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"La Friche est devenue un projet bien plus vaste qu'à ses débuts"

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"La Friche est devenue un projet bien plus vaste qu'à ses débuts"
Caroline Dutrey - La Friche fêtera ses 25 ans le week-end du 9 et 10 décembre prochain.

Entretien exclusif. A quelques jours de la grande journée anniversaire des 25 ans de la Friche la Belle-de-Mai, le 9 décembre, nous avons rencontré son président et son directeur. L'ancien bâtonnier Marc Bollet et Alain Arnaudet forment un binôme soudé et sincèrement passionné par leur mission. Ensemble, ils reviennent sur les enjeux de ce projet unique en Europe.

Les Nouvelles Publications : Comment se sont passées vos nominations respectives à vos postes ?
Marc Bollet : C'est Philippe Foulquier, fondateur de Système Friche théâtre, structure originelle de la Friche, qui m'a demandé de prendre cette fonction il y a sept ans. Après d'illustres présidents tels que l'architecte Jean Nouvel ou le cinéaste Robert Guédiguian, il souhaitait que le nouveau ne soit pas issu du milieu culturel.
Alain Arnaudet : J'ai appris fin 2010 l'appel à projet pour prendre la direction de la Friche, une structure que je connaissais déjà en tant que « voisin », puisque j'ai été administrateur des Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Je sentais qu'ici, il y avait quelque chose à faire. Je rentrais à l'époque de l'étranger et avec l'échéance de MP2013, je savais qu'il y avait là un énorme challenge à vivre.

La Friche a donc 25 ans cette année. Nous sommes aujourd'hui bien loin du joyeux bazar que le lieu était à ses débuts…
A.A. : Bien sûr ! Quand 40 M€ sont investis dans un projet, forcément le management évolue. Une certaine professionnalisation s'est mise naturellement en place, au fil des années.
M.B. : La Friche est devenue un projet bien plus vaste qu'à ses débuts, associant désormais à sa vocation culturelle, une dimension sociale et éducative.

N'y a-t-il pas un décalage entre les ambitions des lieux et la réalité du quartier de la Belle-de-Mai, l'un des plus pauvres de Marseille ?
M.B. : Bien sûr que la Belle-de-Mai reste malheureusement un quartier encore très défavorisé. Nous avons longuement réfléchi avec Alain à ses différentes problématiques. Comment faire venir ici ses habitants et plus particulièrement les jeunes ? Grâce à un tissu associatif riche, nous avons trouvé les outils pour le faire. Que ce soit par le côté ludique d'un skate park ou de terrains de sports, ou par le côté plus didactiques d'ateliers divers. Aujourd'hui, la Friche est remplie de gosses et c'est une grande fierté ! La Friche est et doit rester un véritable espace public, à la disposition de tous, à commencer par ceux du 3e arrondissement de Marseille.

La synergie entre les différents acteurs est-elle réelle ?
M.B. : La Friche est devenue une SCI, avec pour principe « un membre, une voix ». C'est fondamental cette direction collégiale, doublée d'une adhésion générale. Ce projet formidable repose aussi bien sur les artistes, que sur les partenaires, ou les Marseillais eux mêmes.

Où en est le projet d'y construire une école primaire ?
A.A. : Nous avançons bien et cette journée du 9 décembre, où l'ensemble des acteurs régionaux et nationaux seront présents, fera date nous l'espérons. La Friche a déjà cette vocation éducative en accueillant le 3e cycle des Beaux-Arts de Luminy. Nous avons aussi depuis quelques années une crèche. Cette dimension est tout aussi importante que la diffusion artistique. Nous accueillons depuis deux ans l'Institut méditerranéen des spectacles. L'école primaire, nous l'espérons, devrait voir le jour d'ici 2020/2021. Elle accueillera une dizaine de classes.
M.B. : Je tiens à souligner que la Ville et particulièrement son maire, Jean-Claude Gaudin soutiennent totalement la Friche et ses projets. C'est lui qui a sanctuarisé le site. Ce lieu reste unique en Europe et sert désormais de modèle. Elle est devenue un outil métropolitain et nous devons cette réussite à l'ensemble des acteurs non seulement culturels et associatifs, mais aussi institutionnels.
A.A. : Nous avons en effet une adhésion massive de l'ensemble de nos partenaires. Nous attendons désormais celle de l'éducation nationale. La venue de notre ministre de la Culture, Françoise Nyssen, samedi prochain devrait être un soutien de poids, car elle se montre très sensible bien sûr à la chose culturelle, mais aussi à la question de l'éducation.

Pourquoi n'y a-t-il pas de programmation particulière en cette année anniversaire ?
A.A. : Vous savez, nous organisons sur une année 2,8 manifestations par jour ! Soit un millier d'événements à l'année. Nous avons déjà une programmation très riche, sans compter les expositions et celle du cinéma Le Gyptis. Nous avons donc choisi de réaliser cette journée événementielle en fin d'année, pour clôturer 2017.

Quelle sera votre programmation pour MP2018 Quel Amour ?
A.A : Nous allons bien entendu être dans le thème, mais à notre façon, de manière décapante…

Alain Arnaudet, vous sentez-vous plus chef d'entreprise ou directeur artistique ?
A.A. : Je ne me pose jamais ainsi la question. J'essaie de traiter de mon mieux chaque dossier, chaque question. Qu'il s'agisse de management pur, de choix artistiques, tout est lié. Je suis donc intimement les deux. Quand je reçois des étrangers, la semaine dernière c'était des Taïwanais, curieux de voir comment fonctionne notre modèle, je parle forcément avec les deux fonctions. La production occupe notamment un volet très important de ma mission. Nous avons un budget annuel de 600.000 € pour produire du spectacle vivant. Les gens sont très curieux de savoir comment ça fonctionne de l'intérieur. Je ne me demande donc pas si je suis chef d'entreprise ou producteur, puisque je vis en permanence ces deux missions.
M.B. : C'est vrai que la Friche est devenue une grande entreprise, que l'on doit gérer avec rigueur, tout en maintenant son originalité, qui fixe son ADN. La Friche reste un bout de ville que l'on a voulu mettre au service de la culture et dont la mission a évolué, comme nous venons de l'évoquer, en intégrant de manière transversale les questions éducatives et sociales.
A.A. : La Friche doit avant tout rester un centre d'excellence artistique.

Votre binôme a l'air de fonctionner à merveille. Marc Bollet, vous venez d'être réélu pour six ans à ce poste. Serez-vous un jour lassé ?
M.B. : Notre richesse est de savoir s'arrêter, de prendre le temps de réfléchir à l'avenir. Nous avons pour l'instant ce nouveau projet ambitieux d'école à faire vivre. Nous verrons bien ensuite, mais c'est vrai que je suis toujours très investi dans mon poste de président !




Alexandra Zilbermann
Journaliste

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