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Christian Rousse : « La médiation, c'est gagnant-gagnant »

le - - Droit et Chiffre

Christian Rousse : « La médiation, c'est gagnant-gagnant »
S. Payrau - Le Marseillais Christian Rousse est le nouveau président de la Fédération française des centres de médiation.

Le Marseillais Christian Rousse est depuis le 6 juillet le président de la Fédération française des centres de médiation, qui regroupe 70 structures et environ un millier de médiateurs sur l'ensemble de la France. A la fois médiateur et avocat, président de Marseille Médiation depuis 2016, il évoque les enjeux de son mandat national de trois ans.

Les Nouvelles Publications : Quelle est votre feuille de route à la tête de Fédération française des centres de médiation (FFCM) ?
Christian Rousse :
La croissance de la FFCM a été très forte depuis six ans et on le doit notamment à mon prédécesseur, le président sortant Claude Duvernoy, un ancien bâtonnier. Au cours de ses deux mandats à la tête de la fédération, on a ouvert le plus possible la médiation à d'autres professions que celle d'avocat. Pour une raison simple : c'est le mélange des cultures qui fait la richesse de la médiation. Aujourd'hui, sur nos 1 000 médiateurs, on compte ainsi 60 % d'avocats et 40 % venus d'autres professions. Administrateur depuis trois ans de la fédération, fort de la confiance du conseil d'administration, je souhaite poursuivre dans cette voie avec deux objectifs. Tout d'abord, je veux ouvrir encore plus le champ des adhérents à d'autres univers professionnels quels qu'ils soient. Et je désire que nous soyons encore plus proches de nos centres sur le terrain pour leur donner tous les outils de développement.

Quand peut-on recourir à la médiation ?
La médiation peut être conventionnelle ou judiciaire. Dans le premier cas, on y vient soit parce qu'il y a une clause dans le contrat qui l'impose, soit parce que l'avocat a su conseiller son client d'y aller. Cela peut concerner des problèmes de voisinage, de copropriété ou encore de famille, bien qu'il n'y ait pas de clause de médiation dans un contrat de mariage. Les tribunaux administratifs aussi désignent des médiateurs. La médiation concerne tous les champs. Elle est notamment très adaptée aux problèmes interentreprises, et aussi aux conflits intra-entreprises à une époque où les relations dans l'entreprise sont beaucoup plus difficiles qu'autrefois. Quand on s'envoie des SMS au travail, c'est un message écrit rédigé en langage parlé, ce qui peut conduire à des incompréhensions. Dans l'entreprise, la médiation est d'autant plus importante avec le développement des risques psychosociaux.

En matière judiciaire, la médiation concerne là encore tous les domaines de la vie, elle est ordonnée par un juge, à condition que les parties soient d'accord pour y recourir. Elle est enfermée dans un délai légal de trois mois, plus trois mois. Au bout de six mois, on peut alors basculer en médiation conventionnelle en informant le juge qui attend.

Sur les 1 000 médiateurs recensés dans l'Hexagone, y a-t-il des régions qui ont plus d'attirance pour ce dispositif ?
Oui, le Sud a moins d'appétence pour la médiation que le reste du pays. Par exemple, les avocats marseillais ont longtemps été rebutés par la médiation. Ceux qui sont réticents ont dans l'idée que cela va coûter plus cher car il faut payer le médiateur, que ça va être plus long, le temps de faire la médiation, et que leurs clients vont être frustrés. Or, ces arguments ne tiennent pas. La médiation coûtera un petit peu plus mais elle va permettre de terminer plus vite avec une charge financière moins lourde pour le client dans le temps. Cela n'est pas plus long car la médiation peut se régler en quelques semaines voire mois, alors qu'un procès peut durer des années. Au contraire de la frustration, la médiation crée ou de recrée un lien de communication entre les parties, ce qui permet aux personnes de comprendre les besoins de l'autre et de trouver des solutions qui soient satisfaisantes pour les deux : c'est du gagnant-gagnant. La compréhension mutuelle permet de devenir plus intelligent à deux.

Enfin, c'est un processus où l'avocat a toute sa place. Car si le médiateur permet aux parties de résoudre leur conflit, l'avocat dispense son conseil juridique et rédige des accords satisfaisants pour son client.

Les avocats sont-ils sensibles à ces arguments ?
Ce discours leur parle, tant sous l'angle économique que sous l'angle humain. On ne gagne jamais un procès totalement, nos clients en veulent toujours plus, les avocats l'ont bien compris. Ils ont aussi saisi que le temps judiciaire est trop long par rapport au temps des affaires et de la vie.

Il faut également rappeler que l'on ne peut pas être médiateur et avocat dans une même affaire. Et dans sa mission, le médiateur laisse le droit de côté : son rôle est de renouer le dialogue entre les parties. Or, si on est formé à la médiation, on sera un meilleur avocat dans l'accompagnement d'un client dans ce processus. La médiation donne une plus-value à la mission de l'avocat.

La période que nous vivons peut-elle favoriser un recours accru de la médiation ?
Il existait des freins de la part des avocats mais leur grève qui a duré trois mois et la Covid-19 ont porté un coup d'arrêt à leur activité contentieuse. La première présidente Isabelle Gorce, qui a quitté ses fonctions de présidente du tribunal judiciaire de Marseille pour la cour d'appel de Bordeaux, avait conscience que l'institution phocéenne ne pourrait pas faire face aux retards engendrés par la grève des avocats puis la Covid. Elle a mis en place un système pour favoriser la médiation judiciaire. Au mois de juillet, la présidente du Conseil national des barreaux Christiane Féral-Schuhl a recueilli une statistique nationale montrant que 18 % des cabinets d'avocats ne rouvriraient jamais. Ce sont des éléments qui pourraient changer la donne et ont déjà incité les avocats marseillais à un recours plus important à la médiation.




Serge Payrau
Journaliste

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