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« A l'avenir, ce sera difficile de fédérer autant que Simone Veil »

Amandine Deslandes, directrice associée de MARSAIL, vient de sortir une biographie sur Simone Veil. A la fois livre historique, roman d’amour, analyse politique et tant d’autres choses... voilà une lecture qui fait du bien !
« A l'avenir, ce sera difficile de fédérer autant que Simone Veil »
D.R. - Amandine Deslandes s’est immergée durant trois mois dans la vie de Simone Veil et nous livre une biographie profondément humaine et formidablement bien documentée.

Oxygène Publié le ,

Pas facile de s’atteler à la biographie d’une telle icône. Tout a déjà été écrit sur elle et ses combats. A commencer par Simone Veil elle-même qui a sorti ses mémoires en 2007. Aussi, nous avons voulu savoir pourquoi Amandine Deslandes s’est lancé un tel défi. Comment a-t-elle travaillé pour le rendre aussi précis et riche de détails. Son livre est tout simplement passionnant ! C’est donc avec une réelle curiosité que nous l’avons rencontrée un long moment, afin qu’elle nous dévoile les coulisses de cette écriture, fluide et percutante. Et peut-être que vous aussi, une fois la dernière page fermée, vous aurez envie de vous plonger dans les archives de l’INA, à la recherche d’une Simone tellement vivante, audacieuse et rebelle.

Les Nouvelles Publications : Pourquoi avoir choisi d’écrire la biographie de Simone Veil pour votre premier livre ?
Amandine Deslandes :
C’est parti d’une rencontre avec mon éditeur. Mon associé et mari Christopher Pratt est navigateur. En novembre 2019, alors que nous sommes tous les deux présents à l’arrivée de la transat Jacques Vabre, je rencontre Frédéric Weil, éditeur aux éditions City, mais aussi journaliste sportif, venu couvrir l’événement. Il cherche des auteurs pour la collection « Biographie » dont il s’occupe et me propose de faire celle de Simone Veil. Il faut dire que Christopher lui avait dit que j’écrivais des « choses »…

Pour un premier livre, le sujet est plutôt vertigineux…
Complètement ! D’ailleurs, il m’a laissé du temps pour réfléchir à sa proposition. Mais tout s’est finalement fait très vite : après l'avoir rencontré, je lui ai envoyé des textes, il a validé mon écriture et moi, de mon côté, je me suis lancée. 

Il existe déjà des biographies sur elle. Simone Veil a écrit ses mémoires. En quoi la vôtre est-elle différente ?
Mon éditeur voulait une biographie contemporaine. Rien n’avait été écrit sur elle depuis sa disparition en 2017. Le dernier livre sur sa vie date de 2011. Et puis, au départ, la sortie de mon livre devait coller à celle d'un biopic réalisé par Olivier Dahan, avec Elsa Zylberstein pour l’incarner. J’ai vu une photo d’elle, elle est méconnaissable et totalement crédible. J’ai hâte de le voir ! Le film devait sortir en mars 2021, mais il a été repoussé à l’année prochaine. 

Votre livre est extrêmement bien documenté. Comment avez-vous travaillé et est-ce que les citations de Simone Veil sont toutes réelles ?
Elles sont tout authentiques ! J’ai lu toutes ses biographies, ses mémoires évidemment, écouté des archives radio, lu une quantité impressionnante d’articles - du Point à Paris Match -,j’ai fouillé les archives de l’INA… je voulais pouvoir apporter une foule de détails, pour vraiment l’incarner et rendre la lecture romanesque. Comme par exemple le détail du chemisier bleu que portait sa petite-fille à son enterrement, un de ses préférés.

Est-ce facile de sortir d’une telle immersion ?
Pas vraiment, je l’avoue. J’ai passé trois mois avec elle, en permanence. Je cherchais toujours à en savoir plus. Je l’ai « habitée » en quelque sorte et ce fut bizarre d’en sortir. J’ai eu des moments de découragement, mais en pensant à sa fulgurante capacité de résilience, je me reprenais vite en me disant que je n’avais pas le droit de me plaindre, même si parfois je me sentais comme « aspirée » par cette tâche immense.

Que saviez-vous d’elle avant de commencer l’écriture de votre livre ?
Ce que tout le monde connait d’elle je pense. Mais étant passée par l’école nationale de la Sécurité sociale, je connaissais forcément toutes les avancées sociales qu’on lui doit.

Comment la présenteriez-vous à quelqu’un qui ne le connaît pas ?
Je dirais avant tout que c’est une pionnière. Mais je parlerais aussi de son humanité, de son empathie, de son sens de l’intérêt général. C’est une femme qui fumait et qui pourtant, une fois qu’elle a été nommée ministre, a fait enlever tous les cendriers de la salle du conseil des ministres. C’est à elle que l’on doit l’interdiction de fumer dans les hôpitaux et les ascenseurs, premiers jalons qui mèneront à l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics. Elle a aussi encadré la publicité autour de la cigarette. De la même façon, l’IVG n’était pas sa conviction personnelle. Pourtant, elle l’a défendue. C’était une femme politique au sens premier du terme, impliquée dans la vie de la cité, avec une conception de la justice et de l’égalité des droits exemplaires.

Si l’on devait retenir un de ses combats ?
Tout le monde pense à la loi Veil, mais pour elle, celui qui a le plus compté, c’est son combat pour l’adoption. Elle aurait d’ailleurs aimé que ce soit cette loi qui porte son nom. Son travail en tant que magistrat est aussi exceptionnel. Elle est encore aujourd’hui reconnue à travers le monde pour cela, comme pour ses convictions européennes. Il y a aussi la lutte contre le Sida, son travail autour du devoir de mémoire… ils sont tellement nombreux.

Est-ce que ses proches ont lu votre livre ?
Figurez-vous que je n’ai pas osé leur envoyer. Et puis un jour, j’ai fait une interview pour une télé israélienne et la journaliste m’a posé cette question. J’ai alors décidé d’envoyer le livre à ses fils. C’est Pierre-François, le cadet de la fratrie, qui m’a appelée. Je ne m’y attendais pas ! Il avait acheté le livre bien avant que je lui envoie et m’a félicitée, me disant qu’il était très bien documenté et très joliment écrit.

Vous avez dû ressentir une forme de reconnaissance…
C’est ce que je lui ai dit. J’étais très émue et il a eu ces mots : « Madame, vous avez pris la peine d’écrire sur ma mère, je peux prendre quelques minutes pour composer dix numéros. »

Si vous aviez pu la rencontrer, sur quels sujets auriez-vous aimé échanger avec elle ?
J’aurais aimé avoir sa vision, aujourd'hui, sur les grands sujets qu’elle a porté. L’Europe forcément, le droit des femmes, la laïcité… tout devient clivant. Nous vivons actuellement un vrai repli communautaire. Elle aurait sans doute beaucoup à dire. J’aurais aussi aimé parler de sa relation unique avec son mari. Elle était très secrète à ce sujet.

C’est vrai que votre livre est aussi un roman d’amour…
J’espère que les lecteurs le ressentiront. Leur relation était merveilleuse, surtout quand on la remet dans le contexte social de l’époque, où les femmes devaient demander l’autorisation à leur mari pour ouvrir un compte en banque. Elle vient d’un milieu bourgeois et son mari a montré une grande ouverture d’esprit quand elle a décidé de travailler.

Pensez-vous qu’un jour la France connaîtra une nouvelle icône aussi fédératricequ’elle ?
Je l’espère, mais en cela aussi elle reste unique. Christine Lagarde ou Christiane Taubira sont aussi des femmes exceptionnelles à mon sens, mais ce sera difficile, à l’avenir, de fédérer autant que Simone Veil. J’aimerais que les plus jeunes lisent mon livre pour voir d’où l’on vient, les combats qu’elle et bien d’autres ont dû mener pour faire avancer la société.

Avez-vous envie d’écrire un autre livre ?
J’y travaille déjà ! Ce sera également une biographie. Mais il m’a fallu un certain temps de deuil pour pouvoir me mettre sur ce projet.
Je peux vous dire que ce sera aussi sur une femme disparue, mais comme je suis superstitieuse, je garde pour l’instant le secret. Un biopic est aussi en préparation sur elle. Sa stature est encore plus médiatique et internationale, avec des combats très forts. Mais sa personnalité est plus complexe et controversée.

Quelle citation de Simone Veil auriez-vous envie de partager avec nous ?
J’aime beaucoup celle-ci : « On oublie trop souvent que l’homme n’est pas une machine, qu’il éprouve des sentiments, qui sont difficiles à prévoir. Aussi, la ligne de conduite qui paraissait certaine, droite, continue, se brise et prend un autre chemin. Et que cela soit ainsi, je crois que c’est très rassurant... Il faut laisser la place à la richesse de l’homme, à sa diversité, à ses aspirations profondes. »

« Simone Veil, mille vies, un destin », Amandine Deslandes, éditions City, 295 p., 18,50 €

 

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