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Julie Bousquet-Fabre : « Dans une entreprise familiale, personne ne recherche le profit »

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Julie Bousquet-Fabre : « Dans une entreprise familiale, personne ne recherche le profit »
Agence Sages comme des images - Marie et Julie Bousquet-Fabre, directrices générales déléguées de l'entreprise familiale

Arrière-petites-filles du maître savonnier Marius Fabre, Julie et Marie ont pris la tête de l'entreprise familiale salonnaise en 2011. Julie, l'aînée, nous a reçus dans le bureau de son grand-père, désormais le sien. Les savons sont partout, encombrent les étagères et diffusent une agréable odeur de propre, caractéristique du savon de Marseille. Nous avons eu la chance de partager un après-midi avec elle, de la suivre pour une visite guidée de l'usine et d'échanger en toute spontanéité sur la gestion d'une entreprise familiale, la défense du savon de Marseille, l'identité provençale, ou encore sur l'écologie

Les Nouvelles Publications : Votre sœur et vous-même, avez-vous eu le choix de ne pas rejoindre Marius Fabre ?
Julie Bousquet-Fabre : Bien sûr ! Nous avons eu la chance de n'avoir aucune pression familiale. Il était important pour nous deux de faire nos armes ailleurs, d'être indépendantes. Personne ne nous a obligés à prendre la suite de nos parents.

N. P. : Ce n'est pas compliqué de travailler en famille ?
J. B-F. : Pas du tout, c'est bien plus qu'un travail ici ! C'est un peu ma maison de famille ! Ma mère est venue travailler avec mon grand-père quand j'avais un an. Nous sommes toujours venues ici. Ces locaux datent de 1927, année durant laquelle Marius a déménagé l'entreprise. Tout est resté dans le jus vous verrez ! On baigne dans cette histoire depuis toujours. Les choses se passent donc de façon évidente et naturelle, d'autant que c'est vraiment par choix que nous travaillons aux côtés de nos parents. Ma deuxième sœur, Anna, travaille aussi avec nous, mais depuis Paris, où elle est graphiste free-lance. Les grandes décisions ou évolutions se vivent toujours ensemble...

N. P. : Vous êtes investie dans la défense du savon de Marseille. A quoi reconnaît-on le vrai ?
J. B.-F. : Il faut déjà savoir que nous ne sommes plus que quatre maîtres savonniers dans le département, contre 15 à Salon du temps de mon grand-père et une centaine à Marseille. Un savon de Marseille n'est jamais coloré ! C'est une règle de base. Il doit être dans la gamme du blanc/beige au vert sapin. Ensuite, il suffit de lire l'étiquette des composants. Ils ne sont pas plus de 6 ou 7. Autre condition, moins visible bien sûr, il s'agit du procédé de fabrication. Le savon de Marseille se cuit à ciel ouvert, selon le traditionnel procédé marseillais. Enfin, il doit être fabriqué à Marseille, ou sur le territoire. Il faut savoir qu'il n'y a pas d'école pour devenir maître savonnier. C'est l'école de la transmission.

A. Zilbermann - Les savons produits par la savonnerie Marius Fabre à Salon
  • A. Zilbermann - Les savons produits par la savonnerie Marius Fabre à Salon
  • A. Zilbermann
  • A. Zilbermann - La boutique où s'exposent les 11 gammes de la marque.
  • A. Zilbermann
  • A. Zilbermann
  • A. Zilbermann - Le pain est débité en barres de savon, prêtes à être estampillées.
  • A. Zilbermann - Avant de commencer à découper les savons, il faut préparer chaque pain en ôtant les parties abîmées à l'aide d'un fil, comme cela se fait depuis toujours.
  • A. Zilbermann -  Un chaudron mesure 5 mètres de haut et cuit à 120°C 40 t de savon.
  • A. Zilbermann - Chaque savon doit être marqué sur ses six faces, un des signes de reconnaissance du traditionnel savon de Marseille.
  • A. Zilbermann - Atelier de marquage où chaque cube ou barre de savon est frappé à la main.
  • A. Zilbermann - La « salle des mises », dans laquelle s'effectue le séchage à l'air libre de la pâte durant 48h. Chaque bac contient 1,4 t de savon, coulé encore chaud à 70°C.
  • A. Zilbermann - Chaque pain de savon pèse 35 kg.
  • A. Zilbermann
  • A. Zilbermann
  • A. Zilbermann - Phase essentielle pour fabriquer un « vrai » savon de Marseille, la phase de l'empâtage, autrement dit l'étape durant laquelle les huiles végétales et la lessive de soude sont mélangées dans un chaudron.
  • A. Zilbermann - Le musée du savon Marius Fabre.
  • A. Zilbermann - Exemples de contrefaçons du savon de Marseille, un marché qui représente 80% des produits mis en vente sur le marché.

N. P. : Où êtes-vous vendus dans le département ?
J. B.-F. : Nous sommes chez Maison Empereur et à la librairie des Arcenaulx. Nous sommes aussi depuis quelques années chez Truffaut, Botanic et Castorama. En revanche, il est hors de question d'être dans un hypermarché.

N. P. : Pourquoi ? Le savon est populaire, tout comme la clientèle des hypers ?

J. B.-F. : Bien sûr ! Mais aujourd'hui, populaire ne rime pas souvent avec qualité. Nous ne voulons pas sacrifier l'exigence de notre produit, à des contraintes de la grande distribution.

N. P. : Vous ne semblez pas chercher à développer outre mesure le chiffre d'affaires ?
J. B.-F. : C'est vrai. Mais je crois que dans une entreprise familiale, personne ne cherche à faire du profit. On travaille plutôt dans la préservation d'un savoir-faire, la transmission d'une histoire.

L'intégralité de l'interview est à lire dans le n°9835 des Nouvelles Publications (paru le 20/03/2015)

Le site de la savonnerie Marius Fabre

Les 30 et 31 mai, la savonnerie Marius Fabre fête ses 115 ans dans ses locaux salonnais. Au programme : visite des ateliers de fabrication, spectacles de bulles géantes, manège écolo, pyramides de savons et ateliers de création. Plus d'informations sur le site internet de la savonnerie.

La savonnerie en chiffres

115 ans d'existence
1.000 tonnes de savon par an produites
14 jours sont nécessaires à la fabrication du savon de Marseille
6.267.000 € de chiffre d'affaires en 2013
8 chaudrons à ciel ouvert
11 gammes pour l'hygiène quotidienne, la cosmétique, l'entretien de la maison, la protection du jardin, le spa et le hammam
72% d'huiles extra pures
100% d'huiles végétales
1900 année où le jeune Marius Fabre, 22 ans, crée sa savonnerie au fond de son jardin, à Salon-de-Provence




Esther Griffe
Journaliste

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