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Croec Paca : Colette Weizman met la prévention au coeur de son mandat

Colette Weizman entame son mandat de quatre ans à la tête du Conseil régional de l'ordre des experts-comptables (Croec) Provence-Alpes-Côte d'Azur. Une présidence qu'elle souhaite placée sous le signe de la prévention et de l'anticipation, une exigence d'autant plus forte au regard de la crise économique qui s'amorce. Dans la profession depuis plus de 25 ans, elle estime également que celle-ci a depuis bien changé et prône l'expert-comptable augmenté.
Croec Paca : Colette Weizman met la prévention au coeur de son mandat
Robert Poulain - Colette Weizman est la nouvelle présidente du Conseil régional de l'ordre des experts-comptables.

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Si Obelix est tombé dans la marmite quand il était petit, Colette Weizman, elle, c'est dans l'engagement. Au Conseil régional de l'ordre des experts-comptables (Croec) Provence-Alpes-Côte d'Azur depuis vingt ans, au tribunal de commerce de Marseille depuis une dizaine d'années ou encore dans l'association Le Point rose, pour laquelle elle court, aux côtés de 50 consœurs et confrères, le Marseille-Cassis depuis trois ans pour lever des fonds. « Avant de m'engager, je réfléchis car je me connais, et je sais que je ferai tout pour aller jusqu'au bout de mes objectifs. Ce n'est pas juste pour le titre », affirme-t-elle, dans un débit aussi rapide et décidé que l'est son pas. C'est donc en toute logique qu'elle s'est présentée à la tête des experts-comptables régionaux. Une profession qu'elle a embrassée en 1995, après avoir envisagé des études de médecine – « mais huit ans, c'était trop long » - et entamé un deug de maths - « mais j'avais peur de devoir sans cesse répéter la même chose à des étudiants, j'avais cette crainte de m'ennuyer ».

Elue à l'unanimité le 8 décembre dernier en tant que présidente du Croec Paca, elle prend, à 58 ans, la suite de l'actif Lionel Canesi (désormais président du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables), qui pendant son mandat n'a eu de cesse de rappeler que la place de l'expert-comptable était « au cœur de l'économie ». Une vision que partage Colette Weizman :

« C'est notre premier rôle aujourd'hui. Il me semble inadmissible qu'une loi, une disposition, un règlement, qui concerne l'entreprise puisse être validé sans l'avis des experts-comptables. Par ailleurs, nous devons être associés à toutes les actions de tous les organismes qui touchent à l'entreprise car nous avons la connaissance et l'expérience des TPE-PME. Nous devons être visibles partout et tout le temps. Que quand on entend "entreprise", on entende "expert-comptable" et vice-versa. »

Prévenir plutôt que guérir

Si elle suit les traces de son prédécesseur, Colette Weizman compte toutefois imposer sa patte. Une patte qu'elle résume en un mot : la prévention. « Elle est évidente, vu la crise sans précédant que nous traversons, et fortement liée à ma formation au tribunal de commerce », explique celle qui a commencé en tant que juge affectée au rôle avant de prendre la présidence de la première chambre de procédures collectives. Des compétences qu'elle souhaite aujourd'hui partager, via l'organisation de formations par exemple pour que « les experts-comptables, déjà bien formés sur le sujet, deviennent des incollables de la procédure collective, notamment en cette période car il risque d'y avoir de la casse, tant économique que sociale, dans les prochains mois. » Colette Weizman souhaite démystifier le tribunal de commerce car les experts-comptables « rencontrent aujourd'hui des difficultés pour convaincre les chefs d'entreprise de pousser la porte du tribunal. Ce dernier peut pourtant être un allié dans certains cas, et sauver des entreprises et des emplois. Quand on se met sous la protection du tribunal, toutes les procédures sont gelées, il n'y a plus de mise en jeu de la caution... »

Impossible durant son mandat de quatre ans de passer à côté de la thématique du numérique. L'incubateur Inko, mis en stand by par l'ancien président, sera ainsi relancé. Tout l'enjeu sera de trouver et d'accompagner des start-up qui créent « des outils nécessaires à notre activité car ce qui coûte à la profession, c'est que l'on doit être dépendant de grands groupes pour tous les logiciels liés à l'exercice propre de notre profession ». Pour Colette Weizman, il est également nécessaire que les cabinets prennent le virage du numérique pour aller vers du zéro papier, la saisie entièrement automatisée, la facture numérique, etc. Avec la crise sanitaire et les confinement successifs, ceux qui n'ont pas franchi le pas du numérique, n'ont pas mis en place ces outils « ont été en souffrance ». Au sein de son cabinet A3A, qui compte aujourd'hui quatre associés, dès le premier confinement « tous les collaborateurs pouvaient se connecter à distance, transmettre les documents par mail aux clients. Alors que je connais des cabinets où il fallait venir au bureau, mettre les dossiers sur une clé USB, copier les documents une fois chez soi... C'est une perte de temps et d'énergie, sans compter les risques de pertes de données et de bugs informatiques. »

A vélo

« L'expert-comptable d'hier a presque disparu », tranche-t-elle. Depuis longtemps, le métier ne se cantonne plus seulement à la saisie de chiffres dans des tableaux Excel et à la présentation du bilan une fois dans l'année. « Celui qui attend le mois d'avril pour rencontrer son client n'a pas compris que sa profession avait changé. Nous sommes désormais plus dans un rôle de conseil. » A l'expert-comptable d'anticiper les besoins de son client, de lui demander pourquoi il n'exporterait pas telle idée ou tel produit ou ne réaliserait pas tel investissement. « Ce qui est le plus désagréable pour un expert-comptable c'est quand on vient le voir et qu'on lui dit : "J'ai un ami, son expert-comptable lui a dit que ce serait bien de faire ci ou ça..." », s'amuse-t-elle.

Si elle pratique la moto et le golf, en témoignent le casque sur la chaise et les balles posées sur son bureau, elle préfère utiliser la métaphore du vélo pour illustrer son rôle. « On pédale à côté de nos clients, qui eux ont la tête dans le guidon. On leur dit quand la lever, car il y a un trou ou qu'ils foncent dans le mur. »

Cette évolution, couplée à la nécessité d'investir dans des outils numériques, « ne doit pas conduire à une concentration des cabinets mais à une mutualisation des moyens », afin de maintenir le tissu libéral de l'activité. « L'expert-comptable indépendant avec deux ou trois collaborateurs ne doit pas rester isolé, juge-t-elle. Non seulement pour des questions de coûts mais aussi parce qu'on réfléchit mieux en frottant plusieurs cerveaux. » Une façon, peut-être, d'éviter l'écueil de la citation accrochée derrière son bureau : « Bien sûr il m'arrive de me parler à moi-même. J'ai souvent besoin de l'avis d'un expert. »

Lire notre interview complète de Colette Weizman dans le n°10 138 des Nouvelles Publications, à paraître le 8 janvier. Cliquez ici pour plus d'informations sur nos offres d'abonnement, à partir de 55 €/an.

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