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[Domaine de Manville] Patrick Saut : la passion d'agir pour fondation

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[Domaine de Manville] Patrick Saut : la passion d'agir pour fondation
J.-C. Barla - Depuis l'arrivée de Patrick et Edith Saut, le domaine de Manville a bénéficié de 50 millions d'euros d'investissements.

Patrick Saut a contribué à transformer la PME Guintoli où il était entré comme ingénieur, en un géant du secteur des travaux publics, NGE. Il a tout quitté pour se reconvertir dans le tourisme haut de gamme, avec la réhabilitation du Domaine de Manville, au pied des Baux-de-Provence. Deux vies successives mais des valeurs affirmées qui traversent le temps.

Il faut franchir son portail pour découvrir vraiment le Domaine de Manville. De la route, comme du sommet de la Citadelle des Baux-de-Provence, il se fond si harmonieusement dans le paysage des Alpilles qu'il est difficile de détecter que cette ancienne propriété agricole, avec bergerie et dépendances, abrite désormais un golf 18 trous, neuf maisons hôtelières de prestige, un spa, un restaurant gastronomique et un hôtel cinq étoiles d'une trentaine de chambres et suites. Patrick Saut et son épouse Edith ont concrétisé ici un rêve commun. S'ils se sont bien entourés pour réussir, rien n'était gagné. Car avant qu'ils n'acquièrent le site, d'autres avaient échoué dans leurs projets, tel Jérôme Seydoux, producteur de cinéma.

Mais Patrick Saut disposait d'un atout unique : les anciens l'avaient vu grandir… Né à Maussane-les-Alpilles, il y a effectué sa scolarité, il gambadait dans les champs pendant les vacances.

« Je connaissais bien les lieux, dit-il. J'étais venu avec mon grand-père pour y apporter des ruches. Quand Jérôme Seydoux a voulu vendre, le maire des Baux de l'époque, Gérard Jouve, m'a convaincu de me positionner. En ce temps-là, seuls quelques employés travaillaient sur place. Aujourd'hui, ils sont une centaine en moyenne sur l'année. Avec mon épouse, nous avons immédiatement voulu concevoir un projet familial, bâti ensemble, où nous et nos hôtes nous sentirions heureux. Les gens du pays nous ont fait confiance, ils savaient que nous préserverions le site. L'administration s'est montrée très exigeante mais elle a compris aussi que nous respecterions le paysage. »

Cinq ans de travail ont suivi pour édifier le « palace rural » actuel…

Force d'un état d'esprit

Patrick Saut n'était pourtant pas destiné à diriger un établissement touristique. Sa vocation, sa carrière, ses responsabilités, il les a édifiées dans les travaux publics. Né en 1951, il débute son parcours comme ingénieur chez Guintoli, une PME de Saint-Etienne-du-Grès, près de Tarascon. « Le patron, Lucien Guintoli, ne cachait pas son ambition de devenir le premier terrassier européen. Sous ses airs paternalistes, c'était un grand entrepreneur. Je n'ai cessé par la suite de tenter de perpétuer cet état d'esprit. »

Le jeune homme grimpe les échelons jusqu'au sommet : la présidence de Guintoli, puis NGE* en 2001, avec son associé, toujours président du conseil stratégique, Joël Rousseau. Ensemble, ils décident d'associer les collaborateurs au capital (65 % d'entre eux détiennent des parts). Dans une période de programmes de travaux propice à l'expansion (élargissement des autoroutes, TGV…), Guintoli conquiert des marchés sur toute la France, au nez et à la barbe de la concurrence. « C'était la guerre avec les géants, mais dès le départ, inspirés par Lucien Guintoli, nous affichions le tempérament pour l'affronter. Notre esprit d'entreprise a fait notre force. Au final, au vu de notre croissance, on a fini par nous traiter d'égal à égal. »

NGE réalise aujourd'hui 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires pour 10 200 collaborateurs et 8 500 chantiers par an. Si le chemin accompli le réjouit, l'une de ses fiertés réside dans la construction à la fin des années 90 d'un nouveau siège social avec un centre de formation où 2 000 jeunes chaque année viennent étoffer leurs compétences. Une clé du succès, selon Patrick Saut.

Savoir s'entourer

« Le métier des travaux publics est extrêmement exigeant, dur. Je m'étais promis qu'à 61 ans, je partirai. En 2007, quand j'ai évoqué l'idée pour préparer ce départ, personne ne m'a cru. J'ai cependant respecté le tableau de marche, sans projet particulièrement défini. » Le destin lui en apporte un avec la vente du Domaine de Manville. Il s'y consacre alors pleinement, entamant une nouvelle vie avec la même passion que pour les travaux publics.

Considéré comme sensible, le dossier est supervisé depuis Paris par l'Etat. Pour rassurer les sceptiques, Patrick Saut sollicite Mireille Pellen, architecte du patrimoine (elle a aussi participé à la réhabilitation de l'hôtel de Caumont à Aix-en-Provence par Culturespaces), un cabinet de Montpellier, Pep's, pour les aménagements extérieurs, et Annie Zéau, pour la décoration intérieure. « Une équipe soudée constituée de femmes qui maîtrisaient parfaitement leur sujet », souligne-t-il. Sa volonté de porter le golf de 9 à 18 trous, indispensable à l'économie du projet, suscite les principales difficultés sur le plan environnemental.

« Vu d'un avion, ce golf écocertifié s'apparente à des parcelles agricoles. Nous avons poussé la démarche plus loin que les contraintes réglementaires l'imposaient : par exemple, en multipliant les arrosages de manière raisonnée, la consommation d'eau reste équivalente à celle du 9 trous. Le traitement s'opère sans glyphosate. Comme dans notre cuisine, tous les produits sont tracés et naturels. »

Pour la direction d'exploitation, il offre sa confiance à Jérémy Picot, un trentenaire. Un jeune chef, Matthieu Dupuis-Baumal, prend la responsabilité de la cuisine, Manuel Schott, sommelier, la direction de la restauration. « Mon épouse et moi avons essuyé quelques plâtres dans nos recrutements, mais nous avons vite appris. Notre rôle est de leur donner les éléments pour réussir, innover… Après, c'est leur mérite. »

Le golf attire 15 000 pratiquants. L'organisation d'événements a accéléré la notoriété du domaine (voir ci-contre). D'autres s'annoncent pour 2018. Et les travaux se poursuivent : « Nous allons refaire intégralement la cuisine pour nous hisser aux plus hauts standards des restaurants étoilés ». Depuis l'arrivée de Patrick et Edith Saut, le domaine de Manville a bénéficié de 50 millions d'euros d'investissements.

* Nouvelles Générations d'entrepreneurs.

Un homme d'événements

C'est par un rugbyman, Jo Maso, et un footballeur, Antoine Kombouaré, que Patrick Saut a accéléré la notoriété du golf du Domaine de Manville. En 2016, les deux personnalités contribuent au lancement de la « Manville Legend's Cup » qui repose sur l'affrontement amical d'ex-rugbymen et footballeurs, anciens internationaux pour la plupart. « L'idée fait sens et elle a bien fonctionné », confie Patrick Saut qui a vu défiler sur les 18 trous, Michel Platini, Laurent Blanc, Alain Roche, Fabien Pelous, Yann Delaigue… La 3e édition se tiendra à l'automne 2018.

Mais le propriétaire du domaine ne se restreint pas qu'au sport. « J'ai longtemps fait partie de l'Association progrès du management (APM) d'Aix-Marseille qui visait à élever les entreprises en élevant leurs dirigeants par des conférences de très haut niveau. Cette ouverture fait du bien à l'entrepreneur. J'ai décidé d'appliquer le concept ici. » Le 15 décembre, l'acteur Fabrice Luchini, client prestigieux (il mentionne l'établissement dans son ouvrage autobiographique), a inauguré ces « Conférences de Manville » et affiché complet. Trois autres se tiendront en 2018. Charles Pépin, philosophe, interviendra sur « La joie » le jeudi 5 avril, Dominique Reynié, politologue, détaillera, le 1er juin, « Le bouleversement de la vie politique avec Emmanuel Macron en France et en Europe » et Pascal Bruckner, romancier et essayiste, parlera d'amour le 19 octobre.

Un autre projet trotte déjà dans la tête de Patrick Saut : ouvrir le domaine à des séminaires d'entreprises visant à fédérer les équipes (« team building ») sur trois à quatre jours. « Nous avons l'outil complet pour permettre aux participants de partager un moment ensemble, réfléchir et se construire. Nous vivons dans un monde plus complexe qu'avant. Il n'est plus concevable qu'un dirigeant, seul, donne ses directives autoritairement. Il doit toujours montrer l'exemple, mais il lui faut une équipe pour faire germer les idées et rien n'est plus efficace que d'associer son personnel. »




J.-C. Barla
Journaliste

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