AccueilEconomieKem One développe ses marges de manœuvre à Fos-sur-Mer

Kem One développe ses marges de manœuvre à Fos-sur-Mer

Pour s’affranchir d’éventuelles ruptures d’approvisionnement, l’industriel de la chimie édifie un immense réservoir de stockage de 30 000 m3 de volume. Le chantier sera achevé fin 2021 pour un investissement global de 80 M€.

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Après une série de confinements successifs, la visite d’un chantier de l’ampleur de celui de Kem One à Fos-sur-Mer est vécue comme un vrai privilège d’autant plus que le deuxième fabricant européen de PVC s’ouvre rarement. Mais ses équipes ont voulu, le 16 juin, partager les coulisses d’un projet unique destiné à pérenniser les installations pour au moins quatre décennies.

D’ici à 2024, Kem One investit à Fos-sur-Mer plus de 180 millions d’euros ! Et même 20 millions d’euros supplémentaires si l’on intègre les deux barges à motorisation hybride (diesel-électrique) qui achemineront par le Rhône le chlorure de vinyle monomère (CVM) fabriqué à Fos et Lavera, matière première du PVC, vers ses usines de PVC de Balan et Saint-Auban, dans la région lyonnaise.

Le projet STEF (STockage Ethylène Fos) consiste à construire un réservoir d’un volume de 30 000 m3 et d’une capacité de 17 000 tonnes d’éthylène liquide, relié à un appontement où des bateaux se connecteront à compter de fin 2021 pour compléter les approvisionnements d’éthylène par pipeline depuis le site pétrochimique de Berre de LyondellBasell et la plateforme de Naphtachimie à Lavera.

Cet investissement de 80 millions d’euros ne vise pas à se substituer aux approvisionnements existants mais à s’assurer que notre unité puisse toujours fonctionner. En cas de problème technique ou d’arrêt de l’un de ces vapocraqueurs, nous pouvons perdre plusieurs milliers de tonnes de production. A terme, nous ne serons plus exposés à ce risque », confie le directeur de Kem One à Fos et Vauvert, Alain Consonni.

C’est un atout supplémentaire pour l’autonomie d’action du groupe qui avait failli disparaître avant qu’Alain de Krassny ne le reprenne fin 2013 et le sauve par sa stratégie et ses investissements.

Prouesse technique

Débuté en décembre 2019, le projet STEF a été confié à un groupement constitué, pour l’ingénierie, de la société espagnole Sener, et pour la construction du réservoir cryogénique (à - 104°) au groupe français Tissot. Le bac qui repose sur une dalle d’1,20 mètre et un millier de pieux plantés jusqu’à 17 mètres de profondeur, pointe à plus de 30 mètres de hauteur. Son diamètre interne atteint 40 mètres.

En octobre 2020, le dôme du réservoir, construit à l’intérieur de l’édifice et d’un poids de 120 tonnes, a été soulevé vers le sommet grâce à de l’air soufflé par le dessous à l’aide de turbines, des câbles guidant le bon déroulement de l’élévation, puis il a été soudé à l’anneau de compression tout en haut du bac. « Il a fallu souder pendant dix heures », glisse le chef de projet, Patrick Bâcle, qui se prépare à une nouvelle opération d’envergure en ce mois de juin 2021 : quatre « puits de pompe » de 36 mètres de haut, contenant des pompes immergées pour l’éthylène liquide, vont être intégrés verticalement à l’intérieur du réservoir avec l’aide de deux grues. « La flèche de la grue qui procèdera à la manœuvre pointera à 100 mètres de hauteur », ajoute-t-il.

Contrôle des puits avant leur intégration verticale dans le bac. (Crédit : J.-C. Barla)

Viendra ensuite le remplissage du bac avec de l’eau pour un volume de 22 000 m3. « Toute l’étanchéité est contrôlée par ultrasons, radio… Cette opération vise à "assoir" le réservoir dans son emplacement », explique le directeur technique, Philippe Engel. Elle s’étalera sur une quinzaine de jours, vidange incluse. Avant d’être rempli d’éthylène (le premier chargement est attendu pour décembre 2021), le bac devra encore accueillir de l’azote pour le débarrasser de toute présence d’oxygène. A proximité du réservoir, la salle des machines abrite compresseurs et groupes froid pour préparer l’éthylène avant son transfert vers l’usine de CVM.

Le back de stockage d'éthylène (Crédit : J.-C. Barla)

Convertir pour performer

Début 2023, ce sera au tour de l’usine de production de soude, chlore et hydrogène de connaître une profonde transformation pour plus de 100 millions d’euros. Elle va être convertie à un procédé d’électrolyse à membrane, considéré par Kem One comme la « meilleure technologie actuelle » pour la compétitivité et l’empreinte environnementale du site.

En 2017, le groupe qui réalise 800 millions d’euros de chiffre d’affaires, avait déjà investi 160 millions d’euros sur la conversion de l’électrolyse de son unité de Lavera. Il pourra réduire la consommation électrique de 16 % par an et celle de gaz naturel de 36 %. Cette mutation, soutenue par l’Etat pour 15 millions d’euros dans le cadre du plan France Relance, s’opèrera lors d’un grand arrêt fin 2024 qui devrait mobiliser jusqu’à 400 personnes au pic de l’activité. Elle confortera aussi la production d’hydrogène bas carbone (15 000 tonnes par an) en vue de valorisations futures autour de la zone industrialo-portuaire.

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