. Il faut vraiment une réflexion collective », demande sur France Culture la psychologue du travail Sylvaine Perragin. Pour Lionel Canesi, la réaction des consommateurs est une autre interrogation : « Voudront-ils se remettre à consommer, ou alors auront-ils une attitude prudente ? »

Un appel à la solidarité

Autant de défis pour les chefs d'entreprise et les organisations patronales appelées à intensifier leurs actions. Yvon Grosso en est conscient, même s'il reste « positif et optimiste ». « Après la gestion de l'urgence, nous commençons à étudier cette question de surcoût du travail de près. Cela a été et sera encore abordé lors de nos réunions avec le Préfet notamment », explique-t-il. « Les entreprises ne pourront pas tout assumer. Il faudra que les institutions et collectivités prennent leur part, notamment sur le coût de la sécurité sanitaire des chantiers. Il y a urgence à faire preuve de solidarité ! », avertit Isabelle Lonchampt.

Le Club Top 20, l'UPE 13 et la Chambre de commerce et d'industrie Aix-Marseille Provence (CCI AMP) appellent également « à la solidarité » au sein du territoire entre entreprises, mais aussi et surtout entre ces dernières, l'Etat et les collectivités. Denis Philipon, le président du Club Top 20 demande ainsi à respecter les délais de paiement. Autre solution mise en avant par Jean-Luc Chauvin, le patron de la CCI AMP : jouer sur la confiance et la solidarité en faisant travailler les fournisseurs locaux notamment via le Metropolitan Business Act.

Dans une situation très complexe et incertaine, où la reprise s'annonce délicate, où les entreprises sont durablement fragilisées, les entrepreneurs et les syndicats patronaux développent donc de nouvelles forment de solidarité.

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