AccueilEconomieCaire 13 : « Les chefs d’entreprise n’ont pas le temps d’être malades »

Caire 13 : « Les chefs d’entreprise n’ont pas le temps d’être malades »

Chantal Morvan, dirigeante de Filkom, a été élue à la présidence de Caire 13. Fondée à Marseille, cette association offre aux travailleurs indépendants atteints d’une maladie chronique évolutive une aide administrative juridique et sociale gratuite.
Caire 13 : « Les chefs d’entreprise n’ont pas le temps d’être malades »
Laura Botella - Chantal Morvan la présidente de Caire 13, souhaite trouver de nouveaux financements pour l'association composée de professionnels pluridisciplinaires : avocat, experts-comptables…Tous entièrement bénévoles.

Economie Publié le , Propos recueillis par Laura Botella

Les Nouvelles Publications : Pourquoi Caire 13 a été créée ? Quelle est la différence entre un salarié et un travailleur indépendant atteint d’un cancer ou d’une maladie longue durée ?

Chantal Morvan : la naissance de Caire 13 en 2014 s’est faite sur ce constat : il n’y a aucune prise en charge pour les dirigeants d’entreprise indépendants en cas de maladie longue et invalidante. Le suivi est destiné au salarié par la sécurité sociale où en cas d’arrêt maladie, il peut être arrêté et remplacé. Dans une entreprise en TPE ou PME, l’activité d’un travailleur indépendant est souvent liée à lui-même, c’est l’homme-clef ou la femme-clef. Et s’il est en train de se soigner, il n’a plus littéralement la tête à gérer sa boite et personne ne peut le faire à sa place. Du coup, c’est la mise en péril de son activité voire des emplois qui en dépendent. En tant que chef d’entreprise, on développe une certaine mentalité, celle de ne pas vouloir reconnaître que l’on a besoin d’être aidé. On est persuadé que ça ne nous arrivera pas. Or, c’est la vie. Nous souhaitons simplifier la vie au maximum d’un dirigeant pour qu’il puisse se concentrer sur ses soins.

Quel lien avez-vous avec Caire 13 ?

Lors d’une soirée organisée en 2019, j'ai rencontré Jean-Daniel Benaich, l’ancien président de Caire 13. Il m’a expliqué le but de l’association et j’ai commencé à fortement m’y intéresser, car c’est ça qu’il m’aurait fallu lorque j'ai appris que j'étais malade. Je dirigeais alors mon entreprise depuis avril 2001, un centre d’appel pour médecins et avocats, Filkom.

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En 2007, je me suis auto-diagnostiquée une maladie rare de la croissance : l’acromégalie, la maladie du géant. Un adénome sur l’hypophyse qui produisait de l’hormone de croissance. J’ai recommencé à grandir, comme un nouveau-né. Sauf que quand vous avez 40 ans, on se déforme sous le poids des organes qui poussent à l’intérieur du corps. Avant d’être diagnostiquée, j’étais épuisée, je ne pouvais plus bouger, je souffrais…

Comment avez-vous réagi ?

Mon entreprise gérait 1 600 appels par jour et j'avais douze salariés. Alors je me suis cachée : j’ai fait comme si tout allait bien, comme font beaucoup de dirigeants. En réalité, j’avais le cerveau à l’envers, je n’arrivais plus à faire ma facturation, à répondre au téléphone... J’ai mis mon entreprise en difficulté et je me suis retrouvée au Tribunal de commerce. Je n’avais rien, ni assurance, ni prévoyance, car les chefs d’entreprises ne sont jamais malades par définition, ils n’ont pas le temps, pas le droit. Je suis le profil type vivant d’un bénéficiaire, sauf que ça n’existait pas. Aujourd’hui, je suis guérie, et je suis là où finalement, j’aurais toujours dû être, à Caire 13. Ce qu’il se passe ici, ce qu’il se dit ici, c’est ma vie. Je me suis engagée dans l’accompagnement des gens qui viennent nous voir.

Le 14 avril dernier, vous avez été élue présidente de l’association pour trois ans. Comment voyez-vous ce nouvel engagement ?

Aujourd’hui, et depuis toujours, Caire 13 agit dans l’ombre. L’idée, c’est de montrer que derrière tout ça, il y a des belles valeurs humaines. Le 5 juin prochain, le Rotary Club de Gémenos organise une course de kart au circuit du Castellet et a décidé de tout reverser au bénéfice de notre association. C’est typiquement ce vers quoi j’aimerais m’orienter : expos, culture, sport, bien-être… Aussi bien pour nos bénéficiaires que nos bénévoles. Et encourager à faire cela, car ce n’est pas facile d’en être le moteur tout en étant malade. Il faut de l’énergie positive autour ! C’est sûr que s’il n’y a pas de lumière allumée quelque part, ça n’aide pas à guérir.

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J’aimerais également trouver de nouveaux financements, car même si cela reste gratuit pour le dirigeant malade, derrière tout cela a un coût. L’équipe accompagnante est composée de professionnels pluridisciplinaires : avocat, experts-comptables…Tous entièrement bénévoles.

Nous avons déjà des partenariats avec la fondation Gims 13, AG2R la mondiale, la Banque de France, la fondation EDF, la Ville de Marseille, le département des Bouches-du-Rhône, la Région Paca… Je veux solliciter la solidarité entrepreneuriale partout !

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