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Yann Arnoux-Pollak, bâtonnier de Marseille « En période difficile, le barreau de Marseille se doit d'être encore plus présent »

le - - Droit et Chiffre

« En période difficile, le barreau de Marseille se doit d'être encore plus présent »
Marion Tetti - Yann Arnoux-Pollak, bâtonnier de Marseille.

Yann Arnoux-Pollak le bâtonnier de Marseille revient sur la mobilisation des avocats pendant le confinement et dans les prochaines semaines. Il entend que le barreau poursuive son engagement auprès des citoyens et des entrepreneurs en difficultés.

Les Nouvelles Publications : A la fin du confinement le Conseil national des barreaux a réalisé un sondage qui a révélé qu'un quart des avocats envisageaient de quitter la profession pour des raisons économiques. Comment se portent vos confrères ?
Yann Arnoux-Pollak : Pour l'heure, il est prématuré de tirer des conclusions sur l'état financier de l'ensemble du barreau. On en saura plus sur l'impact économique sur la profession en septembre. Pour autant, il y a une réalité : pendant le confinement les confrères ont continué à exercer leur profession, à distance, dans l'intérêt de leurs clients. Ils se sont adaptés. Il y a eu une continuité de l'activité individuelle et collective. Le barreau de Marseille a poursuivi ses consultations gratuites, à distance. Nous avons aussi mis en place un numéro vert pour les violences intra familiales. Le barreau a également participé au soutien des entreprises en difficulté via la cellule Covid-19 mise en place par la préfecture et la CCI Aix-Marseille Provence.

Est-ce que la profession a suffisamment été soutenue par l'Etat ?
Le Gouvernement a mise en place, en urgence, des aides, sans pour autant penser à la spécificité des avocats. Les avocats existent, mais ont l'habitude d'intervenir pour les autres et pas forcément pour eux… Mais nous avons pu faire entendre notre voix, la nécessité d'adapter certaines aides à notre profession et le Gouvernement a corrigé le tir, notamment sur les difficultés de garde d'enfants rencontrées par nos confrères. Il y a aussi une réalité économique : les aides mises en place ne sont pas des dons… Il y aura une nécessité de rembourser. Même les quotitions suspendues, il faudra à un moment les régler.


Lire aussi : Marc Bollet, avocat au barreau de Marseille : « Les avocats et professionnels de la justice méritent respect et considération »


Comment a fait face le barreau et quel rôle peut jouer l'institution que vous dirigez pendant les prochains mois ?
A vrai dire, je suis toujours parti du principe que le rôle du barreau n'est pas fonction de l'actualité. Le barreau a toujours vocation à être là pendant les bonnes et les mauvaises périodes. Il est là, notamment, pour aider le citoyen et la cité. En période difficile le barreau de Marseille se doit d'être encore plus présent. Rappelez-vous pendant les effondrements de la rue d'Aubagne, le barreau et les avocats se sont mobilisés à 2 000 %. Pendant la crise du Covid-19 nous avons fait de même. Le barreau, les membres du Conseil de l'ordre, des commissions, les avocats, sont restés en lien, mobilisés, connectés et présents. Même quand Maison de l'avocat a dû fermer, pour des raisons sanitaires, nous étions toujours là. Les justiciables pouvaient nous joindre par un répondeur et ils étaient recontactés. On a créé une cellule de médiation par rapport à la fermeture des juridictions pour proposer aux justiciables de la médiation. Une trentaine d'avocats y a participé. C'est ça la force d'un collectif : on est une force de frappe et quand il y a des difficultés, on est là. Il n'y a pas eu de rupture et cette crise a montré notre faculté d'adaptation, même si, comme tout le monde, nous avons été impactés par le confinement, le sentiment d'isolement.

La Maison de l'avocat a-t-elle rouvert ses portes ?
Elle a rouvert, mais pour l'instant, en raison des précautions sanitaires à prendre, toujours en mode dégradé. C'est-à-dire que nous n'avons pas encore repris les consultations gratuites en rendez-vous physique. Mais elles seront réorganisées très vite.

Comment vont être organisées les élections du prochain bâtonnier pour tenir compte des contraintes sanitaires ?
Elles ont été décalées à fin juin. Pour des raisons sanitaires évidentes, le Conseil de l'ordre a pris la décision, en lien avec les trois candidats, Fabien Dupielet, Jean-Raphaël Fernandez et Nathalie Olmer d'organiser un vote électronique. C'est la première fois qu'un tel vote est organisé. On verra si ce procédé sera réutilisé.

Est-ce que cette crise pousse le barreau à se réinventer ?
Mon mode de fonctionnement est en trois temps : je suis confronté à une situation, j'essaie de trouver une solution et ensuite de prendre le temps de la réflexion, collective de préférence, pour voir si la solution apportée a été la bonne. Nous allons profiter de l'été pour voir si les adaptations mises en place sont pérennes. Par exemple, pendant le confinement il n'a pas été possible de rassembler physiquement le Conseil de l'ordre un fois par mois, comme nous le faisions. Mais comme la situation exigeait des réponses rapides, nous avons pu le réunir toutes les semaines par visioconférence.

Les travaux à la Maison de l'avocat ont-ils repris ?
Le chantier a repris, parce ce que sa livraison, celle de la crèche en particulier, est attendue. Nous aurons pris deux à trois mois de retard. Nous avons eu toutes les autorisations et l'objectif est d'avoir notre crèche avant la fin de l'année. Cette ouverture sera un beau symbole de rassemblement, de jeunesse et d'avenir.

Comment va fonctionner le barreau dans les prochains mois, notamment pour les colloques, formations, réunions, etc… ?
Pendant la période du confinement les formations à distance ont été organisées à un rythme phénoménal : une par jour. On a voulu proposer des formations et en même temps garder le contact entre les avocats. Pour l'instant nos colloques sont à l'arrêt, mais on va les reprendre rapidement.

Quel regard portez-vous sur le fonctionnement de la justice pendant le confinement et en ce moment ?
Il faut savoir que si la justice a pu fonctionner, même de façon ralentie, cela tient à l'investissement conjoint des magistrats, du greffe et des avocats. Les avocats se sont notamment adaptés en acceptant des formulations d'actes par mails, des procédures sans audience, ou en déposant directement les dossiers. On a accepté de le faire de façon temporaire. Un travail collectif, la main dans la main, a été mis en place pour faire en sorte que la justice fonctionne au mieux, même si, en tant qu'avocat, on aurait voulu faire plus. La justice a pu continuer à fonctionner parce qu'il y a eu ces investissements humains face à un manque de moyens numériques. Quand j'étais en période d'élection au bâtonnat, le Gouvernement voulait accélérer le développement numérique, et sauf erreur, voulait y investir 500 millions d'euros. C'était en 2018. On en est là en 2020 et on s'est rendu compte que les magistrat et greffiers avaient des difficultés à télétravailler, pas suffisamment d'ordinateurs... J'espère que nous ne vivrons plus cette période et que le Gouvernement en tirera les conséquences. On ne peut pas tout faire supporter à l'humain.

Propos recueillis par Frédéric Delmonte




Frédéric DELMONTE
Journaliste

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