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INTERVIEW Christophe Brancato : « L’humain est au cœur de mon management »

Autodidacte, Christophe Brancato reste convaincu que le savoir-être prime sur le savoir-faire. Cet ancien apprenti accepte pour la première fois de parler de lui. Rencontre avec Christophe Brancato, président de MaxiCoffee.
Christophe Brancato : « L’humain est au cœur de mon management »
A. Zilbermann - Christophe Brancato, invisible dans les médias, fait partie de ces patrons à l’écoute de ses salariés et surtout de leurs talents

Economie Publié le ,

Nous avons le privilège de rencontrer Christophe Brancato dans les locaux de son nouveau concept store de Plan-de-Campagne. Avant de démarrer l’interview, il nous propose une visite guidée des lieux. Puis, nous invite à une dégustation pour affiner nos goûts en matière de café. Il est intarissable quand il parle aussi bien de torréfaction (faite sur place pour du café en vrac), que de sourcing aux quatre coins du monde. On apprend que le café pousse sur un petit arbre. Que ses fruits sont récoltés à la main. Que parfois un producteur n’a que 5kg de café à lui vendre. Christophe Brancato parle avec la conviction des passionnés. Né à Marseille, c’est à Gardanne qu’il s’est construit professionnellement, après un passage par le lycée Vauvenargues, à Aix, suivi d’un BTS écourté au CFA Corot, dans le 14e à Marseille.

Durant près de deux heures nous parlons de son parcours, de son management, de sa vision de l’entreprise. Une vision plus proche du modèle anglo-saxon que du modèle français, où seul le diplôme reste encore le sésame ad hoc. Il aurait pu nous dérouler ses actions RSE, parler développer durable, non, il est resté simple, sans donner dans le discours marketing. Néanmoins pudique sur son parcours, il prouve que tout est toujours possible en matière de création d’entreprise. Il suffit d’être à la bonne place et de s’en donner les moyens.

Les Nouvelles Publications : Vous entrez en 1993 chez SGDA, à Gardanne, acteur régional du café « hors domicile ». Dans quel état d’esprit êtes-vous l’époque ?
Christophe Brancato : J’ai 20 ans, je viens de rater mon Bac et je ne me vois pas faire de longues études. Par contre, je découvre que j’aime le contact, le commerce. Je me dis qu’une formation courte de deux ans, en alternance, fera l’affaire. Je pousse donc la porte de SGDA avec l’intention de valider mon BTS Force de vente. Mais ça ne va pas passer comme prévu…

Que se passe-t-il ?
Au bout d’un an, j’en ai marre de l’école. J’étais fait pour le terrain, pas pour les cours. En un an, je suis devenu leur meilleur vendeur, autant vous dire que le patron m’a gardé, même sans alternance.

En 1998 vous en devenez le directeur. Vous vous attendiez à cette évolution ?
Bien sûr que non ! J’avais 25 ans. J’étais devenu directeur commercial chez SGDA. Mon patron cherchait à vendre, mais ne trouvait pas « le bon client ». Un jour il m’a dit dit « débrouille toi comme tu veux, mais c’est toi qui dois me racheter l’entreprise ». Je n’avais pas d’argent de côté. Je ne savais pas comment faire pour en trouver, alors j’ai tapé simplement sur internet « comment racheter une entreprise sans argent ».

Vraiment ? Et quelle a été la réponse de Google ?
C’est là que j’ai découvert des mots comme « effet levier », holding, LBO…  En 2002, grâce à des prêts et à des levées de fonds je rachète donc l’entreprise. Nous sommes à l’époque une trentaine de collaborateurs, pour un chiffre d’affaires de 4,5 M€. Je garde 51 % des parts. Le reste appartient à des investisseurs, dont mon ex-patron.

Puis arrive dans votre parcours Daltys. Le groupe a été créé quand ?
Je l’ai créé en 2012. Mais auparavant, j’ai monté un consortium avec sept autres acteurs indépendants du marché du café B2B. Baptisé Dalliance, il m’a permis de remporter des marchés partout en France. Il faut se remettre dans le contexte. Au milieu des années 2000, je me rends compte que nos gros clients comme Sodexo ou Accor commencent à se structurer au niveau des achats nationaux. Ma boîte ne rayonne que dans le Sud. J’ai donc besoin de relais en région. Puis, au fur et à mesure je rachète chacune des sept autres entreprises. C’est à ce moment là que je crée Daltys.

Entre 2002, moment où vous rachetez SGDA et 2012, vous passez de 30 à 1 000 salariés, de 4,5 à 120 M€ de chiffre d’affaires. Vous vous dites que vous allez en rester là ?
Je n’arrête jamais d’innover, d’avoir des idées. Dès 2009, je me rends compte que nous sommes leader en B2B, mais que nous avons encore beaucoup à faire en B2C. Je développe aussi un secteur R&D, pour introduire des écrans tactiles sur nos machines à café et permettre à nos clients de faire leur café sur-mesure. Total en entend parler et me demande l’exclusivité pour ses 200 stations. Ca se concrétisera en 2015. Mais je n’oublie pas pour autant le B2C et surtout, le e-commerce où nous avons pris beaucoup de retard.

Vous décidez donc d’approcher MaxiCoffee. Comment faites-vous pour contacter le fondateur, Jean-Charles Krompholtz ?
Je le contacte tout simplement via Linkedin. J’avais le choix soit d’acheter MaxiCoffee, soit Amazon ! J’ai choisi Maxi Coffee… Mais dit comme ça je donne l’impression d’être arrivé en proposant le rachat. Ca ne s’est pas du tout passé comme ça.

Quel a été le déclencheur entre vous deux ?
Ca a d’abord été un coup de cœur mutuel. Puis, bien sûr, est apparu l’intérêt commun de profiter de nos avancées respectives. Lui était leader sur la vente en ligne de café. Moi j’étais devenu un acteur majeur du « café hors domicile ». Nous rapprocher ne pouvait que nous apporter à l’un et à l’autre. Mais au-delà de ça, humainement, nous nous sommes tout de suite très bien entendus. En entrant dans leurs locaux, du côté d’Arcachon, j’ai eu la sensation de retrouver SGDA à ses débuts. Ils étaient moins d’une centaine et dégageaient 37M€ de chiffre d’affaires. Et surtout, avec Jean-Charles, on tenait le même discours sur le management… Mais le temps humain et le temps de l’entreprise ne sont pas les mêmes. Je l’ai racheté un an après, en 2018.

Pourquoi avoir décidé de conserver le nom de MaxiCoffee et non d’en créer un autre ?
Vous savez, c’est important de s’asseoir de temps en temps sur son égo. Bien sûr, j’avais créé Daltis, mais MaxiCoffee avait déjà une belle notoriété.

Pourquoi ne pas avoir rapatrié le siège de MaxiCoffee à Gardanne, siège historique de votre entreprise ?
Tout simplement par manque de foncier. J’ai trouvé un terrain de 13 000 m2 du côté de Bordeaux, d’où était originaire l’entreprise, avec la possibilité de créer une extension de 10 000 m2.

En quatre ans dont deux ans de Covid, avez-vous réussi à fusionner les deux entités, au niveau managérial ?
Je le pense. L’humain est au cœur de mon management. Le mot est peut-être un peu fort, mais je pense avoir un profil « humaniste ». J’aime avoir recours à l’intelligence collective. Nous avons donc tous unifié notre façon de manager. Parce que je tiens à ce que chacun de mes cadres prennent des décisions que je pourrais prendre. Nous avons tous la même ligne de conduite. Savoir écouter, repérer les talents, créer du lien. C’est essentiel. On parle du bien-être au travail, mais c’est une évidence depuis toujours pour moi. Le reste, adapter des process et des outils, pour travailler en bonne intelligence quand on est 1 500 salariés, c’est simple à faire. En revanche, je tiens à ce que tous, nous ayons les mêmes fondamentaux. Un cadre sur deux est entré chez nous en tant qu’employé. C’est une réalité à laquelle je tiens.

Avez-vous le temps, l’envie de participer à des clubs, cercles de dirigeants pour porter votre façon encore minoritaire de manager ?
C’est vrai que je manque malheureusement de temps pour participer à ce genre de réunions. Mais je fais partie depuis longtemps de l’APM, pour Association progrès du management, un club fondé par le Marseillais Pierre Bellon, le fondateur de Sodexo. C’est important de partager sa culture d’entreprise.

Vous avez 47 ans, dirigez 1 500 salariés, dégagez un chiffre d’affaires de 252 M€. Comment voyez-vous la suite pour MaxiCoffee ?
Nous allons continuer à nous développer à l’export (15 % du CA en 2021). Créer d’autres concept store comme celui de Plan-de-Campagne. C’est important d’avoir une vitrine client, mais aussi un lieu de découverte, avec une école pour former les baristas de demain. Pourquoi pas en ouvrir aussi dans des capitales européennes. Je ne me fixe pas de plafond pour devenir la plus grande plateforme phygital sur le secteur du café. Tout est possible…

La visite guidée de ce nouveau concept-store est à retrouver en diaporama dans le n° 10 180 des Nouvelles Publications (parution le 29/10/2021). Cliquez ici pour plus de renseignements sur nos offres d'abonnement (à partir de 55€/an).
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