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La nouvelle vie des kiosques à journaux marseillais

Face au déclin progressif de la presse papier, les kiosques à journaux ont fermé régulièrement ces dernières années. Aussi, la Métropole Aix-Marseille Provence a décidé d'offrir une autre vocation à ces petites échoppes.
La nouvelle vie des kiosques à journaux marseillais
J.-P. Enaut - Béatrice Massoubre a ouvert son Kiosque à ongles en mai 2020 sur le cours Pierre Puget à Marseille.

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A l’origine propriétés de sociétés privées, ensuite rétrocédés aux Villes dans le cadre d’une concession, les kiosques à journaux n’ont cessé de se développer aux XIXe et XXe siècles. Marseille en compte près de 150 dans les années 1990. Cependant, depuis la démocratisation d’Internet, les ventes de la presse papier n’ont cessé de chuter. La dématérialisation de l’information, conjuguée à la crise sanitaire, a eu des conséquences catastrophiques pour nombre d’entre eux. Si bien qu’aujourd’hui, seule une vingtaine continue à exercer leur activité initiale spécifique de distribution de presse dans la cité phocéenne.

Pour autant, ces petites échoppes de 15 m2 ne restent pas à l’abandon. Depuis deux ans, la Métropole Aix-Marseille Provence a lancé un appel à projets pour la reconversion de ces édicules. « A ce jour, 70 % des kiosques marseillais qui lui appartiennent [soit 41 sur 58, NDLR] sont exploités pour la diffusion de la presse ou pour de nouvelles activités. 30 % sont en cours d’attribution ou à la recherche de gérants », explique Yves Moraine, vice-président du conseil de territoire Marseille-Provence délégué au développement économique, l’instance chargée de gérer ces kiosques. 

Un nouvel appel à projets

Après les succès des premiers appels à projets, « nous avons établi une convention avec la société Decaux pour trouver une autre destination à ces kiosques », précise Yves Moraine. Dans une volonté de redynamiser le centre-ville de Marseille, le conseil de territoire Marseille-Provence a décidé de poursuivre la conversion de certains kiosques vers de nouvelles activités. Aussi, une charte d’occupation du domaine public a été publiée afin de donner un cadre à l’exploitation de ces kiosques. « Sur les six derniers appels à projets, nous avons reçu de nombreuses candidatures avec des activités très éclectiques, signe d’un vif intérêt pour ce projet », stipule le vice-président du conseil de territoire.

Au fil du temps, différents créateurs comme « Pain Pan » aux Charteux ou « Café Corto » au Prado se sont installés et connaissent un franc succès. D’autres ont pris place cet été, avec de la vente à emporter de café, de bagels et même un bar à sushis.

Ateliers découverte avec Café Corto

Les idées ne manquent pas et ces dernières semaines, plusieurs kiosques ont fait l’objet d’appels à projets pour de la vente de fleurs, de jus de fruits, de plantes grasses, de produits cosmétiques, d’épicerie bio ou encore de plats exotiques. « C’est une opération gagnante qui dynamise la vie du quartier. Elle permet aussi de faire rentrer des subsides dans les caisses de la collectivité en valorisant son patrimoine via une redevance versée annuellement », explique l’élu.

Des bijoux à la pose d’ongles

Il incombe en fait au gérant de payer une redevance sous la forme d’un loyer annuel avec une partie fixe de 3 à 8 000 € et une partie variable se montant à 0,5 % du chiffre d'affaires. La Métropole octroie une aide logistique à un créateur d’entreprise en permettant à d’anciens salariés de devenir entrepreneurs. Ancien employé d’une société d’ambulance,Movses Avakian a ainsi souhaité reprendre son ancien métier de cordonnier. « J’ai ouvert début janvier 2021 avec mes fonds propres un kiosque à Mazargues. »

De son côté, Yacine Challal, créateur de bijoux depuis quinze ans, a trouvé une belle opportunité en proposant des bijoux de la marque Carré Y, non genrés, écoresponsables et conçus avec des matériaux recyclés. « Le kiosque a été pensé comme un écrin à bijoux », précise cet ancien directeur de la marque de bijoux fantaisie Thomas Sabo. « Nous avions des points de vente dans de grands magasins et avons désiré avoir une vraie boutique dans une zone métissée et populaire correspondant à l’esprit de la marque. » Il considère que la Métropole l’a fortement aidé avec, outre l’exonération du loyer pendant le confinement, un loyer modéré par rapport à celui d’une boutique. « Elle met tout en œuvre pour que ce projet soit une vraie réussite », estime-t-il.

Satisfaction partagée par Béatrice Massoubre, ancienne gendarme devenue salariée dans l’hôtellerie, qui a créé, le 11 mai 2020, Le Kiosque à Ongles, à proximité du palais de justice. Avec son mari William, gérant de Provence BTP, elle réaménage ce kiosque et en fait un véritable petit chalet en bois naturel. « Nous avons gardé l’ossature et nous l’avons réagencé pour lui donner un nouveau look et rendre l’activité  plus attractive », précise-t-elle. Elle propose des prestations multiples, de la pose de vernis à la réparation d’ongles, répondant à une demande de clientes disposant de peu de temps pour des soins esthétiques. L’attrait de ce kiosque atypique a séduit la Ville qui l’a sélectionné parmi les plus jolis de la cité phocéenne.

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