AccueilEconomieCorinne Innesti : « Il nous a semblé important de positiver cette période difficile »

Corinne Innesti : « Il nous a semblé important de positiver cette période difficile »

A quelques jours du salon Entrepreneur 13 organisé par la CPME 13 au Palais du Pharo, sa présidente Corinne Innesti fait le tour d’horizon de l’actualité économique, des craintes liées à la Covid-19, des espoirs nés de la relance.
« Il est important également de donner du sens au travail des salariés », insiste Corinne Innesti.
R. Poulain - « Il est important également de donner du sens au travail des salariés », insiste Corinne Innesti.

Economie Publié le , Propos recueillis par Serge PAYRAU

Les Nouvelles Publications : Après deux années marquées du sceau de la crise, pourquoi avoir choisi le « New Deal » comme thème du salon Entrepreneur 13 que vous organisez le 16 décembre au Palais du Pharo, à Marseille ?
Corinne Innesti : Il nous semblait important de positiver cette période difficile. Bien sûr, la crise économique et sanitaire a été compliquée pour beaucoup de chefs d’entreprise, pour autant, elle nous a obligé à nous repenser, à nous adapter, à trouver d’autres manières de fonctionner, d’autres modèles de développement. C’est cette agilité extrême des PME que nous souhaitions valoriser.
Nous sommes entrés dans une ère qui met en avant des notions de solidarité. Beaucoup de choses ont aussi changé dans nos organisations, avec notamment le développement du télétravail. On a vu émerger de nouvelles attentes, la recherche de sens ainsi que de nouvelles formes d’entreprendre, à l’instar des entreprises à mission, des Scop (Sociétés coopératives), les SCIC (Sociétés coopératives d’intérêt collectif). Le dialogue social s’est par ailleurs affiné. Il peut désormais se décliner sur un mode individuel, un schéma sur mesure quand c’est possible, pour permettre soit de télétravailler, soit de rester en présentiel.
Tous ces bouleversements, ces nouvelles formes de collaboration au sein de l’entreprise constitueront le fil rouge de ce salon, d’où le « New Deal » entre les entreprises et leurs collaborateurs ou entre les entrepreneurs eux-mêmes.

L’année dernière, ce salon se tenait 100 % en distanciel en raison de la crise. Aujourd’hui, vous revenez à la formule traditionnelle du présentiel, mais sans maintenir en parallèle une formule digitale. Pourquoi ce choix ?
Entrepreneur 13 sera aussi un rendez-vous « phygital » puisque nos ateliers seront retransmis en live. Mais un salon, c’est avant tout l’émulation de la rencontre. Rien ne remplace les face-à-face où une question en amène une autre, un contact en appelle d’autres. Ce retour en présentiel répond à une attente forte de nos adhérents.
Nous n’avons pas à rougir de l’édition 2020 qui était 100 % en numérique. Nous avons opéré la bascule digitale en seulement deux mois et au final, nous avons enregistré 2 000 connexions dans la journée. Cette édition avait un vrai intérêt car elle nous a permis de ne pas vivre une année blanche, ce que nous n’envisagions pas.
Cette année, nous revenons au Palais du Pharo, un rendez-vous ancré puisque c’est un lieu où nous avons nos habitudes. Même si ce salon se tiendra en mode allégé en raison du contexte sanitaire, entre 70 et 80 stands sont prévus, et près de 1 500 visiteurs attendus.

Les cartes ont été rebattues à de nombreux niveaux en matière d’organisation du travail, d’échanges professionnels. L’entreprise de demain, à vos yeux, à quoi ressemblera-t-elle ?
Aujourd’hui, on s’aperçoit que les entreprises qui ont été le plus en capacité de réagir sont celles qui se sont fixé de nouveaux objectifs et ont fait preuve d’agilité. L’entreprise de demain devra veiller à ne pas rester isolée, à toujours trouver le moyen de continuer son activité, quelles que soient les circonstances. Cela passera par la digitalisation et l’hybridation comme avec le click and collect pour les commerces. Il est important également de donner du sens au travail des salariés, et ça les entreprises en ont pris un peu plus conscience.
De plus en plus d’entreprises sont inclusives en prenant en compte l’ensemble des enjeux de leur territoire. Cela va dans le sens de la loi Pacte : l’objet de l’entreprise n’est plus de faire uniquement du business mais aussi de se préoccuper de l’intérêt général. On le voit également à travers les projets du président de la République et ses « Carrefour de l’entrepreneuriat », dont le premier se dessine dans les quartiers nord de Marseille. Le monde de l’entreprise a tout à gagner en se penchant sur sa responsabilité sociétale et environnementale.

Quelle est votre position sur le télétravail ?
Au départ, certaines entreprises étaient un peu réfractaires. Pour la plupart, cet a priori a aujourd’hui disparu. De nombreux points bénéfiques sont apparus : la confiance du salarié qui a été renforcée, mais aussi son épanouissement et sa productivité. Le télétravail peut aussi régler des problèmes de mobilité. Pour autant, il faut qu’il soit le fruit d’un accord entre l’employeur et le salarié.
Bien entendu, il ne peut pas être généralisé et certains postes ne peuvent être exercés en télétravail. Mais la qualité de vie au travail est devenue un levier puissant dans le recrutement et la fidélisation des collaborateurs. Le télétravail en fait partie.
Personnellement, je dis « oui » au télétravail, je l’ai déjà mis en place dans mon entreprise et on le vit bien. Et je ne doute pas un seul instant de la productivité. Quand c’est possible, l’entreprise doit pouvoir le mettre en place tout en prévoyant des temps de travail en présentiel. Mais je ne suis pas favorable à une réglementation massive sur le télétravail : cela doit être du sur-mesure, au cas par cas.

De nombreux acteurs économiques s’accordent à dire que la relance est là. Est-elle palpable à l’échelle des TPE-PME ? Comment se portent-elles ?
Je pense qu’il y a une vraie relance. En tant qu’expert-comptable, je la vois à travers mes clients. Indépendamment de ces remontées de terrain, les chiffres l’attestent : la croissance était de 13 % au 2e trimestre 2021 dans notre région. On recrute aussi davantage, + 29 % au 2e trimestre 2021 en Paca.
Pour autant, on constate des freins à la relance dans certains secteurs : des difficultés de recrutement notamment pour les acteurs du secteur CHR [Cafés, hôtels, restaurants, NDLR], d’approvisionnement et un envol des prix des matériaux et de l’énergie.
Mais globalement, l’activité a redémarré et ça se ressent dans le moral des chefs d’entreprise. Il faut que ça puisse continuer malgré le contexte sanitaire qui s’aggrave !

Dans le même temps, cette fin d’année marque la fin du « quoi qu’il en coûte » alors que déferle une 5e vague de contaminations. Comment voyez-vous les mois qui viennent ? Que redoutez-vous ?
Longtemps redouté, le tsunami économique n’a pas eu lieu grâce aux dispositifs d’aide de l’Etat et des collectivités locales. Hélas, cette 5e vague nous replonge dans l’incertitude. Dès mars-avril 2022, sonnera le début du remboursement des Prêts garantis par l’Etat (PGE). Les entreprises ont consommé totalement ou partiellement leurs PGE et beaucoup auront d’énormes difficultés pour assumer cette dette sur les quatre années à venir. Dans notre cellule d’aide, « Allo CPME 13 », les dirigeants qui nous sollicitent appréhendent énormément ces remboursements
Dès le début, la CPME s’est battue pour demander une durée de remboursement plus longue, d’autant que s’ajoutent au PGE d’autres dettes (Urssaf, loyers etc.). C’est la raison pour laquelle on défend l’idée de regrouper toutes les dettes des entreprises et d’en faire un prêt consolidé. Cela permettrait aux entreprises de passer ces années compliquées tout en étant en capacité de faire face à leurs dettes. Malheureusement, cette solution de bon sens, qui impliquerait de modifier les PGE, se heurte notamment à des contraintes liées aux réglementations européennes.
On ressent également de l’inquiétude dans les cafés, hôtels, restaurants et autres commerces de proximité situés dans les centres-villes. Ils n’ont pas retrouvé la fréquentation d’avant covid, et cette 5e vague n’améliore pas le climat de confiance. On ne maîtrise pas l’évolution de la consommation, sans compter les craintes liées à l’inflation.
On constate aussi un problème récurrent sur le centre-ville de Marseille : les manifestations à répétition affectent l’activité des commerçants et artisans. En ces périodes de fêtes où beaucoup d’entre eux réalisent un chiffre d’affaires crucial, il est nécessaire de trouver des solutions pour ne pas rajouter à leur désarroi.

Comment aider les entreprises lors de 5e vague si l’Etat reste désormais en retrait ?
La 5e vague est désormais présente. La CPME va rappeler à l’Etat son mot d’ordre du « quoi qu’il en coûte » qu’il n’a jamais été question de limiter dans le temps. Par ailleurs, nous n’acceptons aucune restriction à la liberté d’entreprendre qui ne soit pas pleinement justifiée. Et si restriction il y a comme c’est le cas pour les discothèques ou par ricochet pour les acteurs de l’événementiel, il faut que l’Etat soit là.
Nous tentons de garder la confiance et espérons que cette 5e vague n’ait pas trop de répercussions sur l’économie. Beaucoup d’entreprises se sont adaptées lors du confinement pour poursuivre leur activité, par exemple celles qui ont misé sur le web pour bonifier leur chiffre d’affaires en ligne. D’autres dispositifs ont vu le jour, qui se poursuivent encore aujourd’hui comme les chèques-cadeaux « Treiz’Local », mis en place par la CCI Aix-Marseille Provence (CCIAMP) avec notre soutien. Cela ne nous empêche pas de plaider pour l’annulation de certaines charges et pour une baisse des charges sociales car c’est en France que le taux de fiscalisation est le plus élevé, ce qui se répercute sur le coût du travail.

L'interview complète de Corinne Innesti est à retrouver dans le n°10 186 des Nouvelles Publications paru le 10/12/2021. Cliquez ici pour plus d'informations sur nos offres d'abonnement à partir de 55 €/an.
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