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La savonnerie Marius Fabre joue la carte du tourisme industriel

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La savonnerie Marius Fabre joue la carte du tourisme industriel
S. Payrau - La savonnerie Marius Fabre attire plus de 30 000 visiteurs par an.

Société familiale et indépendante créée à Salon-de-Provence il y a 120 ans, la savonnerie Marius Fabre est l'une des entreprises les plus visitées de la région. Si, Covid-19 oblige, elle a dû s'adapter cette année, le succès ne se dément pas.

Un groupe de personnes masquées écoute attentivement les explications d'une jeune guide dans la salle des chaudrons où la pâte à savon est cuite à 100°C… Covid-19 ou pas, la savonnerie salonnaise Marius Fabre, l'une des entreprises les plus visitées de la région, attire cet été encore de nombreux visiteurs. Voilà près de 25 ans qu'elle a décidé de miser sur le tourisme industriel.

« Nous recevions de plus en plus de demandes de personnes qui souhaitaient découvrir la savonnerie, se souvient Julie Bousquet-Fabre, qui la codirige depuis 2011 avec sa sœur Marie. En 1996, durant le week-end des Journées du patrimoine, on a organisé des visites et elles ont eu beaucoup de succès puisque l'on a accueilli 1 500 personnes. Alors on a continué à développer les visites. »

Et le succès ne s'est jamais démenti, avec un coup d'accélérateur en 2013. « A l'occasion de Marseille Provence 2013, on a décidé d'instaurer la gratuité de la visite. On est passé de 10 000 à 30 000 visiteurs par an [31 318 en 2019, NDLR]. »

Cette année toutefois, la persistance du virus a amené l'établissement, rouvert le 1er juillet, à s'adapter. « Comme toutes les entreprises, on s'est réinventé, explique Julie Bousquet-Fabre. On a repensé la visite qui débute désormais par une large explication en extérieur. » Exit le passage en groupe par le Musée du savon de Marseille que l'entreprise abrite : il est « à disposition » afin d'étalonner le flux des visiteurs, ce qui permet de respecter les distanciations sociales. Quant à l'affluence, elle est limitée quotidiennement à environ 200 personnes alors qu'en temps normal, l'établissement peut accueillir plus de 600 visiteurs par jour lors de la semaine du 15 août, la période où la fréquentation est la plus forte.


Lire aussi : Julie Bousquet-Fabre : « Dans une entreprise familiale, personne ne recherche le profit »


Quatre générations d'entrepreneurs

Avec cette nouvelle donne, l'entreprise a également décidé de mettre en lumière sa particularité. « Nous sommes une entreprise entièrement indépendante et familiale depuis 120 ans, souligne Julie Bousquet-Fabre qui incarne la 4e génération aux manettes de la société. On propose ainsi une visite inédite centrée sur la famille, avec beaucoup d'anecdotes. » Et elles sont légion, de Marius Fabre, le fondateur de la savonnerie, à ses arrières petites-filles Julie et Marie, en passant par ses fils Fernand et Henri ou sa petite-fille Marie-Hélène Bousquet-Fabre et son mari René Bousquet : une saga familiale pour une entreprise qui réalise aujourd'hui 10,4 M€ de chiffre d'affaires (dont 25 % à l'export) et compte une quarantaine de salariés.

Tout débute en 1900 à une époque où Salon-de-Provence était la « capitale des huiles et du savon ». A son âge d'or, la cité abrita jusqu'à 14 savonneries. « Fin XIXe-début XXe, la ville était spécialisée dans la fabrication et le négoce d'huile d'olive et de savon. Outre les savonneries, on comptait beaucoup d'artisans liés à cette activité. » Salonnais, Marius Fabre fonde la sienne sur le boulevard du 4-Septembre, dans le centre-ville. C'est en 1927 qu'il déménage dans ses locaux actuels, plus vastes, au numéro 148 de l'avenue Paul-Bourret. « Il a développé son activité ici. Nous étions alors l'une des deux seules savonneries de la ville raccordées au chemin de fer avec une voie ferrée privée. »


Lire aussi : Marius Fabre se dédouble à Salon-de-Provence


« Chez nous, on peut tout voir »

Près d'un siècle plus tard, le savoir-faire ancestral, « très précis », s'est transmis de génération en génération. Aujourd'hui, c'est le Maître savonnier Jean-Pierre Denne, présent chez Marius Fabre depuis 25 ans, qui en est le garant. Les visiteurs peuvent le voir à l'œuvre dans la salle des chaudrons, « le cœur de la visite » où sont installés les quatre chaudrons dédiés à la fabrication du savon de Marseille. « Chez nous, on peut tout voir, les chaudrons, les savons, la bouilloire, sans aucune baie vitrée », insiste la dirigeante. Le public se familiarise ainsi avec le savon de Marseille : le vert à l'huile d'olive aux vertus nourrissantes pour la peau et le savon blanc recommandé pour le linge délicat. Depuis cette année, ce dernier est lui aussi fabriqué sans huile de palme, « remplacée par une huile de tournesol oléique ».

Direction ensuite la salle de séchage. Après sept à dix jours de cuisson, c'est là que les savons sont séchés durant deux jours « de façon traditionnelle, au sol et à l'air libre », après avoir transité dans une goulotte, « un canal articulé en bois ». Enfin, la visite s'achève en salle de moulage et de conditionnement où, une fois sec, le savon sera moulé, emballé, étiqueté et conditionné. C'est de là qu'il ressortira en cube vert de 400 g à l'huile d'olive, l'incarnation iconique du savon de Marseille.

Beaucoup feront ultérieurement une escale à la boutique-usine. « Entre les visiteurs et la vente directe au long de l'année, elle représente 10 % du chiffre d'affaires de l'entreprise », précise Julie Bousquet-Fabre. Preuve que le tourisme industriel fait recette.

« Il y a un engouement pour le patrimoine français, le savoir-faire ancestral, le made in France. C'est revenu à la mode quand Arnaud Montebourg a été ministre du Redressement productif [entre 2012 et 2014, NDLR]. Et le succès se renforce. »




Serge Payrau
Journaliste

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