AccueilEconomieAlain Gargani : « Beaucoup de jeunes vont vers l’entrepreneuriat »

Alain Gargani : « Beaucoup de jeunes vont vers l’entrepreneuriat »

Moral des chefs d’entreprise, contexte économique… A quelques jours de la finale régionale des Trophées des entrepreneurs positifs, entretien avec Alain Gargani, le président de la CPME Sud.
Alain Gargani est le président de la CPME Sud.
Robert Poulain - Alain Gargani est le président de la CPME Sud.

Economie Publié le , Propos recueillis par Frédéric DELMONTE

Les Nouvelles Publications : Comment se portent les chefs d’entreprise ?

Alain Gargani :Après avoir traversé la crise de la Covid-19, l’augmentation du coût des matières premières, les difficultés d’approvisionnement en carburant, les conséquences de la guerre en Ukraine, les entrepreneurs sont confrontés à l’explosion des prix de l’énergie… Cela fait beaucoup pour eux, non ? Un grand nombre d’entre eux sont désabusés, surtout à un moment où il faut rembourser le Prêt garanti de l’Etat (PGE).


Depuis les mois de juin et juillet, le nombre de défaillances repart dans les tribunaux de commerce. J’en ai discuté avec le président du tribunal de commerce d’Avignon, notamment. Avant les entreprises se mettaient en sauvegarde. Maintenant, elles vont directement en liquidation…

Comment l’expliquez-vous ?

Par le ras-le-bol du chef d’entreprise, qui après s’être pris les derniers tsunamis se dit « stop ». Nous ne sommes pas encore inquiets, mais il faut être très vigilant et suivre l’évolution de ce phénomène. D’où l’importance de jouer collectif pour accompagner les chefs d’entreprise et les représenter.

Quel message faites-vous passer à ces entrepreneurs ?

Dès qu’ils rencontrent des difficultés, il faut que ces chefs d’entreprise ne restent pas isolés et qu’ils se rapprochent d’organisations patronales, comme la CPME. On peut les aider, les accompagner et les protéger. Dans ce moment-là, il ne faut pas rester seul.

En quoi ces crises rappellent-elles l’utilité des organisations patronales ?

Les organisations patronales ont joué leur rôle : être au contact des entrepreneurs, faire remonter leurs difficultés, représenter les chefs d’entreprise auprès des différents organismes, des préfectures et du gouvernement. Pour parler de mon organisation, nous avons été là au niveau départemental, régional ou national. Nous avons été sur tous les combats pour porter la voix de la PME et TPE.


Le dernier en date : on a fait sortir l’Excédent brut d’exploitation (EBE) des critères pour que le gouvernement aide les entreprises confrontées aux hausses du coût de l’énergie. C’est un combat quotidien avec les institutions. Un des combats reste le bouclier fiscal européen. C’est la seule solution pour éviter la casse cet hiver.

Cette hausse du coût de l’énergie constitue-t-elle une véritable inquiétude pour vous ?

Un exemple : dans une PME de notre région, la facture d’électricité va passer de 150 000 à 600 000 €. Il y a vraiment danger…

L’entrepreneuriat,« c’est la plus belle aventure du monde », aux yeux d’Alain Gargani. (Crédit : Robert Poulain)

Dans ce contexte, les PME peuvent-elles augmenter les salaires comme le suggère le gouvernement ?

Il y a l’augmentation du coût de l’énergie, il y a l’augmentation du coût des matières premières et il y aurait l’augmentation des salaires pour les entreprises ? Admettons. Alors si vous êtes boulanger, qu’est-ce que vous faites ? Vous augmentez le prix de votre baguette ? Mais est-ce que le consommateur est prêt à payer plus cher ?

Dans la vraie vie, le commerçant ne peut pas augmenter comme ça son prix de vente pour faire face aux autres augmentations qu’il doit absorber. Il faut raison garder. Une des solutions est de diminuer les taxes du montant de l’augmentation des salaires.

Les entreprises connaissent toujours des difficultés de recrutement. Comment l’expliquez-vous ?

C’est incroyable ce qui nous arrive… Plusieurs phénomènes l’expliquent. L’envie et le goût du travail, tels que nous les avons connus il y a quelques années, ont changé. Les nouvelles générations ont un rapport différent au travail. Sur cette question, à nous chefs d’entreprise de nous réinventer. C’est ce que nous faisons en modifiant les conditions de travail au sein des entreprises.


On repense le modèle des entreprises, ce qui n’est pas facile. L’envie des loisirs, du temps hors de l’entreprise deviennent plus fortes que l’envie du travail. Ce phénomène met en danger le pays, car des entreprises ne produisent plus. Dans la restauration, des établissements ferment certains jours, ou à midi, faute d’employé. On est au bout d’un système à repenser pour changer cet état d’esprit.

L’envie de devenir entrepreneur ne fait plus rêver ?

On sait que les jeunes qui arrivent dans les entreprises ne vont pas forcément y faire carrière, ni y rester longtemps, et qu’ils ont envie d’autonomie. Ils ont des envies de se lancer dans l’entrepreneuriat. J’en suis heureux et nous accompagnons ce phénomène à la CPME. Je suis aussi engagé dans des coachings de jeunes entrepreneurs. Cela m’enthousiasme.

Beaucoup de jeunes vont vers l’entrepreneuriat. Je les pousse à y aller. C’est la plus belle aventure du monde. Pour réussir, il n’y a qu’un secret : c’est le travail. Si on croit qu’en travaillant deux heures et en faisant six heures de surf par jour on va réussir, ce n’est pas vrai… Il faut inverser la tendance. Sans travail pas de réussite.

La remise des prix des Trophées des entrepreneurs positifs l’année dernière, à Avignon. (Crédit : Archives CPME Sud)

Quelles sont les valeurs que vous voulez mettre en avant à travers les Trophées des entrepreneurs positifs, qui se sont tenus dans tous les départements et dont la finale est à Gap (Hautes-Alpes) le 17 novembre ?

Pour être entrepreneur, il faut avoir un état d’esprit positif. Toujours voir le verre à moitié plein. De chaque difficulté, on doit se dire que l’on va grandir, de chaque échec qu’on va grandir encore plus vite, et on partage les réussites. On n’a pas besoin de personnes extérieures pour nous accompagner dans la gestion de nos salariés. Le chef d’entreprise a un contact direct.


Au travers des trophées, on a voulu récompenser les entrepreneurs sur leurs qualités humaines : la bienveillance, l’éco-responsabilité, le courage. Dans ces trophées, on ne prime pas le chiffre d’affaires, mais l’homme au cœur de l’entreprise et on sort de belles histoires, à Gap, Avignon, ou ailleurs… C’est un éclairage sur des gens qui ont un parcours de vie incroyable et une humanité qui sort de l’ordinaire.

Le mot bienveillance revient souvent. Il y a un trophée de la bienveillance. En quoi cette valeur est-elle importante pour vous ?

On l’a formalisé cette valeur. Elle était là depuis longtemps, mais ces derniers temps, on y travaille de façon plus ouverte. Elle est au cœur des valeurs que nous voulons mettre en avant.

Quel est le fil commun des trophées dans les départements ?

Cet évènement est incroyable. Quel que soit le département, il se passe la même magie, avec de l’émotion et des larmes pour des entrepreneurs qui n’auraient jamais pensés être récompensés par leurs pairs.

Comment mettent-ils en avant la CPME ?

Ils nous permettent d’installer la marque de la CPME : l’humain avant tout ! Ils rappellent également que la CPME ne vit pas sans ses territoires et le travail effectué par ses équipes sur le terrain.

Il faut rendre hommage aux élus de la CPME dans les départements et à leurs permanents qui sont engagés avec un état d’esprit positif. Des équipes qui sont là pour aider et accompagner les entrepreneurs.

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