AccueilEconomieJérôme Crest, Holivia : « Il faut placer la santé mentale au cœur des organisations »

Jérôme Crest, Holivia : « Il faut placer la santé mentale au cœur des organisations »

Cet ingénieur a créé l'application Holivia, dédiée à la détection et la prise en compte des troubles de la santé mentale au sein des ETI et des grands comptes en mettant la QVT au cœur de son organisation, comme elle le fait auprès de ses clients.
Les maux les plus présents au sein de l'entreprise, sont pour Jérôme Crest, co-fondateur de Holivia, la surcharge mentale, notamment accentuée par l'abondance d'informations des outils numériques.
D. R. - Les maux les plus présents au sein de l'entreprise, sont pour Jérôme Crest, co-fondateur de Holivia, la surcharge mentale, notamment accentuée par l'abondance d'informations des outils numériques.

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Les Nouvelles Publications : Avec votre application Holivia, vous apportez des solutions pour traiter un problème longtemps tabou : la santé mentale des collaborateurs. D’où vient votre prise de conscience sur ce sujet ?

Jérôme Crest : Ingénieur et diplômé d’école polytechnique, ma prise de conscience personnelle a son origine dans mon expérience dans de grands groupes et le burn-outqui est survenu dans une de mes dernières fonctions. Je me suis fait accompagner et je me suis lancé dans le développement personnel. Mon traitement s’est transformé en hygiène de vie que je transmets aussi à mes enfants. J’ai vécu le sujet à un tel point que j’ai souhaité partager mon expérience. La crise de la COVID-19 a amené, elle, une prise de conscience collective autour de la santé mentale. La marche forcée autour du télétravail et l’isolement ont créé de la souffrance et de l’anxiété. Les DRH se sont retrouvés à gérer le désengagement et l’isolement des salariés, avec une vraie frustration envers les dispositifs en place pour traiter la prévention des risques psycho-sociaux.

Puisque vous en êtes en quelque sorte le filtre, quels sont aujourd’hui les maux les plus présents en entreprise ?

La surcharge mentale est le sujet qui ressort le plus. L’abondance d’informations est fortement accentuée par les outils numériques, par les notifications que crée le télétravail. Tout cela intervenant dans des organisations matricielles au sein desquelles les salariés ont de plus en plus de mal à se retrouver. « Quelle est mon utilité ? » devient une question essentielle, amenant aux sujets de la perte de sens et du désengagement.

Outil de prévention, Holivia veut « créer » du lien là où les numéros verts sont, selon vous, trop anonymes. Comment y arrivez-vous ?

En effet, d’après les DRH, les dispositifs conventionnels ne marchent pas. Le but d’Holivia, c’est de mettre la santé mentale au cœur des organisations. Le premier levier, c’est de libérer la parole : nous portons le message en interne, le défendons auprès des managers, des partenaires sociaux, des CSE, aussi. C’est une étape culturelle et collective. Ensuite nous invitons l’organisation (entreprise, institution) à parler de ce sujet, en changeant la tonalité de la communication. Il s’agit de parler du quotidien au travail, des difficultés qu’on peut rencontrer, sans être anxiogène.

C’est dans cet écosystème que l’application intervient pour moderniser le concept de la cellule d’écoute psychologique, en rassurant l’usager sur la confidentialité, en personnalisant, en comprenant les besoins de la personne, le contexte. Une fois que le profil est établi sur l’application, en tout anonymat, on nourrit la recommandation d’un parcours. C’est ce qu’on appelle du self-care : ce sont des exercices qui permettent de favoriser le premier pas vers un accompagnement psychologique. Holivia va ensuite diriger l’usager vers un rendez-vous avec un spécialiste en visio-conférence. Enfin, notre programme interne va repérer des signaux faibles sur tous les parcours effectués, pour communiquer à l’entreprise sur quelle géographie et sur quelle fonction un problème se pose.

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Quels constats vos équipes tirent-elles des premiers mois post-covid sur ce sujet ?

Malgré le retour à la normale, tous les indicateurs sont dans le rouge. En dehors de l’anxiété liée à la maladie, les questions de la surcharge mentale et du sens du travail sont toujours là ! Chez les managers, le pourcentage d’arrêts maladie longue durée liés aux risques psycho-sociaux est passé de 19% en 2020, à 27 % en 2022 (selon un récent baromètre Malakoff-Humanis). Cette tendance est haussière en permanence. Les managers ont perdu leur proximité avec leurs équipes, perçoivent les injonctions de leur hiérarchie, la situation générale continue de se dégrader.

Conseil du chef : « La santé mentale, ce n’est pas la gestion des burn-out, lors de crises ou de plans sociaux. C’est ce qui doit sous-tendre en permanence une organisation. C’est la capacité de travailler en communiquant et en désamorçant des situations conflictuelles, en affichant aussi parfois ses vulnérabilités : ça doit être le fondement d’une organisation ».
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