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INTERVIEW « Il faut se projeter sur un temps long pour bien comprendre la Friche »

A 52 ans, Alban Corbier-Labasse a pris la direction générale de la Friche la Belle de Mai en septembre. Une Société coopérative d’intérêt collectif de 45 000 m2 qui gère une enveloppe de 7 à 8 M€ par an.
« Il faut se projeter sur un temps long pour bien comprendre la Friche »
BDVA - Après une carrière « monde » bien remplie, Alban Corbier-Labasse prend la direction de la Friche Belle-de-Mai, la pionnière des tiers-lieux français

Economie Publié le , Propos recueillis par Alexandra ZILBERMANN

Les Nouvelles Publications : Avant d’aborder ensemble votre parcours et votre arrivée à la tête de la Friche la Belle de Mai, pourquoi ne pas avoir organisé une conférence de presse au moment de votre prise de fonction en septembre ?
Alban Corbier-Labasse : Je préférais prendre mes marques avant d’échanger avec la presse. J’ai répondu aux invitations de chaque journaliste mais en individuel. Il y a tellement d’angles à aborder quand on parle de la Friche ! La culture bien sûr, mais aussi l’économie sociale et solidaire, l’inclusion, le développement durable…

Avez-vous le sentiment d’avoir déjà pris vos marques justement ?
Vous savez, quand il y a un long processus de sélection, comme c’est le cas pour ce genre de poste, on a le temps de s’imprégner de son sujet. Mais quand on arrive, il y a ce que l’on appelle, dans l’administration, « le rapport d’étonnement ».

Ce qui veut dire ?
Qu’il y a un décalage entre la projection que l’on peut avoir d’un lieu et sa réalité. Mais je n’ai pas découvert la Friche à l’occasion de ma candidature. Je la connais depuis ses débuts et j’en ai suivi de loin l’évolution.

Pourquoi alors avoir postulé maintenant et non au départ de son fondateur, Philippe Foulquié, il y a une dizaine d’années ?
Je ne l’ai pas su à ce moment-là, mais c’est aussi une question de timing. C’était le bon moment pour moi aujourd’hui. J’avais envie de me poser en France. J’ai eu la chance de diriger à l’étranger un centre d’art, des festivals, petits et grands, une scène nationale. Je suis un couteau suisse et la Friche me correspond bien dans sa diversité. C’est un tiers-lieu emblématique, pionnier du genre en France.

Est-ce que le terme « frichiste », qui incarne les artistes et structures du site, a encore un sens aujourd’hui ?
C’est vrai que l’énergie utopique des débuts s’est éloignée. Pour autant, nous avons encore des membres historiques. Certains se disent « frichistes », d’autres « résidents ».

L’an prochain, la Friche aura 30 ans. Quel sera le programme de cette année d’anniversaire ?
Nous sommes en train de travailler sur deux axes principaux. Organiser bien sûr une grande fête populaire et proposer des réflexions sur le devenir de la Friche dans 30 ans. J’aimerais aussi que l’on aborde le sens de l’accueil de la petite enfance, la notion de communauté apprenante… Cela ne se sait pas assez, mais nous avons des dizaines de formations ici.

La question de l’environnement est importante pour vous. Vous avez parlé, dans une interview, de « Friche verte ». Cela veut dire quoi ?
Les salariés de la SCIC [Société coopérative d’intérêt collectif, NDLR], via un collectif créé en 2019, travaillent avec les résidents autour des responsabilités environnementales de la Friche. Comment faire que la Friche pollue moins, trie mieux, économise plus encore son énergie, se végétalise plus. Des projets sont à l’étude, notamment liés à la consommation d’eau et d’énergie sur le site. Tout cela dans un mouvement collaboratif horizontal.

Apprendre que le tramway allait venir plus tôt que prévu dans le 3e arrondissement, c’est forcément une bonne nouvelle pour vous ?
Bien sûr. On ne peut que s’en féliciter. Nous avons toujours un vrai problème d’accessibilité au sens large, même si nous avons fait des efforts, notamment avec notre parking de 147 places. Nous travaillons aussi à trouver un accord avec Citiz, un réseau d’autopartage automobile. Evidemment que la question des transports en commun reste cruciale dans ce quartier.

Pour en revenir à votre parcours, est-ce que vous vous destiniez au départ à travailler dans la culture ?
Pas du tout ! C’est vrai qu’avec mon cursus [Institut d’études politiques - IEP - et Sup de Co, NDLR], je me destinais plutôt à évoluer dans le secteur privé. Mais en 1991, j’ai eu l’opportunité de partir travailler au service culturel de l’ambassade de France, à Rio au Brésil. Ça s’est passé dans le cadre d’une « coopération », un statut qui est devenu aujourd’hui le « volontariat de solidarité internationale ». Et j’ai adoré !

Vous avez beaucoup travaillé aux quatre coins du monde (Brésil, La Réunion, Sénégal, Maroc). Quand avez-vous découvert Marseille ?
Quand je suis rentré de Rio justement, en 1992. J’ai tout de suite adoré la ville. Elle a tant de points communs avec Rio, que ce soit la Bonne Mère, qui fait écho au Corcovado, ou la montagne qui se jette dans la mer, ou encore la culture foot, évidemment !

Votre métier vous oblige à vous nourrir de culture tous azimuts. Mais à titre plus personnel, laquelle de ses expressions vous passionne plus qu’une autre ?
Difficile de choisir… mais je dirais la littérature francophone, notamment l’africaine, la caribéenne et l’ultra-marine. Le dernier prix Goncourt, attribué à Mohamed Mbougar Sarr pour « La Plus Secrète Mémoire des hommes », en est une formidable expression. Mais j’aime aussi énormément le spectacle vivant, le cirque, la danse, le théâtre d’objets, les marionnettes et tout ce qui a trait au jeune public.

Dans le cadre de votre mandat social, vous pouvez vous projeter longtemps à Marseille si vous le souhaitez, puisque vous n’avez pas de date de fin de contrat…
Exactement, tant qu’il est reconduit, je peux rester. J’avoue qu’après avoir occupé en moyenne quatre ans chaque structure que j’ai dirigée, j’ai envie de prendre le temps. Je suis là pour durer j’espère. De toute façon, je pense qu’il faut se projeter sur un temps long pour bien comprendre la Friche et gagner la confiance de tous. La Friche est un grand navire…

Qui possède aussi un poids économique important pour le territoire…
Complètement. On ne le dit pas assez, mais ici 400 personnes viennent travailler tous les joyrs. Nous accueillons d’ailleurs un chercheur qui travaille sur la question pour mieux l’analyser et donc encore mieux faire valoir son rayonnement et son attractivité économique. La Friche a vraiment un rôle à jouer au niveau économique et j’espère que nous allons pouvoir le développer plus encore.

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