AccueilEconomie« 60 000 rebonds » se déploie à Salon-de-Provence

« 60 000 rebonds » se déploie à Salon-de-Provence

Subir une liquidation judiciaire n’est pas une expérience rédhibitoire pour un entrepreneur, à condition d’être bien entouré. L’association l’a martelé au Tribunal de Commerce de Salon-de-Provence en croisant les regards de professionnels.
C.Kovarik (tribunal de commerce Salon), C. Miquel (avocate), C.Peres (expert-comptable), B.Porteu de la Morandière (bâtonnier), C.de Saint-Rapt (administrateur judiciaire), E.Verrechia (mandataire judiciaire) et R.Wauters (60 000 rebonds Sud).
Jean-Christophe Barla - C.Kovarik (tribunal de commerce Salon), C. Miquel (avocate), C.Peres (expert-comptable), B.Porteu de la Morandière (bâtonnier), C.de Saint-Rapt (administrateur judiciaire), E.Verrechia (mandataire judiciaire) et R.Wauters (60 000 rebonds Sud).

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Une liquidation judiciaire reste un drame pour le dirigeant qui y est confronté, mais elle n’est pas une condamnation à vie dans son parcours professionnel. Lui apprendre à sortir de son sentiment d’échec pour se reconstruire et retrouver le désir de créer, d’agir, tel est l’objectif de l’association 60 000 rebonds.

Elle est venue exposer son activité le 17 octobre à Salon-de-Provence, au sein du Tribunal de Commerce, en conviant plusieurs experts (avocat, mandataire, administrateur judiciaire, expert-comptable…) conduits à épauler et conseiller les chefs d’entreprise dans une période délicate. « Notre idée est de croiser les compétences et les regards pour aider à sortir de l’isolement », a indiqué Charlotte Miquel, avocate au Barreau d’Aix-en-Provence, et bénévole de l’association, en introduction. Pour son Bâtonnier, Benoit Porteu de la Morandière, « il importe d’informer, de guider, d’orienter pour que chaque dirigeant sache à quelle porte taper et comment s’inscrire dans un schéma d’accompagnement qui lui permettra de retrouver confiance et enthousiasme, là où il n’y en a plus, pour se projeter à nouveau ».

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Vice-président de 60 000 rebonds Sud, Raynald Wauters a insisté sur l’importance de « se connecter à l’écosystème » juridique et financier « pour apprendre à tourner la page », mais pas seulement, évoquant l’appui de coaches, qualifiés "d’éléments-clés" du processus de remise en marche, voire de psychologues. La démarche paie. « 94 % des chefs d’entreprise que nous accompagnons rebondissent, la moitié dans un nouveau projet d’entreprise, l’autre moitié dans le salariat, assure-t-il. Les premiers effets sont notables au bout de six mois, le rebond s’opère dans les 18 mois ». Lui-même est passé par « un désarroi profond », au point de connaître un « burn-out ». « Face à 60 000 rebonds, il y a enfin quelqu’un qui comprend ce que l’on dit. Le talent ne change pas, c’est la carapace qui doit changer. Un entrepreneur qui repart de l’avant a fait son travail intérieur ».

Ne jamais rester seul

Aux yeux des intervenants, il serait d’autant plus dommageable de se laisser emporter par la détresse qu’une multitude de dispositifs existe pour éviter d’y plonger. À commencer par la prévention, avant même la liquidation… Juge au tribunal de commerce de Salon, Christian Kovarik admet que la France n’est pas très exemplaire dans le domaine. Elle a néanmoins acté des procédures. « Le tribunal de commerce a un rôle de détecteur de signaux orange pour faire prendre conscience au chef d’entreprise de difficultés. Mais il y a aussi l’acte volontaire du dirigeant pour solliciter un mandataire ad hoc ou un conciliateur. Plus il s’y prend tard, moins il y a de chances de succès ». Expert-comptable, Charles Peres insiste aussi sur la nécessité de bien bâtir en amont les fondations juridiques de son entreprise et de ne pas rester seul, ni pour les constituer (statut, conditions de vente…), ni lorsque les épreuves pointent. « Dans les affaires, il n’y a pas que des gens bien, au moindre doute, mieux vaut faire appel à un professionnel », rappelle-t-il, arguant qu’il ne s’agit pas seulement de « tourner la page » mais d’aider à « ouvrir un nouveau livre ».

Pour Charles de Saint-Rapt, administrateur judiciaire, le professionnel peut repérer la « crise morale » que vit l’entrepreneur pendant la période de liquidation. « C’est là qu’il peut orienter vers 60 000 rebonds. Nous restons des professionnels de la procédure collective, nous ne pouvons pas aller aussi loin que l’association, mais il faut réussir à recréer les conditions de la confiance ».

Des outils à exploiter

Éric Verrecchia, mandataire judiciaire, a retracé toutes les mesures qui ont allégé la charge des menaces et responsabilités sur le dirigeant, sa « stigmatisation sociale » et facilité son « droit au rebond », notamment par l’effacement de la dette et la différenciation des patrimoines personnel et professionnel. Il regrette cependant que si le droit est riche en boite à outils, cette boite est parfois trop chargée pour que l’entrepreneur déniche par lui-même les outils les plus ajustés à sa situation. « Le professionnel est indispensable pour se démêler dans les procédures », ajoute-t-il.

En conclusion, Raynald Wauters a invité chacun à s’impliquer comme « volontaire » pour apporter sa contribution à d’autres milliers de rebonds. « Que ce soit en entrepreneur ou en salarié, quel que soit l’âge, le sexe, l’activité, c’est une histoire humaine que l’on remet sur un chemin », résume-t-il.

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