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Association des Avocats conseils d’entreprises Delphine Gallin : « Tous les avocats qui ont une vision innovante sont les bienvenus »

A l'ouverture du congrès annuel de son syndicat qui se tient dans la cité phocéenne les 7 et 8 octobre, la présidente nationale de l’ACE Delphine Gallin revient sur son mandat hors norme et sur l’avenir de la profession d’avocat.
Delphine Gallin : « Tous les avocats qui ont une vision innovante sont les bienvenus »
R. Poulain - Delphine Gallin, la présidente nationale de l’Association des Avocats conseils d’entreprises (ACE).

Droit et Chiffre Publié le ,

LNP : Vous venez de lancer une campagne de communication concernant l’Association des Avocats conseils d’entreprises (ACE). Quel est l’objectif de cette dernière ?
Delphine Gallin : Il s’agit d’annoncer le lancement de notre nouveau logo. L’ACE fête ses 30 ans l’an prochain. S’il s’agit d’un âge certain, nous restons un syndicat jeune, encore en mouvement. Nous sommes nés de la fusion, en 1992, des anciennes professions d’avocats et de conseils juridiques et depuis, nous avons beaucoup évolué. Si bien que nous ressentions des distorsions entre ce que nous étions devenus et la perception de certains confrères.

Ainsi, notre acronyme demeure mais nous avons modifié la baseline sous notre sigle. Avocats conseils d’entreprises devient Avocats ensemble. Une façon de clarifier notre cible, notre public. Nous ne nous limitons pas aux praticiens du droit des affaires : tous les avocats qui ont une vision innovante de leur exercice et qui souhaitent défendre les fondamentaux de la profession sont les bienvenus. L’avocat est un acteur de justice incontournable mais il est aussi un acteur économique. Pour le moment, il n’est pas assez perçu comme cela, contrairement aux pays anglo-saxons où cette fonction est bien plus reconnue. Et pourtant, la tendance actuelle fait que nous allons de plus en plus vers ce type de modèle. Nous devons être audibles, l’avocat ne gère pas le conflit, il l’accompagne et recherche la réussite de son client.

Cette position de l’avocat est-elle bien comprise ? De récents événements semblent prouver le contraire, non ?
J’imagine que vous faites référence à l’affaire Paul Sollacaro, cet avocat niçois expulsé en mars dernier par les policiers d’une salle d’audience du tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, à la demande du président Marc Rivet. Les relations avocats-magistrats nous interpellent depuis plusieurs années au sein de l’ACE. Ce sujet est devenu encore plus préoccupant depuis le déménagement du palais de justice de Paris. Après des échanges sur le sujet, nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas les relations qui étaient mauvaises, mais les conditions dans lesquelles la justice était rendue. Tout le monde vivait dans le stress et les tensions permanentes. Ce déménagement a été le point d’orgue de la désorganisation. Et c’est à ce moment-là que les mauvaises relations ont franchi un cap supplémentaire. Or, comme la justice est sans cesse réformée, cela ne peut qu’accroître les problèmes entre nous.

C’est ainsi que nous avons souhaité revenir sur ce sujet lors de notre prochain congrès national qui se déroulera à Marseille les 7 et 8 octobre prochains. Il s’agit de la plénière de clôture de notre événement. Les invités ont répondu présent, et notamment la présidente de la cour administrative d’appel de Marseille, le président du tribunal judiciaire de Marseille et la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature. L’état de nos relations n’est pas le sujet. Cela dépend des juridictions, des personnes. L’objectif est de voir comment, compte tenu de l’état de la justice qui ne sera pas financée à outrance, il faut travailler ensemble.

Quel autre thème qui vous tient particulièrement à cœur allez-vous également aborder lors de ces deux jours de congrès à Marseille ?
Impossible de ne pas vous parler de la plénière d’ouverture sur le secret professionnel, une thématique qui nous bouscule. Mi-septembre, la commission des lois du Sénat a voté un amendement sur le projet de loi de confiance dans l’institution judiciaire qui limite le secret professionnel des avocats. Ce dernier ne serait pas opposable aux mesures d’enquête et d’instruction relatives aux infractions. Nous ne sommes pas d’accord. Nous tenons à notre rôle de prévention. Parfois, le client vient nous voir et nous parle de ses projets. Et nous lui expliquons qu’il ne peut pas faire ça, notamment parce que ce n’est pas conforme à la loi. Cela fait partie de notre métier. S’il n’y a pas de secret professionnel, le client ne se confiera plus. C’est très inquiétant pour le droit de la défense et pour l’équilibre d’un pays. La sphère politique est très clairement tournée vers une société transparente à tout prix. Partant du principe que ce qui n’est pas transparent devient un problème. Ce n’est pas toujours vrai.

Parlez-nous de la plénière intitulée Libertés ?
Nous vivons depuis plus de 18 mois, voire même depuis six ans, avec l’Etat d’urgence dans lequel nos libertés élémentaires sont bridées, contraintes. L’idée de cette table ronde est de s’interroger sur le fait que cela soit acceptable ou non. Il y aura notamment l’intervention de la députée Laetitia Avia (LREM), membre de la commission des lois. Elle va revenir sur sa proposition de loi visant à lutter contre la haine sur Internet qui avait mis la profession vent debout.

Comment vous sentez-vous à l’approche de votre dernier congrès et de la fin de votre mandat ?
Quel mandat j’ai vécu ! Avec une moitié entière totalement bousculée par une crise sanitaire qui nous a fait sortir de notre zone de confort. Au final, je suis assez fière car nous avons tenu notre cap. L’année dernière, notre congrès a été entièrement dématérialisé avec 700 personnes connectées à cet événement ! Il a fallu beaucoup travailler mais désormais, nous sommes parfaitement équipés et habitués avec les événements à distance. Du reste, fin 2020, nous avons fait une campagne pour les élections au Conseil national des barreaux (CNB) entièrement digitalisée. Et pour la première fois aussi, notre syndicat est devenu le plus représenté au sein du CNB !

En tant que présidente durant cette période hors norme, j’ai été stupéfaite de voir à quel point les confrères d’ACE ont répondu présent. A titre d’exemple, ils nous ont aidés à analyser, décortiquer le flux de textes qui tombaient après l’apparition du virus. Je savais que nous étions une belle famille, mais j’ai découvert à quel point elle était soudée face à l’adversité. C’est ainsi que nous sommes vraiment tous contents de nous retrouver prochainement à Marseille. Une ville où le dernier congrès date de 2008. C’est mon dernier congrès et en tant que Marseillaise, je suis encore plus impatiente d’y être. Les échanges, les relations nous manquent, le barreau nous tend les bras et Marseille est la ville rêvée pour accueillir cet événement. Ce sera un congrès entre amis mais pas entre nous. Nous sommes ouverts aux autres avocats, aux jeunes avocats, aux élèves avocats.

Etes-vous confiante quant à l’avenir de votre profession ?
La crise sanitaire n’a heureusement pas eu trop de conséquences sur le chiffre d’affaires des cabinets d’avocats, mais cela risque d’entraîner des mutations profondes dans la façon de travailler (audiences par visioconférence, structuration des écritures des avocats…). Comme la justice n’a pas les moyens de ses ambitions, d’autres solutions sont recherchées plutôt que d’investir dans des moyens humains. Nous sommes favorables à la rationalisation mais pas au prix du droit de la défense ni du secret professionnel. Il faut trouver un juste milieu et avancer ensemble.

Pour répondre concrètement à votre question concernant l’avenir de la profession, je tiens à distinguer les instances et les confrères du quotidien. Autant mes confrères ont montré une forte appétence au changement, autant je constate que les instances de la profession s’arc-boutent beaucoup. Elles œuvrent, bien trop souvent, pour un retour en arrière (sur l’interprofessionnalité, l’activité commerciale etc.) que je juge dangereux. Il faut innover pour progresser. Et puis, nous avons suffisamment de sujets sur la table, comme la retraite, pour en apporter de nouveaux, déjà réglés.

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