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Cybercriminalité : les commissaires aux comptes lancent un observatoire

le 06 février 2017 - Frédéric DELMONTE - Professions - article lu 397 fois

Cybercriminalité : les commissaires aux comptes lancent un observatoire
D.R. - Farouk Boulbahri va présider le CRCC Aix-Bastia en 2017 et 2018.

Farouk Boulbahri, le patron d'Imex, est le nouveau président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) Aix-Bastia. Il détaille ses ambitions, notamment la création d'un observatoire de lutte contre la cybercriminalité, et ses projets avec l'Ordre des experts-comptables.

Votre profession s’engage dans la lutte contre la cybercriminalité en lançant un observatoire de lutte contre ce phénomène. Au premier abord, on n’attend pas forcément les commissaires aux comptes sur ces questions ?
Qu’est-ce que l’économie aujourd’hui ? C’est du flux, de la donnée, de la data… L’argent liquide, c’est terminé. Tout transite par ces flux numériques. Les commissaires aux comptes sont les garants de la sécurisation des informations financières. Je n’invente rien, c’est écrit dans nos textes : nous assurons le contrôle interne des comptes. Je vous rappelle qu’il y a longtemps, notre métier était de vérifier la fiabilité de la balance qui pesait le blé. Aujourd’hui, les balances sont électroniques et la profession a évolué. Nous n’intervenons pas seulement sur les comptes. Notre mission consiste également à attirer l’attention des dirigeants d’entreprise sur les questions de sécurité financière. La fiabilité de l’information financière est primordiale.

Les dirigeants d’entreprise ne sont pas suffisamment concernés par ces questions de cybercriminalité ?
Ils ne voient pas le danger. La cybercriminalité ne touche pas seulement les entreprises stratégiques, ou les fleurons de l’économie nationale. Toutes les entreprises peuvent être attaquées.

La cybercriminalité évolue très vite et est, par définition, très technique. Comment votre profession s’adapte ?
Quand il le faut, on peut s’entourer d’experts en informatique. Un commissaire aux comptes qui certifie les comptes d’une entreprise engage sa responsabilité.

Justement, très concrètement, quel rôle peut tenir un commissaire aux comptes dans cette lutte ?
Nous sommes la sentinelle et la vigie de l’entreprise en matière de lutte anti-blanchiment. Notre profession se tient au carrefour des flux financiers : d’où viennent-ils, par où passent-ils ? C’est notre métier de contrôler.

Mais tout bouge très vite avec le numérique…
Oui, c’est une révolution aussi au sein de nos professions que nous ne devons pas rater. C’est pour cette raison que l’ordre a un rôle important à jouer en matière de formation.

Quelles missions va remplir cet observatoire ?
L’idée a été lancée par Manuel Ibanez, mon prédécesseur à la présidence de l’ordre, lors de discussions autour de la sécurité financière. La profession se doit d’être vigilante sur ces attaques, surtout sur les nouvelles arnaques informatiques, les chevaux de Troie, les arnaques au président, etc. L’idée est d’y associer l’ensemble des acteurs mobilisés dans la lutte contre la cybercriminalité : notre profession et celle frère des experts-comptables, le parquet, notamment sa division financière, le tribunal de commerce, la gendarmerie et sa cellule de lutte contre la cyberattaque, la police judiciaire, le club des utilisateurs en sécurité informatique, l’assureur Euler qui assure le risque en matière de cybersécurité. L’objectif est de nous réunir une fois par mois pour échanger sur les menaces et façons d’y faire face. On veut aussi créer des fiches pratiques pour sensibiliser nos confrères. Un blog Internet sera aussi créé, afin d’échanger et de réagir très vite. Nous serons pilote en France sur cet observatoire.

Avec vos confrères experts-comptables, dont l’ordre est présidé par Lionel Canesi, vous allez jouer un rôle dans la campagne présidentielle. Expliquez-nous ?
L’idée est de mettre les candidats devant leurs responsabilités, tout simplement en analysant leurs propositions de campagne. Il ne s’agit pas de prendre position politiquement. Avec « Campagne Expert », le laboratoire que nous créons avec les experts-comptables, il ne s’agira que de chiffres et de concret. Quel impact aura telle proposition sur l’économie réelle si elle est appliquée ? Après à chacun de juger… Voilà notre propos.

L’économie est le parent pauvre de la politique ?
Les élus nationaux prennent le plus souvent des décisions pour les entreprises du CAC 40. Les petites entreprises, qui représentent l’essentiel de notre tissu économique, sont mal connues et pas suffisamment prises en compte.

Un observatoire de la cybercriminalité, un engagement dans la campagne de la présidentielle… votre profession va faire parler d’elle. C’est votre objectif ?
Nous souhaitons améliorer la visibilité de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes. Notre ambition est de développer notre présence dans notre environnement économique et judiciaire afin de mieux communiquer sur notre identité et nos missions.

Quel message voulez-vous faire passer ?
Je veux faire passer le message de l’importance de l’obligation de certification des entreprises concernées par les commissaires aux comptes. C’est un gage de sécurité financière. Ce n’est pas acceptable qu’une entreprise non certifiée soit financée par une banque. La conséquence peut être que les financements perdent leur cautionnement. Nous travaillons déjà avec la délégation régionale de l’Association française des banques. Ces échanges avaient été initiés par Manuel Ibanez. Je souhaite aussi faire passer le message auprès des syndicats patronaux : le travail du commissaire aux comptes a une utilité. C’est un coût justifié pour une entreprise.

Comment se porte votre profession ? Est-elle attractive pour les jeunes et embauche-t-elle ?
C’est une profession qui embauche avec des salaires confortables. Il est possible de faire carrière dans la région ou à l’international. Notre objectif est d’aller chercher les nouveaux talents.

Quels rapports allez-vous entretenir avec l’Ordre régional des experts-comptables ?
Nous sommes complémentaires. Il y a une seule profession avec deux modes d’exercice. De plus, j’ai la chance de bien connaître Lionel Canesi, le nouveau président. Nous avons été diplômés en même temps. Cette proximité et cette unité vont nous permettre d’envoyer des messages plus forts auprès de notre autorité de tutelle et notre environnement professionnel.

Quels sont les autres dossiers que vous pourrez porter en commun ?
La réforme européenne de l’audit est lourde à porter pour la profession… Elle nous impose de nouvelles et nombreuses contraintes réglementaires. Elle s’est imposée à nous et à nos clients. Il y a des contradictions dans cette réforme que nous voulons faire remonter à notre ministère de tutelle.

Le bureau de la CRCC Aix-Bastia :

  • Président : Farouk Boulbahri.
  • Vice-présidents : Marc Feraud, Christophe Paoli, Jean-Pierre Patou, Myriam Michaud, Thierry Lemalle.
  • Secrétaire : Vincent Bergmann.
  • Trésorière : Claire Dufour-Pelletier.
  • Invités permanents : Laurent Vervloet, Hervé Serekian.
  • Autres membres : Jérôme Amirat, Patrice Baldassari, Christine Blanc Patin, Thierry Borel, Gérard Casavecchia, Alain Ceraulo, Frédéric Duchemin, Vincent Guida, Laurence Lenoir, Boris Mosselmans, Julien Pazzaglia, Anne-Laure Ruiz.

 



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