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Corinne Innesti : « Il faut que les entreprises puissent redémarrer »

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Corinne Innesti : « Il faut que les entreprises puissent redémarrer »
Robert Poulain - « Il faut que les pertes d'exploitation soient mieux remboursées », insiste la présidente de la CPME 13.

Alors que s'ouvre ce jeudi 17 décembre le salon Entrepreneur 13 en mode 100 % digital, Corinne Innesti, présidente de la CPME 13, organisatrice de l'événement, se projette déjà dans l'après que l'organisation patronale veut conjuguer en mode « humain ».

Les Nouvelles Publications : Fin novembre, vous êtes descendue dans la rue pour soutenir les commerces qui sont toujours frappés de fermeture jusqu'au 20 janvier prochain. Ce n'est pas habituel pour des patrons. Pourquoi avoir choisi ce moyen d'expression ?
Corinne Innesti :
Quand les décisions leur paraissent justes, les chefs d'entreprise les appliquent. Mais là, nous avons ressenti une profonde injustice. Enormément d'entreprises ont investi pour mettre en place les gestes barrières, le télétravail, ce qui a engendré beaucoup de frais qui n'ont pas forcément été supportés par l'Etat. Et derrière, le gouvernement leur dit : « On vous interdit de travailler ». On s'est donc mobilisé pour dire « on veut travailler » et demander la réouverture immédiate pour tous. Le protocole élaboré par les restaurants a été validé par le gouvernement et sa mise en place a été accompagnée par la Santé au travail qui nous dit : « Même nous, on ne comprend pas ».

Derrière, forcément, il y a des drames. Quand on rembourse le préjudice à hauteur de 1 500 € alors que dans le même temps vous avez des loyers de 3 000 à 4 000 €, des crédits en cours et que vous devez compléter le chômage partiel de vos salariés, comment voulez-vous faire ? Résultat, beaucoup de patrons ont cessé de se payer.

Quelle est l'urgence pour venir en aide aux plus touchés ?
La CPME est intervenue très vite pour demander un décalage des PGE sur 24 mois, alors qu'au départ la franchise était d'un an, et on nous a écoutés sur ce point-là. Mais bien entendu, cela ne suffit pas.

En matière de charges, une première échéance est arrivée le 15 décembre avec la Contribution foncière des entreprises (CFE). Le gouvernement avait offert aux Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI), dans le cadre de la loi de finances rectificative, la possibilité d'accorder une exonération des deux tiers aux entreprises : un tiers serait supporté par la collectivité et un tiers serait remboursé par l'Etat. Ainsi, seul le tiers de la CFE resterait à la charge des entreprises. Mais à l'époque, les nouveaux élus de la Métropole n'étaient pas encore connus, et personne n'imaginait que nous serions à nouveau confinés. Si bien que la mesure n'a pas été adoptée par Aix-Marseille Provence. Depuis, on a donc formulé cette demande à la Métropole.

Au niveau des loyers, on a demandé à ce que les bailleurs ne fassent pas payer leurs locataires en prenant sur les dépôts de garantie, mais ce n'est légalement pas possible. Quant au crédit d'impôt, il n'est pas incitatif. Nous demandons deux mois d'exonération de la part des bailleurs institutionnels. Mais pour les bailleurs privés, dont certains sont des retraités pour qui le loyer constitue un complément de revenus, ce n'est pas évident d'accorder ces exonérations.

Il faut également que les pertes d'exploitation soient mieux remboursées. Certains entrepreneurs ne sont pas couverts par leur contrat d'assurances sous prétexte qu'ils ne sont pas les seuls concernés par ces pertes. Les assureurs répondent qu'ils ont abondé aux fonds de solidarité, mais des chefs d'entreprise qui ont souscrit un contrat ne sont pas indemnisés, ce qui est incompréhensible.

Il faut aussi que les entreprises puissent redémarrer. Elles ont souvent beaucoup de charges et de crédits car les petites entreprises ont peu de fonds propres. Pour cela, on propose de créer un prêt spécial, un prêt de consolidation, qui permettrait d'étaler les pertes sur 8-10 ans, de la même manière que l'on peut lisser ses dettes sur cette durée lorsque l'on bénéficie d'un plan de continuation au tribunal de commerce. Il convient également de relancer la commande publique : il faut cumuler toutes les actions bénéfiques.

Comment vous projetez-vous sur les prochains mois ? Allez-vous mettre en œuvre de nouveaux services, de nouvelles actions ?
On travaille à cet après avec un focus sur l'emploi car nous avons malheureusement bien conscience des conséquences qui risquent d'arriver. Nos membres sont très investis et l'un d'entre eux a créé Radio Victoria, la première webradio de l'entreprise et de l'emploi. Elle nous permettra de décoder les métiers de demain et de publier les offres sur un média qui compte déjà 13 000 auditeurs par jour. Nous sommes aussi présents sur le dispositif « Compétences In&Off » avec la Maison de l'emploi de Marseille qui doit permettre de faire revenir sur le chemin de l'emploi des personnes qui en sont éloignées.

Nous avons également la volonté d'offrir encore plus de services. On a envie de mutualiser les ressources que peuvent apporter nos adhérents, d'enrichir l'offre de services de la CPME 13 en les mettant davantage en présence. On aura ainsi un réseau social interne qui sera plus adapté pour qu'ils puissent connaître les prestations des uns et des autres et travailler ensemble, dans une idée de mutualisation. Avec nos partenaires bancaires, on va aussi mettre au point une offre dédiée d'affacturage* pour nos adhérents.

Dans ces conditions, quelle connotation va revêtir votre événement Entrepreneur 13, dont Les Nouvelles Publications est partenaire, qui se déroulera cette année intégralement en visioconférence ?

Cette année, on a choisi le thème « L'humain au cœur » car la crise a montré à quel point c'est essentiel. C'est la première fois qu'on fait un événement comme celui-ci en visioconférence totale. Nous aurons une plateforme numérique innovante qui donnera l'impression d'y être. Nous voulons qu'elle soit le plus attrayante possible. Nous aurons aussi les rendez-vous habituels, en 100 % digital : e-stands, workshops, pitch party. On espère 5 000 connexions. Des experts seront présents et chacun pourra les questionner.

A noter que nous invitons également des collégiens et des lycéens à voter dans le cadre des Trophées des entrepreneurs positifs. C'est une manière de leur montrer que les entreprises, ce n'est pas que du chiffre d'affaires mais aussi des hommes et des femmes qui œuvrent quotidiennement.

* L'affacturage est une opération ou technique de gestion financière dans laquelle un établissement de crédit spécialisé (ou une société de gestion de portefeuille) prend en charge le recouvrement de créances d'une entreprises dans le cadre d'un contrat.




Serge Payrau
Journaliste

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