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Créer des ponts entre les laboratoires de recherche et le monde de l'entrepreneuriat

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Créer des ponts entre les laboratoires de recherche et le monde de l'entrepreneuriat
D.R. - Marie-Laure Rocca Serra (à gauche), conseillère municipale déléguée à l'enseignement supérieur et à la recherche, et Céline Souliers, directrice de l'Incubateur Belle-de-Mai.

L'Incubateur Belle de Mai bénéficie d'une subvention de la ville de Marseille au titre de l'Enseignement supérieur et de la recherche (ESR). Interview croisée avec Elena Bou, codirigeante de la start-up marseillaise CosmoStory et Marie-Laure Rocca Serra, conseillère municipale déléguée à l'enseignement supérieur et à la recherche. Un échange instructif qui permet notamment de bien comprendre les problématiques des entreprises en phase de développement et de présenter la politique municipale en faveur de l'ESR et le rôle essentiel des incubateurs dans le rapprochement du monde académique et économique.

Les Nouvelles Publications : Quelle politique mène la ville en matière de soutien à la création d'entreprise ?
Marie-Laure Rocca Serra : La ville est très présente sur ces sujets et s'intéresse notamment aux start-up. C'est pourquoi je suis là aujourd'hui. Maillon essentiel et trait d'union entre le monde académique et le monde économique, la ville de Marseille soutient activement, depuis leur création, les activités des trois principaux incubateurs et pépinières du territoire, tous implantés sur un territoire d'excellence scientifique et technologique. Il s'agit de l'Incubateur Belle de Mai au sein du Pôle Média de la Belle de Mai, de l'Incubateur inter-universitaire Impulse sur le Technopôle de Château-Gombert et de l'association Grand Luminy sur le Technopôle de Luminy. Il est très important pour une société en phase de création d'être soutenu administrativement, juridiquement et financièrement, je sais de quoi je parle puisque je suis passée par une pépinière dans le cadre de la création de ma société de fabrication de bijoux.

Marseille est-elle une ville attractive pour les chercheurs, futurs créateurs d'entreprise ?
M.-L. R. S. : La ville de Marseille a souhaité ces dernières années, sous l'impulsion de son maire, s'engager dans une nouvelle politique d'attractivité généralisée pour faire de notre agglomération l'une des plus grandes métropoles d'Europe en termes de rayonnement économique, universitaire et scientifique. La ville de Marseille accueille un pôle universitaire de niveau mondial, le 2e pôle de recherche français, terre d'excellence et d'innovation dans de nombreux champs disciplinaires : mathématiques, physique, mécanique, astronomie, chimie, sciences de la vie et bien sûr, la santé avec l'immunologie et l'infectiologie.

Mais une recherche de haut niveau nécessite de maintenir une politique d'accueil efficace. C'est pourquoi la ville apporte chaque année son soutien au recrutement de chercheurs extérieurs de haut niveau par l'attribution de bourses d'accueil et d'installation. Marseille participe aussi au financement de projets de recherche innovants et à forte visibilité sur le plan scientifique (soutien aux chaires universitaires), et soutient l'organisation sur son territoire de grands événements scientifiques. Enfin, nous proposons aux nouveaux chercheurs une offre de services qui vise à les renseigner sur les démarches à effectuer en France (logement, accueil des conjoints, crèche etc.). C'est un service qui plaît beaucoup et qui est de plus en plus utilisé.

Impossible aussi de ne pas parler du confort de vie, de la douceur du climat et de l'ensoleillement. Si Marseille ne peut pas rivaliser en matière de salaire avec d'autres grandes villes, ici, on vit mieux.

Pourquoi avoir posé vos valises à Marseille ?
Elena Bou : J'ai co-créé CosmoStory avec Slim Hamdani (docteur en astrophysique, NDLR). C'est un chercheur et il a d'excellentes idées. En tant que spécialiste en communication, je sais comment transformer une idée en entreprise.

Notre structure développe le concept d'astronomie récréative. Les étoiles intéressent beaucoup de monde, mais peu de personnes peuvent accompagner le grand public à les découvrir sous un angle qui ne soit pas exclusivement scientifique. Et l'astronomie rebute… Donc nous nous affranchissons de la notion de « maîtrise » pour être dans la découverte. Nous entendons former un maximum de professionnels du tourisme et des loisirs - « Star Guides » - pour développer cette activité auprès du grand public. A Marseille et ailleurs.

Nous avons choisi la cité phocéenne pour plein de raisons : c'est une ville touristique qui aime s'amuser et casser les codes. Le large bassin de population nous intéresse également beaucoup. C'est une ville où l'offre en matière d'incubateurs, de recherche, d'universités est dense.

Nous voulons que le fruit de notre recherche reste ici, à Marseille. Mais pour cela, il est nécessaire de créer des ponts pour que les chercheurs ne pensent pas à l'expatriation mais souhaitent créer ici leur entreprise.

Quelle est la position de la mairie sur ce sujet ?
M.-L. R. S. : Des ponts existent, c'est le cas à titre d'exemple de la Satt** Sud-Est dont l'objectif est de transférer les technologies innovantes de ses actionnaires vers le monde industriel par la concession de licences d'exploitation à des entreprises.

Il y a de la part des chercheurs une grosse déficience en matière de communication. Il est important qu'ils sachent qu'ils peuvent solliciter nos services s'ils ont besoin de nous. A chaque fois, nous entendons de leur part cette petite phrase : « nous ne savions pas que vous financiez tout cela ». Nous rencontrons un maximum de laboratoires mais parfois, l'information n'arrive pas dans les oreilles de tout le monde.

Heureusement, les incubateurs et d'autres structures les renseignent, les aident et les aiguillent vers nous.

Quelle est votre expérience en la matière ?
E. B. : Selon moi, il faudrait rendre plus transparents les offres, les services. A quand un numéro unique pour un créateur d'entreprise afin de trouver le bon interlocuteur tout de suite ? Autre piste de réflexion : la nécessité d'être accompagné. Le fait d'aller chercher des subventions, de comprendre les documents, de les remplir… C'est un gros frein psychologique pour bon nombre de chercheurs. Il est temps de simplifier certaines démarches encore et toujours plus.

Par exemple, de quoi avez-vous besoin à ce stade de votre développement ?
E. B. : J'ai besoin d'avoir accès à des bêta testeurs. Concrètement, je cherche des personnes pour tester nos idées. Les grosses entreprises ont des CE**, c'est aussi le cas de la municipalité de Marseille. Il serait intéressant de travailler ensemble.

Et comme le réseau marche bien ici et ailleurs, je suis preneuse de bons contacts pour recruter au plus vite de nouveaux « Star Guides ».

Etes-vous confiante sur ces sujets, pour l'avenir. Autrement dit, la ville va-t-elle dans le bon sens ?
M.-L. R. S. : Les investissements importants engagés ont contribué à rendre plus lisible le potentiel enseignement supérieur et de recherche et les capacités d'innovation du territoire. Cette politique a permis de construire une chaîne de valeur performante alliant incubateurs et pépinières, en cohérence avec des pôles de compétences de renommée mondiale. Nous avons des partenaires, des envies, des moyens. Avec la métropole, il y a une vraie force de frappe… Nous ne pouvons que réussir.

* Société d'accélération du transfert de technologies.
** Comité d'entreprise.




Caroline DUPUY
Journaliste

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