AccueilEconomieFrançois-Xavier Michaux, ST Provence : « Tous nos médecins le disent, la société va mal »

François-Xavier Michaux, ST Provence : « Tous nos médecins le disent, la société va mal »

Comment le service de santé et de prévention au travail gère-t-il la qualité de vie au travail ? Nous avons recueilli l’avis de François-Xavier Michaux, directeur de l’association ST Provence.
« Les gens ne voient plus vraiment de sens à leur activité et, avec le télétravail, ont perdu le lien social » a constater François-Xavier Michaux, directeur de l’association ST Provence.
M. Debette - « Les gens ne voient plus vraiment de sens à leur activité et, avec le télétravail, ont perdu le lien social » a constater François-Xavier Michaux, directeur de l’association ST Provence.

Economie Publié le , Propos recueillis par Martine DEBETTE

Les Nouvelles Publications : Quel est votre constat concernant le bien-être des collaborateurs ?

François-Xavier Michaud : Tous nos médecins le disent, la société va mal. Tant les salariés qu’ils reçoivent, qu’eux-mêmes. Après la covid, on sent une vraie désorientation. Les gens ne voient plus vraiment de sens à leur activité et, avec le télétravail, ont perdu le lien social. Ils se sentent seuls et abandonnés. Y compris les dirigeants qui sont eux aussi moroses. Certains disent qu’ils rêvent de ne plus avoir de salariés. Les arrêts maladie se multiplient. Bref, c’est difficile.

Comment la qualité de vie au travail a-t-elle évolué ?

Avant, on installait des baby-foot, ou autres. C’était la panacée. Puis, on nous a dit que la qualité de vie passait par le télétravail, avec son côté nomade. Nous constatons que ce que les gens attendent, c’est plus de lien, plus de liant. On parlait d’une hiérarchie du haut vers le bas. C’est l’employeur qui imaginait le bien-être du salarié. Aujourd’hui, on est plus à son écoute. Il y a eu la mode des afterworks, désormais dépassés. Actuellement, on constate que les gens se retrouvent pour bosser sérieusement, en petit groupe et dans un lieu qu’ils définissent eux-mêmes, où ils se sentent bien. C’est là que je vois une évolution dans la qualité de vie au travail. On a abandonné la hiérarchie du haut vers le bas, au profit du bas vers le haut.

Selon vous, que faudrait-il mettre en œuvre pour atteindre "la perfection" ?

Je crois qu’il faut recréer le lien, replacer l’humain au cœur du sujet et des débats. Lorsque nos médecins se rendent en entreprise, ils constatent très souvent qu’il n’y a plus de communication. Le télétravail n’aide pas. C’est un outil, pas une fin en soi. Une réunion en visio-conférence suffit rarement à ce besoin d’échange. La machine à café et la viennoiserie, qui ouvraient à la discussion, restent un symbole qui s’est perdu. Si avant, l’employeur régissait tout, maintenant, c’est le salarié qui régit tout, choisit son entreprise, fait le difficile. Le bon équilibre se trouve au milieu. Il faut avoir cette intelligence de ne pas tout mettre dans un extrême. Personne n’a tort ou raison.

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Qu’avez-vous mis en œuvre chez ST Provence pour améliorer la qualité de vie de vos collaborateurs ?

Nous posons deux regards. Le premier est matériel. Les bureaux partagés par plusieurs personnes, sur lesquels on ne peut laisser de touche personnelle, et l’open-space à tout crin, sont un des aspects pervers du télétravail. C’est catastrophique. Je suis convaincu que le lieu de travail doit être beau, accueillant, personnalisé, afin de dédramatiser la visite des salariés extérieurs.

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Nous avons des outils de contacts, type téléconsultation ou téléconférence, qui ne doivent pas être privilégier. Ils ne doivent être utilisés que pour répondre à une problématique particulière, ou à un risque, comme la covid. Le contact humain doit rester la priorité. Pour cela, nous avons lancé deux gros projets. Un est de réaménager nos locaux des Milles, l’autre concerne des locaux neufs à Gardanne/Plan-de-Campagne. Le second regard est l’aspect humain. Il passe par une offre de formation et de groupes de travail plus centrés sur la pratique de nos salariés, leur pratique, leur développement intellectuel personnel en lien avec l’activité professionnelle.

Quel conseil donneriez-vous au dirigeant d’une entreprise ?

Je dirais qu’il faut privilégier le dialogueet un peu laisser tomber notre écran d’ordinateur pour aller vers des choses plus humaines, plus simples, à l’image d’un bon moment de convivialité et d’une bonne formation. Surtout, il faut une confiance réciproque, savoir se faire confiance, faire confiance aux salariés, comme faire confiance à son employeur. Je pense aussi qu’il faut se montrer audacieux. Depuis huit ans, mes équipes travaillent 35h sur quatre jours, le service reste ouvert cinq jours sur cinq. Je peux vous assurer que ça a apporté une grande sérénité et un bien meilleur confort professionnel.

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