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Le château de Saint-Martin, une entreprise comme les autres

Rencontre avec Adeline de Barry, propriétaire du domaine viticole de Saint-Martin à Taradeau, dans le Var et aînée des trois filles de Thérèse Rohan-Chabot et du Comte Bruno de Gasquet.
Le château de Saint-Martin, une entreprise comme les autres
Andrane de Barry - Adeline et Renaud de Barry sont désormais à la tête ensemble de Château de Saint-Martin et de la Liquoristerie de Venelles.

Economie Publié le ,

Sans le savoir, nous lui avons donné rendez-vous le premier jour des vendanges. Sans doute la date la plus importante de l’année pour une viticultrice. Son téléphone n’est pas loin. Son maître de chai l’appellera d’ailleurs pour faire un point durant notre conversation. « Nous savons déjà que nous avons perdu la moitié de la récolte. Depuis 2017 je n’ai pas une récolte normale », confie-t-elle. Car plus qu’une interview, rencontrer Adeline de Barry, propriétaire du domaine viticole de Saint-Martin à Taradeau, dans le Var, c’est avant tout une conversation où l’on parle famille, histoire, vigne, patrimoine, business, avec souvent ses yeux qui s’éclairent quand elle parle de son mari Renaud de Barry, « l’homme de sa vie », de ses quatre enfants ou bien sûr, de Saint-Martin, sa maison d’enfance devenue son entreprise.

Chacun dans la famille a pris son propre chemin, mais avec un métier pas si éloigné des préoccupations du domaine : Erwan, 36 ans, a créé l’application Twil (the wine I love), Andrane, 33 ans, est photographe indépendante pour de belles maisons comme Fragonard, quant aux deux plus jeunes, Célian, 26 ans et Audelia, 22 ans, ils font des études de marketing et de communication. Si ses enfants prenaient la suite, « ce serait merveilleux ». Parce que forcément, la question de la « suite » se pose : Adeline incarne la onzième génération de femmes aux commandes de Saint-Martin (un seul homme l’a dirigé), château qui est dans sa famille depuis le XVIIIe siècle. 

L’arrivée au château

Adeline de Barry a grandi à Taradeau mais n’en a pris la direction qu’en 1984. Elle s’imaginait d’abord interprète, a travaillé à l’Unesco puis s'est réorientée vers des études de marketing, qui l’ont emmenée aux Etats-Unis, chez Moët-Henessy. Puis elle est revenue à Paris, a occupé un poste d'attachée de presse, s'est mariée, est devenue maman, tout en pilotant de la capitale les 100 ha du domaine (dont 50 de vignes).

« Mais un jour, je décide de m’y consacrer à 100 %. Il faut savoir que quand je reprends Saint-Martin, la production est de 3 000 bouteilles [contre 300 000 aujourd’hui, avec des crus classés, NDLR]. Maman a mis en place quelques chambres d’hôtes et c’est tout. Ma première mission est donc de remonter le niveau des ventes. Je fais de nombreux salons et surtout je décide de diversifier nos clients, allant du particulier, au restaurateur, en passant par les institutions et la grande distribution. »

A l'époque, son mari monte son entreprise, Climadiff, qu’il revendra plus tard. Lui aussi, comme leurs enfants, choisi sa voie, finalement pas si éloignée de celle de son épouse. Les années passent et les trajets entre Paris et Taradeau deviennent usants. La famille s’installe donc à Marseille. Nous sommes en 1998. « Cela ne fait que trois ans que nous sommes partis vivre au château, nous dit-elle. J’adore Marseille, je vibre au son de Marseille. Quand nous avons pris la décision de partir à Taradeau, j’ai dit à mon mari que tous les dix jours, nous devions revenir ici. Et à chaque fois, c’est la même joie ! C’est mon sas, mon moment à moi. »

En une vingtaine d’années, Adeline a augmenté considérablement la production, glané des récompenses pour ses crus, reçu la croix de la Légion d’honneur pour son travail pédagogique autour du vin et de l’histoire de Provence. Elle a aussi créé un musée, des Vinoscenies (voyages audiovisuels historiques autour de la vie du château), imaginé des chambres d’hôtes premium, développé le vino-tourisme… bref, Adeline de Barry est à la tête d’une entreprise protéiforme et insolite.

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Gérer le domaine

Le château « doit faire entre 3 000 et 4 000 m2 », nous dit-elle. Le domaine emploie une vingtaine de salariés. « La plupart sont des fidèles. Je travaille avec mon assistante depuis 22 ans. » Nous lui demandons combien coûte un château en frais fixes, quel est le chiffre d’affaires, les investissements… Adeline semble bien en peine de nous répondre. « Cela ne marche pas comme ça. Je peux vous dire en revanche que le tourisme compte pour 15 à 20 % de notre chiffre d’affaires. L’export pour 35 %. Vous donner des chiffres ne serait pas significatif. Tout dépend des travaux d’entretien, de la hausse du foncier, des investissements nécessaires. »

Mais alors, est-ce que diriger un tel patrimoine est une entreprise comme les autres ? « Je suppose ! Comme n’importe quel chef d’entreprise, il faut se montrer souple, réactif. Pendant le confinement, nous avons imaginé notre musée. Nos salariés, en chômage partiel, se sont adaptés. Certains, par exemple, ont adoré faire des recherches pour créer les histoires que nous allions raconter à nos visiteurs. Alors bien sûr, avoir des vignes, c’est être tributaire du climat et ça, on le subit, mais pour le reste, je vous assure, que c’est une entreprise comme les autres. »

Le rachat de la Liquoristerie de Provence

Voilà l’autre pendant de l’histoire du château de Taradeau. Inattendue. Symbolique. « Après avoir revendu Climadiff, mon mari voulait racheter une entreprise. En 2017, on lui parle de la Liquoristerie de Provence, à Venelles. Il est séduit, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande de la diriger à ses côtés. Travailler ensemble, c’est très nouveau pour nous ! Il a fallu nous adapter l’un à l’autre, à nos deux forts caractères, mais c’est tellement passionnant. » D’autant que son époux apprendra, par le plus grand des hasards, que l’un de ses ancêtres était lui aussi liquoriste. Renaud de Barry avait rejoint l’histoire familiale de son épouse. Le voilà qui écrit à son tour la sienne au domaine, où sont désormais fabriqués et mis en bouteille les spiritueux. « Nous avons racheté une entreprise mal en point, avec un chiffre d’affaires de 300 000 €, tandis que dans les belles années, elle faisait 3 M€. Alors que l’histoire est tellement belle et les valeurs si fortes ! », explique Adeline de Barry. « Nous sommes en train de développer de nouveaux produits, avec notamment les recettes de l’aïeul de Renaud, et surtout, de redonner une âme à cette belle entreprise, créée par Pascal Rolland et revendue ensuite à Monier. »

L’entrepreneur est d’ailleurs devenu proche des de Barry, ravi de voir la Liquoristerie reprendre de la vigueur. Car, il faut bien avouer que ce rachat fait sens. Non seulement, il complète l’offre du château de Saint-Martin, mais lui apporte aussi de la nouveauté, en diversifiant son offre. « Avec mon mari, nous avons désormais chacun trouvé nos marques, avec certains domaines réservés, comme les vendanges pour moi. Mais travailler avec lui reste une merveilleuse aventure, qui forcément nous occupe tous les jours de l’année. »

Alors pourquoi pas ne pas aller passer la journée à Taradeau, voire dormir sur place dans la chambre Marquise ou Empire ? La famille de Barry nous promet sur place une bien belle évasion et la découverte d’un patrimoine qui fait aussi partie de notre histoire provençale.

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