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Aix-en-Provence : la Justice s’intéresse au couvent des Prêcheurs

L’avenir de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence passera-t-il par l’acquisition du Couvent des Prêcheurs ? La justice a manifesté son intérêt pour acheter ce bâtiment historique qui devait un temps accueillir le musée Picasso.
L’avenir de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence passera-t-il par l’acquisition du Couvent des Prêcheurs ?
M. Debette - L’avenir de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence passera-t-il par l’acquisition du Couvent des Prêcheurs ?

Immobilier Publié le , Martine Debette et William Allaire

Que va devenir le Couvent des Prêcheurs ? Après six ans d’attente, cet ancien édifice religieux construit place des Prêcheurs à Aix-en-Provence va peut-être trouver une nouvelle vie. Il ne sera pas reconverti en musée Picasso, comme il en a été question un moment (lire notre encadré) mais certainement en extension de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence. Il en a été question lors de l’audience d’installation des magistrats début septembre. Renaud Le Breton de Vannoise, premier président de la cour d'appel d'Aix, a ainsi déclaré : « Nous avons récemment été informés que nous étions parvenus à convaincre le ministre de la Justice d’acquérir le couvent des prêcheurs, situé sur la place des prêcheurs qui jouxte la place de Verdun, celle-là même par laquelle on accède à notre palais. »

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« Une chance inespérée pour notre cour »

Lorsqu’il a appris qu’un appel d’offres était lancé (en mars 2022), le premier président s’est rendu sur les lieux. Il a tout de suite été convaincu par « l’espace formidable », même si des travaux très importants seront nécessaires pour le transformer en palais de justice. Une opération qui, selon le chef de cour, pourrait représenter une part importante d’une année du budget global annuel du ministère de la Justice consacré à l’immobilier des services judiciaires.

Marie-Suzanne Le Quéau, procureure générale, et Renaud Le Breton de Vannoise, premier président de la cour d'appel d'Aix. (Crédit : Martine Debette)

« Cette décision de l’État de se porter acquéreur de ce site chargé d’histoire, en particulier judiciaire, est une chance inespérée pour notre cour, d’autant que le ministère aura concomitamment à financer la construction, annoncée par le Garde des sceaux, d’un palais de justice à Marseille. Marseille qui a des compétences interrégionales, voire nationales spécialisées, notamment, le maritime, le militaire, la santé publique, etc., couvrant pour certaines tout l’axe méditerranéen, et qui doit en raison de son intérêt national, faire l’objet d’un financement n’entrant pas en concurrence avec celui des projets du ressort de la cour, tout comme cela a d’ailleurs été le cas pour Paris », précise Renaud Le Breton de Vannoise. En effet, les projets locaux ne manquent pas avec la construction du palais de justice de Toulon et, potentiellement, des extensions de juridictions à prévoir à Grasse, Nice, Draguignan, etc.

Une enveloppe de 66 M€ pour une restructuration

« La salle des pas perdus du palais Verdun à l’architecture grandiose, héritage de l’histoire, est une vitrine éblouissante. Pour autant, ce palais n’est pas facile à habiter et les locaux de travail sont trop étroits, les salles d’audience trop peu nombreuses. La cour est, de surcroît, éparpillée sur plusieurs sites, mais elle bénéficie d’ores-et-déjà d’une enveloppe de 66 millions d’euros, votée en loi de finances, pour entreprendre sa restructuration. L’objectif est non seulement d’améliorer les conditions d’accueil et les conditions de travail, mais aussi de réunir la cour dans un périmètre plus étroit pour en renforcer la cohésion », indique Renaud Le Breton de Vannoise.

Le projet de transformation, mené conjointement avec la procureure générale, Marie-Suzanne Le Quéau, consiste, entre autres, à gagner de l’espace en repensant l’agencement intérieur, à rénover les salles et les bureaux dont certains prennent l’eau lorsqu’il pleut, etc. L’acquisition du couvent des Prêcheurs, si elle se concrétise, pourrait changer la donne. Des travaux coûteux pour intensifier l’occupation au sein du palais Verdun, siège historique de la cour, pourraient être évités et l’économie ainsi réalisée être consacrée à la transformation du couvent des Prêcheurs.

Un véritable enjeu !

« Cette acquisition représente un vrai enjeu. Nous sommes dans une dynamique d’extension. Si l’option d’acquisition du couvent des Prêcheurs n’aboutit pas, soit la cour d’appel reste éclatée sur plusieurs sites, soit il faudra trouver une autre solution, un autre site qui pourrait rassembler tous les services. Mais où ? A Aix-en-Provence, lieu historique ? A Marseille, qui a une certaine légitimité ? Pour l’instant, nous n’avons pas de solution alternative », constate le premier président.

Actuellement, la surface occupée par la juridiction sur ses différents sites (Palais Verdun et Palais Monclar à Aix-en-Provence, pôle social sur le pôle d’activité d’Aix-en-Provence) est de l’ordre de 22 000 m2. Le besoin, évalué très approximativement par les chefs de cour, est de l’ordre de 30 000 m2. Le couvent des Prêcheurs et ses quelques 4 700 m2 répartis en cinq bâtiments, auxquels s’ajoutent des cours et jardins sur plus de 2 000 m2, permettraient de rapprocher tous les services en centre-ville et apporteraient une réelle réponse aux besoins de la deuxième cour d’appel de France.

Couvent des Prêcheurs : six ans d’attente

Depuis cinq ans, le devenir de l’ancien couvent des Pêcheurs s’écrit en pointillés. En 2017, la municipalité de Maryse Joissains avait mis fin à la négociation engagée deux ans plus tôt avec Jacqueline Hutin, la belle-fille de Pablo Picasso pour installer un musée dédié au père du cubisme dans cet écrin du XIIIe siècle niché en plein centre historique. A l’époque, France Domaine estimait à 12,6 M€ HT la valeur de cet édifice en jachère (4 720 m2 de surface de plancher) depuis la fermeture douze mois plus tôt du collège installé dans ses murs. Fin 2021, la Ville d'Aix avait lancé un appel à projets pour la reconversion de l’ancien couvent. Dans son appel à candidatures, elle avait fixé son ambition : le projet devait d’une part « contribuer à l'embellissement de la ville ainsi qu'à la dynamisation économique de la partie Est du centre-ville », et d’autre part « mettre en valeur cet élément significatif du patrimoine Aixois » en veillant à son insertion dans son environnement proche qui comprend notamment l’église de la Madeleine.

Au printemps 2022, deux groupements avaient été retenus : deux équipes avec pour têtes d’affiche la société One Point associée avec l’architecte Corinne Vezzoni d’une part, et le groupe Coffim avec Christophe Gulizzi d’autre part. Dans la foulée, un grain de sable était apparu : un groupement candidat considérait que son dossier avait été recalé « à tort » lors de l’ouverture des plis. Une mise au ban injustifiée qui imposait « de réexaminer ce dossier afin de ne pas commettre une erreur et qu’il y ait égalité de traitement », avait indiqué Sophie Joissains, la maire d’Aix lors du conseil municipal du 20 mai.

Vingt-huit magistrats intègrent la cour d’appel d’Aix-en-Provence

Entre temps, la Chancellerie était entrée dans la danse. Silencieuse depuis le début des tractations pour trouver un avenir à ce bâtiment qui jouxte les palais Verdun et Monclar, sièges de la cour d’appel, le ministère de la Justice a déclaré son intérêt pour le site. Un intérêt confirmé publiquement début septembre 2022 par le premier président de la cour d’appel lors de l’installation des nouveaux magistrats. Dans un entretien accordé à nos confrères de La Provence le 24 septembre, Sophie Joissains a affirmé qu’elle voyait d’un très bon œil cette marque d’intérêt de la part des services de justice. Laissant entendre que l’appel à projets lancé par la municipalité pourrait être déclaré sans suite. Une possibilité d’abandon qu’elle avait martelé à plusieurs reprises depuis un an. Reste désormais à la Chancellerie la mission de budgéter l’acquisition ainsi que les travaux de remise à niveau de l’ancien couvent. Une cure de jouvence qui sera évidemment supervisée par l’architecte des bâtiments de France (ABF). Si le ministère débloquait les crédits, les Prêcheurs pourraient accueillir une nouvelle annexe de la cour d’appel. Et devenir, hors Paris, le plus gros site judiciaire de France avec près de 130 magistrats.

Mais avant d’arriver là, la prudence est de mise : avec les mésaventures du nouveau tribunal judiciaire (ex TGI), Aix a payé pour savoir que les décisions du ministère sont à géométrie... et budgets variables. Seule certitude : six ans après le départ des collégiens et des professeurs, l’ancien couvent devrait rester fermé et inoccupé pendant de longs mois. Encore. Car en matière immobilière, la justice sait souvent jouer la montre...

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