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ArcelorMittal veut décarboner ses aciers à Fos-sur-Mer

Le groupe sidérurgique porte en Europe différents projets de réduction de ses émissions de CO2. L'usine de Fos-sur-Mer est concernée pour « plusieurs centaines de millions d'euros d'investissement ».
ArcelorMittal veut décarboner ses aciers à Fos-sur-Mer
J.-C. Barla - La décarbonation de l'usine de Fos passera par l'adaptation des hauts-fourneaux. Ici, le HF1, arrêté au printemps et récemment rallumé.

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« Nous sommes à la veille de la transformation complète de l'industrie sidérurgique. Nous allons voir en 20 ans des changements que nous n'avons pas vus en 50 ans », assure Bruno Ribo, directeur d'ArcelorMittal Méditerranée. Il s'exprimait le 3 novembre à Fos-sur-Mer, en compagnie de Damien Chambolle, responsable des projets décarbonation de l'usine de 2 500 salariés (3,7 millions de tonnes d'acier produit en 2019). Cette révolution doit amener le site à réduire de 30 % les émissions de CO2 à l'échéance de 2030 et à atteindre la neutralité carbone à 2050. « Ce gros challenge a un coût », poursuit le dirigeant en évoquant « plusieurs centaines de millions d'euros d'investissements » nécessaires à l'adaptation de l'unité.

Depuis 2007, ArcelorMittal Fos dit avoir réduit ses rejets de dioxyde de soufre de 41 %, de poussières de 67 %, de dioxines de 63 % et d'oxydes d'azote de 30 %. Vingt millions d'euros sont actuellement investis pour atténuer encore la dispersion de poussières lors de la phase « agglomération » (transformation du minerai de fer brut en minerai aggloméré) pour une mise en service en 2021. Le Feder (Fonds européen de développement régional) abonde à hauteur de 5 millions d'euros.

La décarbonation est « l'enjeu d'ici et maintenant », soutient Bruno Ribo, en appelant au soutien dans cette stratégie de l'Union Européenne et de la France, notamment à travers les plans de relance. L'aide peut prendre la forme de subventions et de mécanismes de correction de distorsions de concurrence avec des aciers de Turquie ou de Chine « qui n'ont pas à faire face aux surcoûts de production de 30 à 80 % » engendrés par la décarbonation. En Europe, ArcelorMittal a d'ores et déjà lancé plusieurs projets-pilotes pour parvenir à son objectif. Fos est dans son plan.

Bioréaction, hydrogène et recyclage

Un dossier a été déposé auprès de l'Union européenne pour appuyer un projet qualifié de smart carbon, CarbHFlex, qui consiste à « révolutionner la filière haut-fourneau pour produire de l'acier neutre en CO2 », sur le principe d'un pilote initié à Gand (Belgique) qui démarrera en 2022. La technique vise à récupérer le carbone des gaz résiduels des hauts-fourneaux et à les convertir dans un bioréacteur (avec des bactéries issues de crottes de lapins !) en éthanol, utilisable en biocarburant, ou en matière première pour l'industrie chimique. « Nous visons une production de 60 000 tonnes par an », indique Damien Chambolle qui annonce une mise en service en 2026 si l'Europe confirme son appui financier d'ici fin 2021. Le process prévoit également l'injection d'hydrogène « vert » (provenant d'énergies renouvelables) fourni localement par un électrolyseur à grande échelle. Le site Kem One de Fos devrait être conduit à le fournir, si les discussions engagées aboutissent. A terme, de l'hydrogène pourrait aussi servir à la fusion du minerai de fer en haut-fourneau, en substitution du charbon. « Nous accélérons ainsi la circularité de l'économie », renchérit Bruno Ribo.

Cette ambition se retrouve dans l'autre axe de décarbonation de l'unité fosséenne puisqu'il implique d'ici à 2030 la réalisation de nouvelles installations et un réaménagement de la chaîne logistique afin de multiplier par dix en dix ans l'utilisation d'aciers recyclés dans les procédés de fabrication de l'acier. « Les deux-tiers de la réduction de nos émissions de CO2 seront assurés par le recyclage accru des aciers, le tiers par la solution "smart carbon" », indique Bruno Ribo.

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