AccueilDroit et ChiffreJean-Baptiste Perrier, doyen de la fac de droit d’Aix-Marseille Université : « J’aimerais qu’il y ait une fac d’après ! »

Jean-Baptiste Perrier, doyen de la fac de droit d’Aix-Marseille Université : « J’aimerais qu’il y ait une fac d’après ! »

Alors que la reprise des cours approche, Jean-Baptiste Perrier, doyen de la faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université, nous livre les défis à relever, ce qui va changer et ce qui sera mis en œuvre pour l’année à venir.
Jean-Baptiste Perrier, doyen de la faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université.
M. Debette - Jean-Baptiste Perrier, doyen de la faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université.

Droit et Chiffre Publié le , Propos recueillis par Martine DEBETTE

Les Nouvelles Publications : Quel est votre constat depuis votre élection en mars dernier ?

Jean-Baptiste Perrier : En 2020 et 2021, nous avons traversé une période particulière, avec les confinements et des cours en visioconférence. Tout cela a privé les étudiants de conditions d’enseignement, d’études et de vie favorables. Nous avons d’ailleurs lancé un sondage auprès d’eux pour connaître leur ressenti. Beaucoup nous ont dit avoir senti un certain décrochage, la plupart ayant réussi à le surmonter par le travail.

Un grand nombre d’étudiants qui seront accueillis à la rentrée n’ont quasiment pas connu l’université ou le lycée : six mois après la rentrée de 2019, il y a eu le confinement, puis une année de distanciel et, durant certaines périodes de l’année 2021-2022, les masques, les jauges et le distanciel. Pour nous, le défi de la rentrée est de gérer l’après-crise, de les rattraper.

Quelle est votre priorité ?

Dès la rentrée et en tenant compte des contraintes d’emploi du temps telles qu’elles existent aujourd’hui, il faut que nos étudiants puissent trouver ou retrouver une vie de fac. En parallèle, nous devons réfléchir à l’évolution de notre offre de formation qui entrera en vigueur en 2024, afin de desserrer nos contraintes d’emploi du temps, d’amphithéâtre, etc., pour retrouver du temps et aller encore plus loin dans l’accompagnement de nos étudiants.

Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’avais annoncé que je souhaitais une réforme ambitieuse de notre offre de formation qui sera validée par le ministère pour quatre ans. Cette remise à jour périodique peut se traduire par de simples ajustements, elle doit cette fois être l’occasion d’une évolution plus importante, de nos méthodes et des diplômes que nous proposons. Par exemple, un de mes collègues a suggéré la création d’une mention de master en droit de l’environnement. Il y a dix ans, ce sujet n’était pas forcément d’actualité et on avait peu conscience des débouchés, des besoins de juristes spécialisés dans ce domaine. Aujourd’hui, plus personne n’en doute et nous devons donc évoluer en ce sens.

La réforme menée par le doyen Jean-Baptiste Perrier pourrait notamment aboutir à la création d’une mention de master en droit de l’environnement. (Crédit : M. Debette)

Comment appréhendez-vous cette rentrée ?

Nous sommes conscients que les méthodes d’enseignement ont été difficiles ces deux dernières années. Concrètement, malgré tous les moyens mis en œuvre par Aix-Marseille Université, qui a répondu présente, et sans l’imputer aux étudiants, une part d’entre euxn’aura pas le niveau des générations précédentes qui ont, elles, bénéficié du présentiel et des échanges habituels entre étudiants et enseignants. Il faut avoir conscience de cela et travailler pour le corriger. Par exemple, pour leur permettre de revoir ou d’approfondir les points qui leur posent problème, nous avons mis en place un certificat de valorisation des études juridiques qui permet aux étudiants de profiter, gratuitement et sur la base du volontariat, de soixante heures de cours le samedi matin.

Au-delà du niveau et des connaissances, la vie étudiante est importante, particulièrement sur le campus d’Aix-en-Provence qui est agréable et est un des plus prisés de France. A très court terme, nous souhaitons créer des espaces de vie pour échanger, étudier, se détendre aussi, pratiquer le sport, discuter, etc. La fac est à la fois un lieu d’enseignement et de vie. Un travail est mené avec les associations d’étudiants qui sont très dynamiques.

Que comptez-vous proposer pour atteindre cet objectif ?

Il y a déjà de nombreux évènements qui sont organisés, grâce à ces associations : des concours d’éloquence, un gala, des conférences. Pour que les étudiants retrouvent la vie universitaire, l’envie d’étudier et de profiter de ce qui fait la richesse du campus, nous devons soutenir cela et aller plus loin encore. Je tiens ainsi à ce qu’il y ait plus de conférences sur des thèmes variés, concrets et liés à l’actualité. Par exemple, le droit face à la guerre en Ukraine (sanctions internationales, ONU, etc.), les élections au Parlement et l’organisation constitutionnelle de l’Etat, certaines décisions de justice symboliques, comme celle de l’affaire Halimi, ou encore le droit à l’avortement aux Etats-Unis.

A travers ces différentes actualités, nous pouvons et nous devons expliquer les règles, leur application, etc. Le but est que nos étudiants constatent que le droit n’est pas une matière théorique. Il est partout et il a toujours une résonnance avec ce qu’il se passe dans la société. Ces concours d’éloquence et ces conférences doivent être accessibles à tous nos étudiants des trois sites de la faculté dès la rentrée.

Jean-Baptiste Perrier souhaite que « les étudiants retrouvent la vie du campus » car « la fac est à la fois un lieu d’enseignement et de vie ». (Crédit : M. Debette)

Qu’est-ce qui va changer dans l’organisation des cours ?

Pendant la crise sanitaire, et parce que nous étions en visioconférence, il a fallu adapter nos méthodes. Certaines ne sont plus d’actualité, et heureusement : on abandonne le distanciel généralisé qui ne permet pas d’apporter les connaissances correctement. On le constate surtout pour les travaux dirigés qui, en distanciel, généraient un manque de proximité, des difficultés à poser des questions, etc. Si nous devons à nouveau avoir des contraintes, la priorité sera de sauver les travaux dirigés.

Mais nous allons également conserver certaines des évolutions liées à la crise sanitaire. Par exemple, pour rendre l’enseignement par écrans interposés plus vivant, beaucoup de mes collègues ont choisi de communiquer un cours écrit avant d’en discuter ensuite avec les étudiants. Selon notre sondage, cela apportait une interactivité très appréciée par les étudiants comme par les enseignants. On peut conserver cela en présentiel et aller plus loin encore. Si on fait évoluer nos méthodes d’enseignement, on peut aussi faire évoluer nos méthodes d’évaluation.

Comment vont évoluer ces méthodes d’évaluation ?

Les étudiants, les services administratifs sont d’accord, il y a beaucoup trop d’examens. Il faut changer cela, mais il ne s’agit pas de moins évaluer nos étudiants, il faut le faire différemment. Actuellement, nos étudiants peuvent avoir jusqu’à quatre épreuves théoriques d’une heure à une heure trente dans une journée. Est-ce nécessaire ? Ne pourrait-on pas organiser une épreuve commune pour ces matières théoriques en allant vers des sujets transversaux ? On pourrait aller vers une évaluation de la réflexion plutôt qu’uniquement des connaissances.

Si on réussit à mettre cela en œuvre, et on y arrivera, nous allons également gagner du temps. En fait, nous passons plus de temps à préparer et corriger les examens qu’à enseigner. Ce n’est plus possible ! On le sait peu, mais les enseignements universitaires se terminent en mars. Dès avril, nous organisons la session du second semestre, puis il faut organiser les rattrapages, les délibérations… et on finit le 11 juillet ! Il y a quelques années, on ne songeait pas à l’épreuve commune. En raison des contraintes liées à la covid, nous l’avons pratiquée, alors pourquoi ne pas continuer sans contrainte ? Cela redonnera du temps aux enseignantscomme aux étudiants pour d’autres activités : participer à ces concours d’éloquence, assister à des audiences, etc., tout ce qui enrichit un parcours, quelle que soit la profession qu’ils envisagent.

Où en êtes-vous de l’offre de formation ?

Nous sommes en pleine réflexion sur nos méthodes d’enseignement et d’évaluation, pour soumettre notre projet aux instances universitaires et ministérielles en 2023. Et nous profitons de cette année pour tenter des choses ! Par exemple, dès cette rentrée universitaire, nous expérimentons un format de rentrée sur trois jours, au lieu d’une demi-journée, pour les quelque cent étudiants en L1 (Licence 1) du site d’Arles. Il s’agit de mieux leur expliquer le fonctionnement de la fac, car c’est particulier, et les accompagner dès le début de l’année, pour les aider à réussir. Au programme, il y aura six heures de conférence consacrées à la discussion sur ce qu’est le droit, mais aussi des ateliers de méthodologie du travail universitaire en intensif (prise de notes, organisation du travail). Si le format fonctionne, je vais le généraliser à l’ensemble des sites. Il faut comprendre que cette réforme est un défi car il faut qu’elle fonctionne pour 9 000 étudiants à Aix et 1 800 à Marseille comme pour les 190 étudiants d’Arles.

Avec l’équipe décanale, en particulier avec les vice-doyens qui m’accompagnent, nous avons voulu une réforme très participative. Nous sommes très souvent vus comme conservateurs, mais beaucoup de collègues nous apportent des idées qui prouvent qu’il y a une volonté d’évoluer, qui devrait mener à une réforme réussie. Pendant la crise, on a beaucoup parlé du « monde d’après ». Pour ma part, j’aimerais vraiment qu’il y ait une fac d’après !

On parle beaucoup de la sélection master 1. Quel est votre avis sur le sujet ?

Le processus de sélection master 1 ne satisfait personne. Ni les collègues, parce que c’est trop tôt. Ni les étudiants, car ils n’ont pas forcément précisé leur projet professionnel et n’ont pas pu identifierles formations qui leur correspondraient. Nous avons en effet des formations très pointues, comme le droit du transport (maritime, aérien et terrestre) ou la lutte contre la criminalité financière, des matières qui sont enseignées en quatrième année, des spécialités très prisées par les employeurs, et qui offrent des opportunités très intéressantes de débouchés au niveau mondial avec des rémunérations très attractives. Or, l’étudiant en licence ne connaît pas ces matières. Je constate une vraie différence avec le mode de sélection qui, il y a quelques années, avait lieu en master 2. Les candidats étant informés, il y avait plus de candidatures, des projets plus précis.

Autre point, la sélection semble beaucoup trop stricte en master 1. A Aix-en-Provence, l’offre est très attractive et elle est une des plus riches et diversifiées des facultés françaises. L’an dernier, nous avons reçu et examiné 21 000 candidatures recevables pour 1 200 places. Il faut relativiser ce chiffre car il y a des candidats qui se sont inscrits dans plusieurs facultés et qui ne rejoindront pas forcément Aix-en-Provence. Ce qui est abrutissant, c’est qu’un candidat de Brest ou de Nanterre, par exemple, peut envoyer sa candidature à 64 facs et qu’il sera analysé par les 64 facultés, donc 64 fois le même dossier. Cela est absurde et coûte de l’argent.

A priori, on va vers une plateforme nationale de candidature, qui devrait être plus simple et qui pourrait entrer en vigueur pour la rentrée 2023. Mais il faut aussi avoir conscience du fait que certaines mentions sont plus tendues que d’autres. Pour éviter que des étudiants se retrouvent sur le carreau, il faut les accompagner pour qu’ils puissent faire des choix d’orientation et de master en adéquation avec leur projet. Il faut également qu’ils aient suffisamment de lucidité sur leur dossier. Lors de la sélection, nous sommes attentifs aux notes, ainsi qu’au CV, aux stages, à la motivation. L’objectif est de proposer le meilleur choix compte tenu du dossier, d’envisager d’autres parcours moins sélectifs qui permettront d’obtenir un master et de se spécialiser ensuite.

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