Fermer la publicité

interview Laurent Vervloet : « Toutes les entreprises sont susceptibles d'avoir des difficultés »

le - - Droit et Chiffre

Laurent Vervloet : « Toutes les entreprises sont susceptibles d'avoir des difficultés »
F. Delmonte - Laurent Vervloet est un spécialiste du conseil et de l'accompagnement des entreprises et un élu du tribunal de commerce de Marseille.

Laurent Vervloet est expert-comptable, commissaire aux comptes, membre de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) et surtout juge au tribunal de commerce de Marseille. Autant de casquettes qui lui donnent une lecture de la situation économique actuelle.

Les Nouvelles Publications : Quelles conséquences cette crise a sur le travail des commissaires aux comptes ?
Laurent Vervloet : Avec la crise du Covid-19, les commissaires aux comptes doivent appliquer un principe d'entretien et d'échange avec le dirigeant bien plus poussé que les années précédentes. Les évènements peuvent aller plus vite. On a donc créé dans notre jargon l'alerte « phase zéro ». Avec cette situation, toutes les entreprises sont susceptibles d'avoir des difficultés et donc, on demande aux commissaires aux comptes de toutes les passer au crible, afin de connaître leur état de santé, les mesures d'aides sollicitées, comme les PGE [Prêts garantis par l'Etat, NDLR] ou reports de charges… De cette façon, il est plus facile, si besoin, de déclencher une alerte. Cela demande plus de contacts et donc de temps sur une période qui est administrativement complexe.

Cette phase zéro est nouvelle, et elle nous servira peut-être dans l'avenir à mettre en place un nouveau type de fonctionnement, avec des échanges plus réguliers tout au long de l'année. Avec cette nouvelle alerte, nous avons mis un accent sur la continuité de l'exploitation, qui est essentiel au rôle de commissaire aux comptes.

A titre personnel, quelles leçons avez-vous tirées de cette période ?
Le constat que je fais, en tant qu'ancien président du Centre des jeunes dirigeants de Marseille, est que les entreprises sont sous-capitalisées en fonds propres et que l'on peut créer une entreprise sans passer un seul permis d'entreprendre. Et ces dernières vont se retrouver en difficulté et avoir peu de moyens pour continuer. Il faut, à mon sens, porter une réflexion sur le droit d'entreprendre et sur la capitalisation minimum à apporter.

Autre leçon : il y a le constat du commissaire aux comptes vers sa profession. Ce qui se passe va encore plus sensibiliser le professionnel dans le risque de défaillance de l'entreprise. Les confrères vont devoir être encore plus en capacité de donner l'alerte et avec plus de force. C'est-à-dire être en contradiction avec ce que le client veut entendre le plus souvent… D'où l'importance d'avoir un dialogue franc et pédagogique. Le commissaire aux comptes a déjà dans son ADN la norme professionnelle de continuité d'exploitation.

Comment se portent les entreprises ?
Aujourd'hui, avec tous les indicateurs des fédérations professionnelles diverses, on sait que les entreprises sont perfusées au PGE, avec des reports de charges et d'impôts sur les sociétés, ce qui crée une espèce de phénomène de bonne santé virtuelle. Mais le paiement, même étalé, va mettre des sociétés en péril. On s'attend à une fameuse vague de dépôts de bilan qui sera certainement entre la fin de l'année et début 2021.

Le tribunal de commerce pourra-t-il faire face à cette « vague » ?
Nous avons une capacité à élargir l'équipe prévention, à informer les entreprises. La prévention est l'affaire de tous au tribunal, même si le président en reste le garant et le responsable. Il saura trouver les moyens pour répondre à une surcharge. Le tribunal de Marseille est un tribunal de labeur et donc il y a des laborieux qui s'investissent. La prévention a toujours été sur ces dix dernières années un sujet important. Sauf que cela a mis du temps pour s'organiser. Et aujourd'hui, on a un président « prévention » qui est convaincu que le tribunal, sans donner de conseil bien entendu, peut apporter par ses outils législatifs une protection aux entreprises.

On peut aussi parler du rôle des mandataires de justice qui ont aussi été sur le pont pour accompagner les entreprises, tant en prévention que pendant les processus de sauvegarde judiciaire.

La crise a-t-elle changé le regard des entrepreneurs sur le tribunal de commerce ?
Pour ce qui est des entrepreneurs, je ne pourrais pas dire… En revanche, la crise va changer les attentes des organisations syndicales, fédérales et de métiers dans la vision du rôle que peut avoir le tribunal de commerce, et surtout sa branche prévention. La vision du rôle que peuvent avoir les professionnels du chiffre et du droit dans leur mission de conseil va aussi évoluer chez ces organisations. Et, à ce titre, elles ont commencé à structurer leur pédagogie auprès de leurs adhérents. Le président du tribunal de commerce Jean-Marc Latreille a démarré ses consultations. Les fédérations font passer le message de la prévention.




Frédéric DELMONTE
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Nouvelles Publications Journal d'annonces légales et d'informations économiques et juridiques pour le département des Bouches-du-Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer