AccueilDroit et ChiffreCamille Merlet : « Arrêter cette fuite de cerveaux et emporter avec nous les jeunes »

Camille Merlet : « Arrêter cette fuite de cerveaux et emporter avec nous les jeunes »

L’Association des Avocats conseils d’entreprises (ACE) organise son congrès national les 7 et 8 octobre à Marseille. Entretien avec Camille Merlet, présidente de l’ACE-Jeunes Avocats Paca et co-organisatrice de la manifestation.
Camille Merlet : « Arrêter cette fuite de cerveaux et emporter avec nous les jeunes »
R. Poulain - « Si on reste dans l’ancien monde, on n’évoluera pas », résume Camille Merlet.

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Les Nouvelles Publications  : Comment se passent les préparatifs du Congrès de l’ACE 2021 qui se déroulera début octobre à Marseille ?
Camille Merlet : Le congrès est un événement phare de l’année, nécessaire à notre profession. Il propose des formations et des échanges sur nos pratiques avec des confrères de toute la France. C’est un moment très stimulant qui redynamise les troupes. Il est d’autant plus important que, pour les avocats ne faisant que du conseil, l’occasion de se retrouver n’est pas aussi évidente que pour ceux qui plaident.
Nous sommes ravis d’accueillir à Marseille cette édition. La précédente fois remonte à dix ans. Et pourtant, Marseille est particulièrement bien représentée dans les institutions : la présidente de l’ACE, Delphine Gallin, est marseillaise, le président du Conseil national des barreaux, Jérôme Gavaudan, est marseillais et l’ACE, dans la région, est très active.
Cette édition est particulièrement attendue. Si l’an dernier, à cause de la crise sanitaire, le congrès s’est déroulé en distanciel, nous avons fait le pari du 100 % présentiel en 2021. Mais si d’habitude les préparatifs débutent tôt, force est de constater qu’avec la crise sanitaire toujours d’actualité, nous étions dans le flou cette année jusqu’en mai. Nous accélérons donc notre travail depuis juin et n’hésitons pas à modifier l’ordre établi en fonction des actualités. 

Comment avez-vous décidé de vous organiser pour tenir les délais ?
Nous sommes trois à coordonner le Congrès de l’ACE 2021 de Marseille. Delphine Gallin, Christelle Grenier, la présidente de l’ACE Paca, et moi en tant que présidente de l’ACE-JA Paca.
Contrairement à d’autres structures, ACE est un syndicat unique avec des sections. Dont celle des jeunes avocats. Nous travaillons donc très facilement ensemble, main dans la main. Nous nous sommes répartis les thèmes en fonction de nos prédilections, mais aussi et surtout en fonction de nos réseaux et des intervenants que nous pouvons faire venir. Nous nous entendons très bien toutes les trois et nos cabinets sont basés à Marseille ce qui facilite le travail en commun.

Parlez-nous du programme de cette édition…
Le thème du congrès est « Et demain ? ». Crise sanitaire oblige, l’édition 2021 consacre une part importante à l’après-covid. Un parcours avec plusieurs ateliers est ainsi intitulé « Accompagner la gestion de crise ». Il sera question de restructuration d’entreprises, d’accompagnement du chef d’entreprise, d’assurance perte d’exploitation, de procédure collective… Un autre atelier baptisé « Soft skills » se penchera sur des thèmes centraux tels que le management, la gestion des locaux, les collaborateurs. Un troisième atelier se penchera sur la défense de nos libertés publiques. Il y aura également - à côté de ces parcours - des petites formations comme le kit de survie pour l’avocat en garde à vue mais aussi la négociation et la gestion des contrats informatiques. Les plénières, quant à elles, proposeront des réflexions philosophiques sur la profession d’avocat avec un fil rouge : bien comprendre l’avocat de demain.

La profession a-t-elle du mal à s’adapter aux nouvelles générations ?                                    
Notre objectif est de motiver les jeunes à rester avocats. Une bonne partie d’entre eux quitte la profession dans les cinq premières années d’exercice. Cela coûte de l’argent et n’est pas bon pour l’image de la profession. Nous devons arrêter cette fuite de cerveaux et emporter avec nous les jeunes. Pour cela, nous devons mieux les comprendre et nous intéresser à leurs attentes, différentes de celles de leurs aînés.

Qu’est-ce qui les pousse à partir aujourd’hui ?
Beaucoup citent le nombre d’heures effectuées avec une rémunération qui n’est pas à la hauteur. Les collaborateurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Nous ne pouvons pas leur laisser une pile de dossiers avec des tâches à effectuer sans vraiment les épauler. Il est important de les motiver - par exemple en les intéressant au chiffre d’affaires - car plus que jamais, cette génération souhaite donner un sens à son travail et savoir où elle va. Les jeunes avocats ont une telle envie, énergie que dès qu’ils se sentent bridés, ils préfèrent partir.
Après le confinement, certains de mes jeunes clients, non satisfaits dans leur travail, ont décidé de s’installer à leur compte pour exercer leur métier « à la tâche », « à la mission ». Le marché du travail est en pleine mutation, il évolue. Il n’y a pas de raisons que cela ne touche pas les collaborateurs. Je pense ainsi que nous allons nous diriger vers un collaborateur qui travaillera à la tâche, et donc pour plusieurs structures.
Si on reste dans l’ancien monde, on n’évoluera pas. Cela peut faire peur mais pourquoi ne pas tenter cette évolution ? Et si cela ne fonctionne pas, rien ne nous empêchera de revenir en arrière. La génération d’aujourd’hui est flexible et aime bien le changement.

La profession a-t-elle encore la force d’attirer après la crise sanitaire ?
A Marseille, la profession s’en est très bien sortie. Beaucoup de prêts garantis par l’Etat ont été souscrits par les avocats pour réaliser des investissements. Et quasi tout le monde a passé la crise. Après la sidération du premier confinement, les cabinets ont su rebondir et s’outiller. C’est une des vertus de la crise sanitaire : les cabinets d’avocats sont désormais bien équipés. A noter également que les cabinets étaient ouverts durant les autres confinements suite à une demande du bâtonnier du barreau de Marseille.

Comment la profession se comporte-t-elle face aux legaltechs et autres innovations technologiques ?
Chez ACE, nous sommes pour le progrès. Les avocats ont les outils et les moyens pour rivaliser avec la concurrence, il faut s’en saisir. A ce titre, je rappelle que l’innovation peut être technologique mais aussi d’usage. Tout ce qui facilite les rapports humains et permet de nous recentrer sur nos réelles missions est une chance pour la profession. Le marché du droit n’a jamais été aussi fort. La population a besoin de nous plus que jamais.

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