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Le jeune barreau d'Aix-en-Provence a fait sa rentrée

le 24 juillet 2017 - Martine DEBETTE - Actualité juridique

Le jeune barreau d'Aix-en-Provence a fait sa rentrée
M. Debette - Me Philippe Klein, bâtonnier d'Aix-en-Provence

C'est au conservatoire Darius Milhaud que s'est déroulée la rentrée solennelle de la Conférence du jeune barreau d'Aix-en-Provence. Une rentrée à laquelle participaient de nombreuses autorités du monde juridique de France et d'ailleurs, sans oublier des élus.

Elus suite à un concours, Me Thibault Brenti et Me Charlotte Perez, respectivement premier et deuxième secrétaire de la conférence, ont régalé l’assistance grâce à leur aisance à faire jouer et à se jouer des mots sur des sujets insolites et, honnêtement, pas très simples à aborder. Première à passer sur scène, Me Charlotte Perez sur le thème : « Guacamole ou crevette » ! Si la crevette a quelque peu été exclue de ses propos, le guacamole lui a permis d’offrir un discours croisé autour de l’avocat, passant au crible les avantages et les contraintes d’un « fruit comestible, à part, multi-usage, véritable caméléon qui a su s’adapter aux évolutions », abordant avec ironie : « Consommé en salade autrefois, on le trouve aujourd’hui sous une sorte d’avocat-box permettant de bénéficier de multiples services », évoquant « le coût de l’avocat qui dépend du prix du marché. Ce qui n’en fait pas pour autant un fruit juteux. » Bref un discours adroitement mené qui a déclenché des rires dans l’assistance.

Humour et réalité, c’est ce qui caractérise le discours de Me Thibault Brenti qui a planché sur le thème : « Réussir sa rentrée, est-ce préparer sa sortie ? ». Il a démarré par « 7 h 05, lundi 12 janvier. Au premier temps de la valse… », avant de raconter l’histoire d’un jeune homme, peut-être le narrateur, qui se voit avocat et remonte le temps depuis son enfance jusqu’à la plaidoirie en passant par les bancs de l’amphithéâtre Portalis de l’université. L’avocat devient un peu le héros d’un rêve imaginaire bien réel. Il ressent et transmet sa passion, évoque le pouvoir de l’inspirer, de l’expliquer, de l’analyser. Le tout en jouant sur les valeurs de l’avocat sur un ton qui, s’il se veut badin et talentueux, pourrait fortement ressembler au parcours vécu du premier secrétaire de la conférence.

L’avocat, l’​Etat, le citoyen

Me Philippe Klein, bâtonnier d’Aix-en-Provence, s’est attaché à un de ses sujets favoris, plaçant au cœur de son propos l’avocat, l’Etat et le citoyen. Une véritable plaidoirie de défense de la profession, attaquant certaines pratiques qui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, interdisent l’accès au couloir des magistrats et des greffes. Il a réaffirmé la place qu’il juge prépondérante de l’avocat : « L’avocat est partout où on a besoin de lui, et même là où on ne voudrait pas qu’il soit. C’est pour cela qu’on voudrait bien le faire disparaître ou le réduire au silence. Jamais la profession d’avocat n’a été la cible du pouvoir comme elle l’a été ces dernières années. Les atteintes sont trop nombreuses : incompatibilité du statut d’avocat avec les fonctions électives, atteinte au secret professionnel, banalisation des écoutes téléphoniques, assimilation des avocats au public ou diabolisation de leur défense, atteinte aux droits fondamentaux par les réformes de procédure destinées, on le sait, à réduire ou à empêcher les voies de recours (nouvelle réforme de la procédure d’appel), destruction sous de faux prétextes du maillage territorial de la profession d’avocat au profit du justiciable, concentration des lieux de justice qui constitue en réalité un éloignement de la justice pour le citoyen, interdiction de l’oralité sans laquelle, pourtant, il n’y a pas de publicité des débats et qui revient donc à nier toute humanité. » Il s’est dit très attristé du peu d’enthousiasme de certains magistrats à défendre cette oralité, ajoutant : « Ils devraient pourtant avoir conscience qu’ils sont en train, ce faisant, de planter les graines de leur propre disparition ».

Pour veiller à la profession, le bâtonnier voit d’un bon œil la création d’un poste de bâtonnier des bâtonniers, « le bâtonnier de France qui pourrait fédérer et représenter les 65 000 robes noires ». Avec humour, il a poursuivi : « Vous me direz, il n’y aura jamais de candidat ! Je vous rassure, je serai candidat. Mais avec une seule promesse de campagne : dans l’heure où je serais élu, je démissionnerais […] pour me consacrer à la mission fondamentale de l’avocat : défendre, défendre, défendre. »

La défense​ de la robe

« Qu’est-ce qui différencie un juriste d’un avocat ? », a questionné Me Klein avant d’apporter sa propre réponse : « C’est la robe. La robe, c’est une avancée unique, tellement porteuse de sens qu’elle est redoutée au point que certains, dans nos rangs, œuvrent pour qu’elle disparaisse. La robe, c’est ma vie, c’est ma raison d’être, c’est moi. » Puis il s’est insurgé contre le terme « auxiliaire de justice » dont certains qualifient les avocats, donnant la définition de ce mot : « Auxiliaire, c’est quelque chose qui est accessoire […], insignifiant. Je ne suis pas un auxiliaire de justice, je suis un faiseur de justice, un porteur de justice, un révélateur de justice. Avocat, c’est le défenseur de justice. »

Et le futur TGI d’Aix-en-Provence ?

Difficile pour le bâtonnier de ne pas évoquer l’arlésienne que constitue le futur Tribunal de grande instance (TGI) d’Aix-en-Provence : « Je n’ai aucune nouvelle ! Mais pas de nouvelle, bonne nouvelle. » Interpellant ceux qui estiment qu’il est déjà sous-dimensionné, il prévient : « Attention, ne tuez pas le tribunal avant la pose de la première pierre. Vos revendications, aussi légitimes soient-elles, ne doivent pas donner à nos adversaires, voire aux concepteurs du projet, des arguments susceptibles de les faire changer d’avis. »

Les talents qui créent la surprise

Des intermèdes mêlant danse et musique ont ponctué cette rentrée. Quoi de plus naturel dans ce conservatoire, temple de la vie musicale et chorégraphique, me direz-vous ! Sauf que les artistes qui se sont produits sur scène multiplient les talents. Première surprise avec Me Talissa Abegg qui avant de devenir avocate au  barreau d’Aix-en-Provence, a été petit rat de Paris. Elle n’a pas hésité à troquer la robe d’avocat pour les chaussons de danse, accompagnée au piano par Me Negar Haeri du barreau de Paris. Deuxième surprise avec un morceau au piano joué à quatre mains par l’avocate Me Negar Haeri et le - célèbre - magistrat parisien, Renaud Van Ruymbeke.



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