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Trois questions à Eric Arezki : « J'ai une pensée pour les jeunes avocats qui se sont installés en janvier »

le - - Droit et Chiffre

Eric Arezki : « J'ai une pensée pour les jeunes avocats qui se sont installés en janvier »
S. Payrau - Eric Arezki, président de l'Union des jeunes avocats de Marseille.

Avec cette crise du coronavirus, qui intervient après une longue mobilisation contre la réforme des retraites, nombre d'avocats connaissent des difficultés économiques, particulièrement les plus jeunes, comme le souligne Eric Arezki, président de l'Union des jeunes avocats de Marseille.

Les Nouvelles Publications : Dans quelle situation se retrouvent aujourd'hui les jeunes avocats ?
Eric Arezki :
La situation est très compliquée pour l'ensemble des avocats. Et elle devient de plus en plus compliquée pour les jeunes car, il ne faut pas l'oublier, nous sortons de dix semaines de grève contre la réforme des retraites. J'ai une pensée pour ceux qui se sont installés en janvier pour qui ça doit être horrible ! Il n'y a eu aucune désignation pénale pendant la grève et il n'y en a pas eu non plus depuis le début de l'épidémie. Or, ces désignations représentent une part importante de l'activité lorsque l'on est jeune avocat. A titre personnel, elle représente un tiers de mon chiffre d'affaires.

Sont également fortement impactés les avocats qui sont payés à la plaidoirie, c'est-à-dire au moment où la décision de justice est rendue. Hormis une provision qu'ils facturent lors de l'ouverture du dossier, ils ne sont rémunérés qu'au moment du jugement. Beaucoup d'avocats fonctionnent ainsi, notamment avec les grosses sociétés. Les juridictions étant actuellement fermées, ils n'ont aucun revenu.

Enfin, nos clients sont eux aussi impactés par l'épidémie et il est difficile de leur facturer des honoraires à l'heure actuelle.

Cette situation génère-t-elle d'autres problèmes « en cascade » ?
Cela se répercute sur les collaborateurs des cabinets d'avocats qui ne bénéficient pas d'un contrat de travail classique. Via leur contrat de collaboration, ils perçoivent des rétrocessions et ce sont eux qui payent leurs propres charges. Or, certains cabinets se trouvant en difficulté, ces collaborateurs sont devenus une variable d'ajustement alors qu'ils n'ont pas droit au chômage partiel. Ce n'est pas normal. Dans la période actuelle, il faudrait faire preuve de solidarité !

Alors que le chômage partiel pour les salariés peut permettre à une entreprise de débrayer un peu, il n'y a rien qui est fait pour nous. Ce qui démontre aussi à quel point notre mobilisation contre la réforme des retraites était juste : on a voulu nous faire rentrer dans un pot commun alors que notre situation n'a rien à voir avec celle d'un salarié classique.

Comment allez-vous pouvoir faire face à vos charges et au futur engorgement de la justice ?
On a la possibilité de décaler certaines charges et nous avons un Ordre très actif au niveau local qui a décidé de suspendre les charges qui lui sont dues. Je tiens d'ailleurs à saluer notre bâtonnier Yann Arnoux-Pollak : il a été à nos côtés durant toute la grève et il est encore vent debout depuis le début de l'épidémie. Malgré ce décalage de charges, comme on ne rentre pas de chiffre d'affaires, ce manque à gagner se fera ressentir à un moment ou à un autre.

Quant au futur fonctionnement de la justice, j'ai envie de dire qu'avec le peu de moyens que l'Etat lui accorde, elle n'a pas besoin de nous pour être engorgée ! Après, comme nous sommes une profession responsable, notre Ordre nous donnera des instructions sur la façon de passer les dossiers. Nous sommes conscients que nous devrons faire en sorte de lisser la reprise de notre activité car nous ne voulons que les juges et les greffiers se retrouvent en porte-à-faux alors qu'ils sont les premiers à être pris en otages face au peu de moyens qu'ils ont.




Serge Payrau
Journaliste

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