AccueilEconomieJulie Davico-Pahin : « Ces 10 millions d’euros vont nous servir à monter en puissance »

Julie Davico-Pahin : « Ces 10 millions d’euros vont nous servir à monter en puissance »

La cofondatrice d'Ombrea revient sur la levée de fonds que la start-up aixoise vient de boucler afin d’atteindre ses ambitions en matière de croissance et de développements.
Julie Davico-Pahin : « Ces 10 millions d’euros vont nous servir à monter en puissance »
D.R. - "Je vois le changement climatique comme une opportunité de construire du positif à partir d’une situation complexe", affirme Julie Davico-Pahin.

Economie Publié le , Propos recueillis par Karen LATOUR

Les Nouvelles Publications : Fin septembre, Ombrea annonçait une levée de fonds de 10 millions d’euros. Diriez-vous qu'il s'agit d'un montant plutôt important pour votre secteur ?
Julie Davico-Pahin : C’est une somme élevée car nous sommes une « greentech ». Les boîtes plus industrielles ont besoin de plus de fonds et n’ont pas les mêmes cycles de développement que les fintechs par exemple. Nous, nous sommes plutôt sur du temps long.
Nous voyons cela comme un signal positif pour les start-up comme la nôtre. J’espère que cela va en entraîner d’autres, d’autant qu’au sein de la French Tech Aix-Marseille Région Sud[dont Julie Davico-Pahin est la présidente déléguée, NDLR], il s’agit du premier secteur d’activité de nos adhérents. Par ailleurs, lever de l’argent donne de la visibilité : il y a cinq ans, quand nous avons créé Ombrea, nous aurions adoré pouvoir nous identifier à de telles histoires. C’est super de pouvoir jouer de rôle modèle.

Plongée dans une industrie plus verte

Il s’agit de votre second tour de table, après une levée de fonds d’un million d’euros en 2019. Combien de temps avez-vous mis pour la finaliser ?
Ça a été rapide puisque nous avons établi les premiers contacts début 2021. Pour atteindre un tel montant, nous avons fait appel à un leveur spécialisé dans les greentechs. Nous accueillons ainsi comme investisseur principal le fonds à impact Mirova, mais aussi le groupe CMA CGM. C’était important pour nous de le faire avec des acteurs locaux, et d’autant plus avec une entreprise d’une telle envergure, car cela montre que notre territoire est dynamique. D’ailleurs, Région Sud Investissement, qui avait déjà participé à notre première levée de fonds, complète le tour de table, ainsi que deux entrepreneurs.

Le montant total de cette levée en equity est de 7 millions d’euros. Elle sera complétée par 3 millions d’euros de dette, en cours de bouclage auprès de nos partenaires banquiers. Quand nous avons commencé Ombrea, nous avions un capital de 3 000 euros et cela nous rend d’autant plus fiers.

Dans un portrait des Echos, vous racontiez qu’au début d’Ombrea, votre première rencontre avec des investisseurs ne s’était pas bien passée avec desremarques sur votre âge, le fait que vous soyez une femme. La situation semble différente aujourd’hui...
J’avais 24 ans, jamais monté de boîte... Même s’il ne faut pas en faire une généralité, car nous avons aussi fait de belles rencontres, c’était plus compliqué qu’aujourd’hui où nous avons des metrics, des chiffres qui montrent que notre business tourne.

Pour rappel, Ombrea a imaginé un système de protection climatique sous forme d'ombrière visant à créer un microclimat optimal pour le développement des plantations. Cette solution est pilotée intelligemment pour s’adapter en fonction des cultures. Quels sont vos objectifs en matière de développement ?
Ces 10 millions d’euros vont nous servir à monter en puissance. Notre premier million d’euros, levé en 2019, nous a permis d’entrer sur le marché et ces deux dernières années nous avons réalisé un véritable travail de terrain si bien qu’aujourd’hui, la demande est forte du côté des agriculteurs. Si nous avons levé ces fonds, c’est que nous anticipons un développement de notre business. Nous avons de grandes ambitions : atteindre les 150 hectares annuels et les 1 000 hectares d’ici 2027. C’est un vrai passage à l’échelle puisque nous visons des exploitations plus grosses et comptons les démultiplier. Nous restons en France, dans le Sud-Est et Sud-Ouest, sur des typologies diverses.

Vous avez la capacité de répondre à la demande en matière de production ?
Ce n’est pas nous qui la gérons : nous sommes sur de l’apport de technologie. La fabrication, l’installation est effectuée par nos partenaires économiques à l’image de Total Energies Renouvelables.

Outre le développement du nombre d’installations, vous prévoyez aussi atteindre les 50 collaborateurs d’ici deux ans. Combien Ombrea en compte actuellement ?
Nous sommes quarante et une douzaine de postes sont déjà ouverts. Les profils sont variés puisque cela va d’ingénieur en mécanique à data scientist, agronome... C’est d’ailleurs ce que je trouve bien chez nous : à la pause déjeuner, on apprend toujours plein de choses sur les autres secteurs. Peu de boîtes offrent cela.

Vous souhaitez également accroître vos investissements en matière de recherche et développement. Parmi les innovations les plus avancées, celles autour de la grêle que vous avez testé cet été dans le Var. D’autres pistes sont-elles envisagées ?
Nous partons du principe que notre outil est finalisé et que nous pouvons donc y greffer des fonctionnalités supplémentaires. Parmi elles, figurent l’installation de filets anti-grêles pour protéger les cultures, cela peut être un argument de poids. Nous souhaitons également travailler sur la limitation des intrants, ces produits phytosanitaires utilisés pour de meilleurs rendements. Enfin, un sujet me tient à cœur, c’est celui des conditions de travail des agriculteurs, difficiles quand on est dans les champs à 11 h du matin, dehors et debout – et qui plus est dans le Sud. Notre solution pourrait donc tout simplement apporter de l’ombre aux agriculteurs et exploitants.

L’exploitation des données est également au cœur de votre stratégie, en atteste d’ailleurs la signature récente d’un partenariat avec Groupama ?
Avec cette convention, nous portons une vraie réflexion autour de la prévention du risque. L’idée est de réfléchir à de nouveaux usages et de nouveaux modèles pour les agriculteurs démunis face à la récurrence des aléas. Les enjeux autour de la data sont au cœur de nos priorités. Nous sommes des spécialistes de la gestion du climat : nous collectons 100 millions de données par an par site. Nous la traitons pour en tirer des modèles.

D’autres annonces sont prévues mais elles sont pour l’instant sous embargo. Ce que je peux vous dire c’est que tout s’accélère dans cette montée en puissance. C’est la conséquence d’un besoin chez les agriculteurs. Le marché est prêt.

D’autant que vous indiquiez que la solution s’autofinançait et n’avait donc pas d’impact pour l’exploitant ?
Le niveau d’endettement des exploitants est élevé. Or, nous nous sommes rapidement rendu compte que nous allions être sur des coûts trop importants pour eux. C’est pourquoi nous avons eu cette idée d’installer des panneaux photovoltaïques : ainsi, l’électricité revendue compense l’achat. L’investissement est porté par notre partenaire énergéticien, qui se rémunère grâce à la production d’énergie. Et nous ensuite chez Ombrea, nous pilotons l’outil. Les trois parties trouvent leur compte.

Ombrea est née pour contrer les effets du changement climatique sur les cultures. Ces aléas de plus en plus importants - en attestent les récents épisodes d’inondation - sont-ils, finalement, une opportunité ?
Je suis assez pragmatique. J’étais très heureuse dans le travail que j’exerçais [journaliste, NDLR] avant et n’ai jamais voulu entreprendre mais j’avais besoin de faire quelque chose d’utile. Face au changement climatique, on peut adopter deux postures : soit on subit cette situation qui a des conséquences écologiques mais aussi en matière de souveraineté, soit on agit. Je vois le changement climatique comme une opportunité de construire du positif à partir d’une situation complexe. Oui, les questions environnementales sont une source de création de valeur mais c’est un mouvement positif. Je vois d’un bon œil toutes les start-up qui émergent autour de ce sujet : cela veut dire que nous ne sommes pas résignés et que l’on peut vraiment limiter la casse.

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